Affronter le cancer en pleine santé… intérieure: le choix de vivre

Il ne suffit pas de dire non à la chimiothérapie. Le cancer est une altération des processus de communication qui isole certaines cellules qui deviennent alors anarchiques et se reproduisent n’importe comment. Normalement, il y a des oncogènes (protéines qui stimulent la division cellulaire) qui disent aux cellules d’une région : « Reproduisez-vous ». Par exemple, si nous avons été fortement écorché et qu’une blessure vive a besoin de peau pour se refermer, alors les oncogènes donnent l’ordre de la reproduction pour remplir le vide, mais les anti-oncogènes (protéines inhibitrices de la division cellulaires) devront arrêter le processus au bon moment, sinon, ce ne serait plus une cicatrisation, mais la formation d’une tumeur.

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D’autre part, les mitochondries (petites usines énergétiques dans la cellule) qui utilisent une pompe à transfert potassium-sodium peuvent devenir dysfonctionnelles. Alors qu’elles « brûlent » normalement des sucres par combinaison avec l’oxygène, sur commande, elles peuvent aussi produire des synthèses favorables à la division. Lorsqu’elles sont dysfonctionnelles, elles se mettent à favoriser la division cellulaire, et donc la production des tumeurs.

Le prix Nobel de médecine, Luc Montagnier, le dr. Schwartz et plusieurs autres étudient la fonction des mitochondries dans les cancers de vieillissement comme le cancer colorectal, par exemple. Il y a assez longtemps, on avait constaté que si on introduisait des mitochondries d’une cellule cancéreuse dans une cellule saine, la cellule saine devenait cancéreuse. Par contre, si l’on remplaçait le noyau d’une cellule cancéreuse par un noyau sain, la cellule restait cancéreuse. D’où l’importance des mitochondries dans certains cancers qui en font des maladies du métabolisme. C’est mon cas.

Ces recherches n’ont pas encore abouti à des traitements homologués. Cependant, elles confirment l’importance d’une alimentation très faible en sucre mais aussi très réduite en quantité. On suggère aussi deux enzymes extraits de plante qui sont vendus dans les magasins de produits naturels : l’acide alpha-lipoïque (extrait de pépin de raisins) et l’hydroxycitrate (extrait de Garcinia cambogia). Attention, il faut suivre les doses recommandées.

Les processus du cancer sont extrêmement complexes autant que la biologie cellulaire et les communications entre cellules et avec tout le corps dans son entier, et là, mon diagnostic est formel, quelque chose dans mon corps est désorganisé, du moins partiellement. Je dois faire quelque chose pour terminer mon œuvre sur terre, si Dieu le veut. Je reviendrai plus tard sur ce bout de phrase complètement anti-révolution tranquille : « si Dieu le veut », car je ne le comprends pas comme les « croyants » que je rencontre ni comme les « incroyants » qui m’évitent (deux étiquettes pour catégoriser des systèmes de préjugés).

Je veux bien guérir, mais il n’existe pas pour le moment de remèdes ou de thérapies scientifiques qui guérissent, la biologie du cancer n’est pas assez bien comprise. Un vrai traitement rétablirait l’information juste, il serait efficace à un niveau très élevé comme certains vaccins ciblés ou certains antibiotiques spécifiques. Le dernier oncologue que j’ai rencontré, très honnête et sympathique par ailleurs, me disait que statistiquement les personnes qui avaient un cancer similaire au mien avaient une chance sur quatre (1/4) environ de survivre plus de 5 ans, et avec la chimiothérapie, ils ont une chance virgule quatre sur quatre (1,4/4) de survivre. C’est dire jusqu’à quel point il n’y a pas actuellement de thérapies scientifiques efficaces contre ces types de cancer, et vraisemblablement nous en sommes assez loin car, premièrement, il y a énormément d’inconnus et, d’autre part, les fonds de recherche sont très fortement accaparés par l’industrie pharmacologique dans la répétition de ce qui ne marche pas, mais coûte très cher.

En attendant, que faire ?

Pendant 68 ans, mon système immunitaire réussissait à se débarrasser des cellules cancéreuses qui apparaissaient ici et là à cause de toutes sortes de petites déficiences dans les communications et l’usure des mitochondries. Et puis, il a été débordé pour des raisons encore inconnues : un virus, un polluant de l’environnement, un produit chimique, un médicament, une déficience héréditaire, un choc émotif, une vie qui va trop vite… Une combinaison de deux cents facteurs ! Impossible de savoir.

Dans ce cas, je ne trouve pas d’autres pistes possibles que de miser pour le maximum de santé pour moi et mon système immunitaire tout en défavorisant le cancer.

Certains cancérologues, médecins, ou naturopathes, à défaut de thérapies scientifiques achevées et patentées, ont expérimenté toutes sortes de cures. J’ai choisi, pour base, la cure qui avait la plus longue expérience, car il faut beaucoup de temps pour trouver empiriquement ce qui soutient le mieux le système immunitaire en nuisant le plus possible à la prolifération des cellules cancéreuses.

Les principes de cette thérapie naturelle et empiriques sont simples :

  1. soulager le système immunitaire en évitant toutes les agressions prévisibles (habitudes de vie et habitudes alimentaires hypotoxique)  ;
  2. renforcer ce système immunitaire par des vitamines et des enzymes bien équilibrées (par alimentation plutôt que par capsules) ;
  3. s’assurer de l’équilibre sodium-potassium ;
  4. augmenter les aliments très faciles à métaboliser correctement et diminuer, voire éliminer les aliments difficiles à métaboliser et ce, sans engendrer des déséquilibres physiologiques, ou vitaminiques ou enzymatiques ;
  5. soutenir l’équilibre métabolique en facilitant l’évacuation des déchets ;
  6. rehausser tous les facteurs de santé physique et mentale, exercices physiques, relaxation, méditation…

Cela suppose, entre autres, des analyses de sang et d’urine très élaborées et un suivi précis.

Cela ne veut pas dire que cette cure soit parfaite, et sans critique. Rien de miraculeux, elle n’est pas en mesure de « reprogrammer » les oncogènes et les anti-oncogènes, ni les mitochondries. Lorsque nous sommes affectés par une maladie infectieuse qui n’a ni vaccin spécifique ni antibiotique appropriée, on n’a pas le choix. On aidera le corps à trouver sa solution par lui-même à l’aide de tous nos efforts pour lui donner les moyens de santé nécessaires…

C’est une cure, très exigeante pour les deux premières années et surtout pour les premiers six mois, presque une tâche à temps complet, mais dès le départ, au moins, on se sent plus en santé, plein d’énergie, avec une bonne concentration mentale, c’est déjà cela de pris. Et deuxième avantage, elle nous impose presque une vie monastique, ce que j’aime bien. J’ai beaucoup de temps pour méditer, écrire, réfléchir, et si j’ai à mourir, je mourrai au maximum de ma santé !

Il s’agit de la cure Gerson modifiée, version personnelle, car, avec l’aide d’une naturopathe d’expérience, de conseils d’amis, d’études personnelles, je l’ai adaptée à ce que je crois être le mieux pour moi. Depuis ma naissance, comme tout le monde, je suis mon propre cobaye, aussi bien l’assumer jusqu’au bout.

J’ai bien l’intention de tirer parti de la situation, de me tenir à la pointe de ma conscience et de mener ma vie sur l’arête du plus grand bonheur souhaitable dans la plus grande lucidité possible. C’est de cela que j’aimerais surtout parler dans mes prochains blogues. Car le cancer comme toutes maladies qui jouent avec la mort constitue une très bonne piste pour un nouveau départ.

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Affronter le cancer en pleine santé… intérieure: Le choix de ne pas se soumettre

Tous nos choix sont à la fois un « non » à quelque chose et un « oui » à autre chose. Aujourd’hui, je vais parler du « non ». La semaine prochaine du « oui ». Mais je vais surtout parler de la signification du choix.

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J’ai rencontré une oncologue du Centre hospitalier de ma région. Quelques heures après la rencontre, pour supporter le choc, je me suis imaginé que mon grand-père, Patrick Bédard, s’était présenté à ma place. J’imaginais ses réparties à travers ce que l’oncologue m’avait réellement dit.

L’onco  — Bonjour monsieur Patrick Bédard. Date de naissance ?

Il hésita un instant, commença à raconter les circonstances. La dame s’impatienta. Il lança la date.

L’onco — Vous voulez sans doute connaître votre pronostic ? (Elle enchaîne immédiatement, elle est visiblement pressée) Sans chimio, vous avez 5% de chance de survie sur 5 ans, avec une chimio, 25%…

Patrick — Pardon madame, mais comment faites-vous pour savoir que je ne mourrai pas, demain, d’un accident, et si je survis, c’est peut-être pour mon malheur, qui sait ! Je pourrais brûler vif dans ma maison en feu la cinquième année. Et si le bon Dieu m’appelle parce qu’il a un urgent besoin de moi et que je lui refuse… Est-ce vraiment honnête ce que vous faites ?

L’onco – Ben ! voyons, monsieur Patrick, ce n’est pas de cela que je parle. Je voulais juste dire que sur un groupe de 100 personnes qui ont eu un diagnostic semblable au vôtre, 95% sont morts avant 5 ans.

Patrick – En quoi cela me concerne ?

L’onco – C’est évident. Avec la chimiothérapie vous multipliez par cinq vos chances de vivre plus longtemps. Vous avez de belles années devant vous.

Patrick – Bon ! vous m’excuserez madame, mais je crois que vous ne savez pas ce que vous dites.

Et il serait sorti sereinement du bureau en se disant : « Ils sont fous ces onco ».

Mon grand-père n’appartenait pas à une génération qui s’imagine plongée dans un roman à choix multiples et qui, à cause de cela, peut facilement tomber dans le piège des statistiques passées appliquées au futur individuel. Il n’aurait jamais accepté qu’on lui refile un simulacre de choix de vie ou de mort, qui dans son esprit, appartient à Dieu. Il n’aurait pas accepté ce poids, cette responsabilité qui va bien au-delà de nos faibles connaissances et de nos faibles pouvoirs. Mon grand-père a été draveur, vivre sur la corde raide c’était son quotidien, il ne portait pas chacun de ses choix comme s’il avait le pouvoir de vie ou de mort sur lui-même.

Mais je ne suis pas mon grand-père, et j’avoue que j’ai été très déstabilisé par la docteure si sûre d’elle dans son bureau glacé. Plus certaine que l’oracle de Delphes, elle m’annonçait ma mort prochaine à moins que je prenne sa potion magique qui me mènerait dans un labyrinthe où j’aurais une chance sur quatre d’en sortir vivant. Et elle a parlé sans rire, sans hésiter, sans même offrir ses sincères condoléances. Mon épouse était là. C’était la première fois que je lui demandais de m’accompagner dans une rencontre du genre. Je l’ai regretté. Sans tout l’appareil institutionnel, jamais une femme normalement sensée n’aurait pu agir avec si peu d’humanité, mais elle ne se rendait compte de rien, trop habitué a manipuler un langage que son entourage trouve tout à fait normal.

J’avais ma liste de questions chiffonnée dans ma main. Elle m’a parlé des effets secondaires incommodants de la chimio… Je n’ai pas posé de question. Nous sommes sortis, vous pouvez imaginer dans quel état ! J’appartiens à l’espèce humaine, et même une vache qu’on pousse dans le corridor de l’abattoir stresse, et sans médicament, certaines meurent avant d’être tuées…

Après avoir marché jusqu’à l’auto, j’ai demandé à mon épouse :

— Est-ce moral ? A-t-on le droit de faire cela ?

Elle est restée silencieuse, comme absorbée dans trop de choses déchirantes.

Arrivé à la maison, j’ai voulu vérifier au moins la véracité des dires de la dame. J’avais eu le réflexe de lui demander d’où elle tenait de tels chiffres ? Je suis allé sur le site américain en question <cancer.gov>. Je n’ai pas trouvé les chiffres mais au contraire, un texte recommandant de demander d’abord au patient s’il voulait réellement connaître son pronostic, et ensuite, lui expliquer d’où viennent les statistiques et qu’elles ne constituent en aucun cas un pronostic personnel. J’ai cherché des études statistiques sérieuses sur le cancer. J’ai trouvé une étude sur les données américaines, européennes et françaises, et selon les types de classement, « mon espérance de vie » venait tout à coup de se multiplier considérablement. Lorsque j’ai rencontré quelques jours plus tard ma chirurgienne, elle me dit que l’oncologue s’était trompée de beaucoup, j’avais une espérance de survie d’environ 40% sur cinq ans, mais elle ne savait pas si ce chiffre tenait compte de la chimiothérapie. Elle voulait que je rencontre un autre oncologue, mais cette fois d’un centre universitaire.

Étonnant tout de même cette cacophonie de spécialistes très savants ! Ensuite, une recherche à propos des « effets secondaires », principalement sur le site officiel de <cancer.ca> m’a complètement soufflé, surtout si on va fouiller du côté des poisons utilisés (SFU, leucoudrin, oxyliplatine) dans le cas de la chimiothérapie qui m’était proposé. En réalité, il ne s’agit pas du tout d’effets secondaires, mais de conséquences pathologiques prévisibles dues à des poisons qui détruisent le système immunitaire au risque de mourir d’une infection bénigne (comme la grippe), qui s’attaque au système nerveux au point d’engendrer des douleurs et des séquelles mentales qui peuvent s’avérer permanentes, et qui diffusent bien souvent les cellules cancéreuses au point d’engendrer des cancers secondaires à plus long terme. Et ici, je mets de côté les conséquences plus rares, je ne tiens compte que de ce qui est inhérent aux produits utilisés. Le site, lui, parle de fatigue chronique, de maux de tête, de vomissement, de manque d’appétit, de douleurs aux extrémités, de troubles d’apprentissage et de mémoire, de douleurs nerveuses vives et soudaines, de lymphœdème (enflure), d’ostéoporose, de troubles de la bouche et des dents, de problèmes de vision, de baisse du fonctionnement de la thyroïde et donc de désordres hormonaux, de troubles intestinaux, de troubles cardiaques, de troubles pulmonaires, de cancers secondaires… En disant que mieux on est au courant, plus l’équipe de soins nous aidera à atténuer les effets. Dans mon cas, il s’agit de choix préventif.

Alors comment rester serein ? Premier facteur de guérison.

J’ai pensé à Frédéric Dion qui a traversé l’Antarctique en solitaire, sans ravitaillement ni secours. Imaginez le pronostic ! Sans doute moins de 5% de chance de survie. Croyez-vous qu’il aurait fait seulement dix kilomètres s’il s’était demandé à chaque pas : « Est-ce que j’ai fait le bon choix ? Je n’ai pas une chance sur cent d’en sortir vivant… »

Toute vie est comparable à la traversée de l’Antarctique en solitaire. On a chacun notre Antarctique à traverser. Ce n’est pas toujours aussi difficile, mais c’est certainement toujours et constamment une adaptation à la réalité, donc à la pleine incertitude. Il n’y a jamais de bifurcation du genre : soit que ce chemin mène à une impasse, soit à une issue. Il n’y a pas ce choix, parce que jamais on ne peut reculer, et dire : « Si j’avais choisi l’autre chemin, je serais dans une meilleure posture ». Je ne le saurai jamais, parce que je ne peux pas reculer et prendre cet autre chemin. Je ne connaitrai que le chemin que j’ai pris. Il n’y a pas de « métaposture », d’avion au-dessus de nous pour dire, par là c’est mieux, par là c’est fatal. Et pourtant à chaque pas, on peut choisir, non pas d’avancer, car le temps avance et nous n’avons aucun contrôle sur lui, mais d’aller à gauche ou à droite, et les chemins ne sont pas équivalents, l’un est peut-être plus difficile que l’autre, je ne le saurai jamais, parce qu’on n’a pas une deuxième chance, on ne peut pas essayer l’autre chemin, il n’y a pas une deuxième souris identique qui peut tenter le deuxième chemin. En réalité, malgré notre marge de liberté, il n’y a qu’un chemin, celui que nous prenons, parce que le temps est irréversible. Ce n’est pas que nous sommes déterminés, cela serait trop facile, c’est qu’il n’y a pas de position qui peut savoir d’avance, il n’y a pas la possibilité de vérifier si on s’est trompé, car les autres chemins sont invérifiables. On ne pourra jamais dire, par exemple : « Si j’avais choisi la chimio, je n’agoniserais pas aujourd’hui. » Donc ce n’est pas un choix responsable, mais un choix fortement aveugle, et il n’est peut-être pas moral de me placer devant ce choix comme si j’étais mon propre Dieu. Cette rhétorique me pousse à jouer les apprentis sorciers.

Parce que nous sommes humains et donc imbibés d’ignorance, l’attitude pour réussir la traversée de l’Antarctique, c’est d’utiliser tout ce qui se présente devant soi pour avancer dans la sérénité de celui qui va en grande partie à l’aveugle, sans le regard d’un supposé « qui sait tout ». Cette condition humaine, ou par exemple, on croit choisir d’aller à Paris, mais en fait on va sous terre parce que le vol 388 a fait un « crache » juste en bout de piste, cette condition humaine, j’ai le goût de l’assumer et de vivre dans l’attitude de Frédéric Dion, un pas à la fois, dans ce que je crois être la meilleure direction. Et peu importe les conséquences, je vais faire avec, sans penser que je suis mon propre Dieu et que j’aurais pu sauver ma vie ou la perdre en tournant, ici, à droite plutôt qu’à gauche.

Cette attitude suppose un acte de foi vital : aucune route n’est une impasse, chaque route, quelle qu’elle soit, comporte tout ce qu’il faut pour grandir, avancer, se dépasser.

Mais l’argument qui m’a sorti définitivement de l’ambivalence et de la peur de me tromper, c’est l’intégrité. L’intégrité biologique d’abord. Qu’est-ce que c’est ? Le corps vivant est une intégrité biologique, c’est-à-dire qu’il peut s’auto-conserver, s’auto-entretenir, s’auto-guérir, s’adapter, apprendre, s’inter-relier, il peut aussi mourir selon un processus prévu… Pour réaliser tout cela, il dispose de centaines de systèmes hautement complexes qui s’échangent de l’énergie et de l’information : les systèmes métaboliques, le système immunitaire, le système hormonal, le système lymphatique, le système sanguin, le système respiratoire et tellement d’autres. Chaque système est constitué de circuits de vérification, de rétroactions, de compensation, d’équilibration, de neutralisation, etc. Cela forme un tout biologique que la science ne comprend que très partiellement.

Or la chimiothérapie a pour effet immédiat de briser cette intégrité en mettant en panne entre autres le système immunitaire, et en interférant sur bien d’autres systèmes au point de les rendre inefficients. Par la suite, le système de services médical prend le relais avec son équipe oncologique, les médicaments, etc. Et je ne suis pas preneur de cette substitution, car je ne pense pas que la science soit actuellement compétente pour remplacer l’intégrité biologique, à peine est-elle capable de la soutenir. Par exemple, les vaccins spécifiques donnent de l’information supplémentaire au système immunitaire, ils ne le déconnectent pas.

Je pense aussi que l’intégrité biologique et l’intégrité spirituelle sont intimement reliées. Je crois que la mort, par exemple, est un savoir du corps biologique, elle doit être la plus naturelle possible, suivre son processus sans que l’on brise de l’extérieur sa cohérence, et cela est bon pour la suite de la vie spirituelle. Je pense qu’il est plus facile de garder son intégrité spirituelle dans la meilleure intégrité biologique possible. Je souhaite la mort naturelle, je veux dire selon le processus que le corps connaît et peut suivre aussi bien que le processus de la puberté, de l’accouchement, de la ménopause ou de l’andropause, etc. Et comme je souhaite la mort naturelle, j’opte pour la vie naturelle, c’est-à-dire le renforcement de mon intégrité biologique et non sa rupture.

Affronter le cancer en pleine santé… intérieure: la peur

Il y a peu de temps, j’ai rencontré un adepte des courses ultrafonds (courses plus longues qu’un marathon sur des sentiers naturellement accidentés). C’est en se relevant d’un AVC paralysant, qu’il a appris l’art de dépasser les limites artificielles que l’on s’impose les uns les autres au nom de la normalité. Au départ, on le condamnait à une paralysie partielle mais permanente. Il est devenu coureur et cycliste. Sa stratégie : « Étudier toute la réalité qui est là, ne pas la nier, l’accepter telle quelle, autant la réalité extérieure que la réalité intérieure du corps et de l’esprit, se concentrer sur l’issue, continuer de façon adaptée, et tant que ça continue ça continue, ne pas appréhender, aller de l’avant. »

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Peinture de Pierre Lussier

C’est ce que je tente de faire dans ma vie où j’en suis à ma soixante-neuvième année de parcours sur un sentier naturellement accidenté. Le meilleur moyen contre l’appréhension et la peur, c’est de ne pas avoir de temps à leur consacrer parce que nous sommes trop occupés à faire face à la réalité immédiate de notre vie intérieure et extérieure.

Je veux prendre mes décisions en fonction des issues et non en fonction de la peur (mauvaise conseillère). Tant que ce n’est pas fini, ce n’est pas fini.

Chacune de mes deux chirurgies comprenait un risque relativement élevé de décès. Dans les deux cas, je me sentais aussi à l’aise avec une route qu’avec l’autre. Honnêtement, je n’ai pas beaucoup peur de la mort, elle-même. Dans ma vision des choses, si la mort était un anéantissement complet de la conscience humaine, le cosmos serait si totalement absurde (c’est-à-dire complètement incompatible avec la conscience), que je me jetterais avec soulagement dans le néant. Cependant, cette hypothèse me parait si contradictoire avec tout ce que je vois et comprends de l’être, que je n’y crois pas. D’un autre côté, je ne crois pas non plus que nous ayons découvert le sens de la vie et du cosmos, je pense même qu’ils poursuivent des finalités qui nous dépassent et que nous pouvons à peine ressentir. Cependant, comme des amateurs de musique, nous pouvons très bien goûter une musique qui dépasse mille fois notre capacité momentanée de compréhension, et cela me suffit pour ouvrir chaque issue qui se présente devant moi avec la curiosité d’un enfant parti à la chasse aux papillons.

Pour ces deux raisons (l’une qui passe par l’absurde et l’autre par l’inspiration), je n’ai pas raisonnablement peur de la mort, ce qui ne m’empêche pas de ressentir la peur animale, une sorte de réaction corporelle devant l’appréhension de la mort. À la ferme, malgré toutes les précautions que nous prenons, il arrive qu’un animal comprenne qu’il va être tué, il entre tout de suite en état de panique, on attend alors qu’il se calme. Ce genre de peur peut toujours surgir dès qu’une image physique de la mort s’impose.

Cependant, le coureur d’ultrafond que j’ai rencontré se concentre tellement sur l’issue qui s’ouvre, qu’il n’imagine jamais un mur que, pour le moment, personne n’a vu (la mort). Tant qu’il n’y a pas de mur absolu, il y a une issue. Voilà une leçon que je souhaite intégrer à ma vie psychique. Si je cours en suivant un ruisseau, je ressens clairement qu’il n’y a pas de mur absolu, car s’il y en avait un, le ruisseau ne coulerait pas. Il coule parce qu’il y a une issue, il part de quelque part et va quelque part. De même la vie coule. On doit remarquer que la croyance dans l’anéantissement est une croyance dans un absolu, et pas n’importe quel absolu, celui du néant. Je préfère l’idée que tout est relatif, même la mort, et que donc, elle constitue une issue dans laquelle certaines réalités passent, d’autres, pas. Évidemment, le relatif absolu est aussi illogique que le néant, mais l’espèce d’absolu qui fonde le relatif n’est certainement pas le néant, il est plutôt la source créatrice elle-même.

Au-delà de la théorie, la pratique de la vie consiste à glisser dans le temps pour se remplir de tout ce qu’il refoule sur nous, heures de roche, heures douces, heures décisives. Prendre tous les matériaux, et se faire une humanité.

Affronter le cancer en pleine santé… intérieure: La honte

Lorsque j’ai reçu mon premier diagnostic de cancer colorectal avec une très bonne chance de m’en sortir après une opération majeure, j’étais déjà assommé. Le cancer n’allait pas avec l’image de moi-même. C’était un corps étranger tant pour mon corps que pour mon esprit. Et cela produisait en moi une sorte de honte pénible, un peu comme si on vous obligeait à porter un vêtement ridicule dans tous vos déplacements.

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En fréquentant l’hôpital, je me suis rendu compte que je n’avais jamais ressenti de la sympathie pour les malades, les hospitalisés, les « chroniques » … Je mettais une barrière entre eux et moi, comme si nous n’étions pas tout à fait du même côté de l’humanité. Un sentiment un peu semblable à celui qui a réussi à quitter la grande pauvreté, qui porte des habits qui le prouvent et ensuite, après des années, on le force à se promener avec des haillons de mendiant. Il en a des frissons d’horreur. Ainsi, pour moi, la santé me préservait d’une sorte de misère.  J’ai dû emprunter les mêmes ascenseurs, les mêmes salles d’attente, suivre les mêmes parcours bureaucratiques, porter les mêmes jaquettes, les mêmes signaux visibles de la maladie… Et puis, en regardant les sourires, les regards, la complexité des expressions, j’entrai dans cette humanité dont on est préservé que par des illusions. J’étais de leur côté.

Néanmoins, hors de l’hôpital, loin des miens, je me sens jugé : « Qu’est-ce qu’il a mangé, bu, fumé, refoulé ou stressé celui-là pour être aussi gravement malade ? » Les maladies physiques ou mentales les plus répandues ont évidemment leurs causes très bien structurées dans la société, l’économie et l’environnement, sinon pourquoi des statistiques indiquant un problème de masse, mais il est si libérant de mettre la faute sur l’individu ! Aujourd’hui comme au temps de Jésus, le malade paye ses fautes. La maladie est un péché contre la santé, le bonheur, la beauté et la richesse, notre nouveau paradis, accessible uniquement à ceux qui le méritent.

Moins d’un an après ma première opération qui ne m’a laissé aucune infirmité, au contraire, un sentiment d’avoir repris ma pleine santé, on me diagnostiqua une métastase au foie. J’étais terriblement en forme, mais l’image obtenue par résonnance magnétique montrait une criante tumeur de 2,6 cm. Là, c’était comme un coup de masse, car la probabilité que je m’en tire sain et sauf venait de tomber drastiquement (selon ma chirurgienne). Mon psychisme s’est mis à vivre avec deux scénarios : la vie courte ou la vie miraculeuse. Relever d’une chirurgie majeure n’est pas aussi facile dans de telles circonstances et la honte s’enfonça encore plus profondément en moi. Une autre sorte de honte.

En pleine santé, on ne s’en rend pas compte, mais la mort par maladie est perçue comme l’échec par excellence de notre orgueil scientifique, technique et pharmaceutique. On ne peut pas empêcher tous les accidents, le propre d’un accident est d’être accidentel, mais la mort par maladie est considérée comme un combat perdu. On est du côté des « loser ». Si on pouvait, on cacherait tous ceux qui ont le front de mourir sous le drapeau glorieux de nos grandes victoires techniques, et encore plus ceux qui prennent tout leur temps pour mourir. Il faut bien le comprendre : arrivé sur le seuil où la médecine et la pharmacie sont impuissantes, tu es immédiatement placé sur le corridor de la mort honteuse, symbole de l’échec. Il te reste X temps à vivre, cela veut dire que dès maintenant tu ne vis plus, tu descends la côte, tu nous fais honte. Le reste de ta vie n’est plus utile, coûte cher, il vaudrait mieux que tu restes hors de notre vue, tu brouilles notre bonheur. Tant que tu n’as pas dépassé le seuil, tu dois combattre la maladie tel un gladiateur, en utilisant toutes les armes de la médecine et des médicaments, au risque même de l’empoisonnement, mais si tu cèdes, si tu lâches, ou si tu reçois le coup fatal, disparais derrière le rideau.

Je n’ai pas dépassé le seuil, on me propose donc le combat par empoisonnement. Le problème, c’est que je n’ai pas le goût de devenir un champion exemplaire, un trophée de pharmacie. Je ne veux surtout pas qu’on me détourne de ma ligne de vie, qu’on séquestre mes forces pour les orienter vers une finalité qui n’est pas : produire un fruit mûr.

Dans toute ma vie avant et après la maladie, ma finalité consiste à me faire meilleur humain en utilisant tout ce qui m’arrive de facile comme de difficile. Comme les grues demoiselles qui utilisent tous les courants ascendants pour monter par-dessus les hautes montagnes, je m’élève sur tout ce qui bouge : le passereau devant la fenêtre, un élan de bonheur, ou une maladie grave. Et j’entends continuer sur mon chemin, je veux juger par moi-même de ce qu’il y a de mieux à faire pour avancer en humanité, devenir un meilleur homme.

Plus largement que la médecine et la pharmacie, la science nous dit que le cancer est un ensemble d’erreurs de communication entre certaines cellules (les cellules cancéreuses) et le système immunitaire qui n’arrive plus à les discerner et les éliminer. Chaque année, les scientifiques découvrent des subtilités, des détails nouveaux, des faits imprévus dans tous ces processus « informationnels » d’une extraordinaire complexité. En lisant les revues scientifiques, on se rend compte de notre ahurissante ignorance face à ce qui reste à découvrir pour pouvoir intervenir sur le cancer autrement qu’à l’aveugle. Les sciences fondamentales ont plusieurs années d’avance sur la pratique des médicaments. Actuellement, aucun traitement du cancer n’est proprement scientifique, c’est-à-dire le résultat d’une véritable compréhension du cancer. La guérison scientifique du cancer est une espérance. Ce sera sans doute quelque chose comme un « vaccin », c’est-à-dire donner au système immunitaire les informations nécessaires pour tuer ou réparer les cellules « déséduquées ». Nous sommes loin de là. Et comme nous ne respectons pas le principe de précaution, nous offrons sur le marché des « remèdes » de toutes sortes qu’il appartient au malade de juger trop nocif et pas assez efficace ou au contraire, pas trop nocif et plutôt efficace.

Dans ce cadre, je ne voudrais pas perdre de vue la finalité ultime de ma vie. Quelles que soient mes décisions au sujet de ma santé, je veux rester concentrer sur l’enjeu : continuer à croître en humanité. Notre ignorance fait partie de notre humanité. Être humain, c’est se savoir ignorant et faire de son mieux avec le petit peu que nous savons, sans se faire détourner vers une finalité qui nous transformerait en moyen pour des intérêts et des profits ailleurs et non avoués.

Je ne veux pas avoir honte d’être un homme noyé dans un grand mystère et qui tente de voir clair, de prendre les meilleures décisions, un homme qui ne peut garantir que sa sincérité, son honnêteté et sa recherche de sens.

Affronter le cancer en pleine santé… intérieure: Introduction

J’ai manqué de fidélité à mon blog pour trois raisons : deux opérations en moins d’un an pour des tumeurs cancéreuses heureusement très localisées et donc opérables, mais qui signalent un risque de rechute élevé; deux gros manuscrits à terminer avec l’impression que le temps pourrait me manquer; la nécessité d’accélérer la transformation du statut légal de notre ferme écologique Sageterre pour qu’elle devienne une fiducie d’utilité sociale agricole.

En cette période du temps des fêtes, je sens l’utilité de réfléchir avec simplicité sur notre travail consistant à nous réaliser en utilisant tous les événements de notre vie, bons comme moins bons.

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Développer une identité humaine à même les circonstances de nos existences me paraît la finalité à ne jamais lâcher. J’aimerais en discuter au gré des semaines à venir. Je crains qu’il n’y ait pas d’autres solidarités que ce partage : se parler franchement de nos combats, de nos ripostes, et de la valeur intrinsèque de nos vies humaines que nous arrachons aux déterminismes de la vie physique, biologique, sociale, économique.

Mon cas n’est pas particulier, une personne sur deux reçoit un diagnostic de cancer une fois dans sa vie, le cancer cause plus de 30% des décès au Canada. Comment un être humain peut-il se développer avec cette maladie, avec les réactions médicales et sociales liées à cette maladie, avec tout le reste de sa vie qui n’est surtout pas la maladie ? Ces questions et bien d’autres ne sont pas sans objet. D’ailleurs, si ce n’est pas le cancer, ce sera autre chose, il arrive toujours des événements pour troubler l’idée que l’on se fait de l’avenir.

Devenir humain dans une histoire de menaces et d’occasions comme un arbre devient un arbre dans le sol et l’environnement qui lui sont donnés, en sortir grandi plutôt que rabaissé, acquérir de la valeur humaine, se préparer à donner notre héritage expérientiel, nous en sommes tous là quelle que soit l’idée que nous nous faisons des échéances. J’ai avec moi un idéal assez simple et qui m’est très cher : ma mère s’est affinée en humanité durant les années très difficiles où elle a vécu avec le cancer dans les années 68. Elle a trouvé, je crois, un chemin entre le combat acharné et la résignation par capitulation. Avec tous les matériaux qui lui étaient donnés, elle a terminé les derniers étages de son existence et produit son fruit de joie, de confiance et d’espérance. J’avais 18 ans lorsque j’ai reçu ce legs, et sans lui, ma vie aurait manqué d’un certain éclairage, d’une certaine lumière qui m’illumine encore aujourd’hui. Ce n’était pas un exploit, c’était l’ordinaire de la vie humaine. Il ne s’agit surtout pas de devenir un maître en souffrance, un entêté en courage, une pierre stoïque, au contraire, c’est avec toute notre vulnérabilité, nos peurs, nos angoisses que nous devenons humains, que nous gagnons en dignité. Pour l’être humain, il ne s’agit ni de vaincre le cancer ni d’être vaincu par lui, ni de transcender le malheur ni d’être à sa merci. Il s’agit de devenir tout ce que l’on peut être en vérité, en lucidité, en sincérité, en honnêteté, sans lâcher notre fil de confiance qui nous permet de placer un pied devant l’autre sur le fil du temps. Si l’on ne donne pas cela à nos enfants et à nos petits-enfants, à la jeunesse qui nous entoure, qu’est-ce qu’on leur donne ?

Projets Sageterre

Actuellement, plusieurs projets ont cours à Sageterre, tous en lien avec notre mission écologique au sens biologique et humain du terme.

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Le refuge, responsable Nadège

Un poulailler d’une trentaine de poules pondeuses pour nourrir la famille d’abord et pour vendre les surplus. C’est un refuge parce que les premières poules qui y sont arrivées semblaient venir d’une zone de guerre tant elles étaient déplumées.

Maître Canard, responsable Ghislain

Maître Canard est une canarderienovatrice dédiée à l’élevage de canards de chair unique au Québec. Maître Canard vous offre la chance de déguster un produit de qualité supérieure issue d’espèces patrimoniales dans l’objectif de favoriser une agriculture de proximité, de respecter les traditions agricoles québécoises et ce, pour le plaisir des restaurateurs et particuliers intéressés par une expérience culinaire responsable, authentique et recherchée.

Le jardin de la Rivière Hattée, responsable Sabrina

Un jardin et une serre d’été essentiellement pour l’autosuffisance. Mais attention, ce jardin est beau, bien soigné, et étonnamment productif.

Le Jardin des Confidences, responsable Magalie et Boban

Un jardin et une serre d’été essentiellement pour l’autosuffisance, en mettant l’accent sur les tomates et des transformations culinaires pour soi et les siens. Il s’y dégage une intimité qui soigne le cœur autant que le corps.

Kiwi et compagnie, responsable Claire

Kiwi & Cieest un projet-plantule (un nouveau-né) agricole. Ancré dans la « parcelle du nord » à Sageterre, il aura à terme plusieurs vocations qui se dessinent petit à petit. L’essentiel étant les bonnes choses, les choses goûteuses, les belles choses, et les choses qui sentent bon. Un lieu de cultures, un lieu de plaisir le long du chemin.

Poulailler collectif, responsable Mélodie

Une vingtaine de poules pondeuses pour un petit groupe de familles associées pour en prendre soin. L’essentiel ici, c’est l’art de tenter de faire mieux que les poules en matière de collaboration.

Forêt nourricière, responsable Mélodie

Un verger de design permaculture (pommiers, pruniers, cerisiers…) en association avec des arbustes fruitiers et des légumes de potager visant l’autosuffisance.

Les poules du Bic, responsables Carl et Ève

Pour les œufs et la chair.

Espèces d’épices, responsable Tony

Le but du projet est de mettre à disposition des épices produites localement, selon un mode respectueux de l’environnement.

 

Les grands jardins philosophiques, co-responsable Carl et Ève en association avec Jean et Marie-Hélène

Un grand potager principalement de légumes de conservation pour l’autosuffisance et pour desservir la communauté locale.

Égo-Eco, responsable Isabelle

Égo/Éco offre des moments pour prendre du recul et s’inspirer en plein cœur de la nature. Des ateliers et des séjours arrimant mode de vie écologique, agriculture biologique et création artistique pour explorer notre connexion à la nature, se donner un élan et clarifier le rôle qu’on veut jouer dans le développement d’une société durable.

Poil, plume, plaisir, responsable Alexandra et Fred

Des lapins pour le plaisir de les voir grandir, mener une bonne vie, nourrir et nous réchauffer de leur fourrure. Des poules différentes pour la couleur des plumes et parfois, leurs œufs. Et un beau jardin pour transformer les fumiers compostés en légumes.

Éthique des relations humaines

Comme dans toute communauté humaine, les relations forment sans doute le défi le plus déterminant. Ici, je voudrais simplement esquisser ce que je crois souhaitable à partir de discussions qui ont eu lieu à Sageterre.

Le but d’une éthique des relations entre nous qui formons une petite communauté d’intention, c’est de cultiver un climat de confiancede façon à favoriser le développement de chacun, le développement de chaque projet, et le développement de Sageterre dans son ensemble.

Cela devrait se traduire par :

  • l’ambiancejoyeuse, légère, tolérante de nos rencontres, ce qui n’est pas incompatible avec une franchise non violente;
  • notre capacité à nous dirigervers la mission de Sageterre et vers la réussite des projets;
  • le caractère « organique » du développement de Sageterre et des projets;
  • les bénéficeshumains et matériels de notre collaboration et de nos projets;
  • notre capacité d’ouvertureet de communication avec le voisinage qui nous entoure et la communauté dans laquelle nous sommes;
  • l’approfondissement de « l’esprit » propre à un projet comme le nôtre qui vise l’écologie dans toutes ses dimensions.

 

Comment envisager l’ambiance? Lorsque la confiance est là, on s’exprime plus librement parce qu’on ne craint pas

  • que nos paroles soient réinterprétées et ensuite retournées contre nous, au contraire, on s’attend à des questions qui nous aideront à nous faire comprendre;
  • que si une parole est gauche ou inappropriée, elle ne suscite pas un cercle vicieux de ressentiments, au contraire, la personne visée parlera honnêtement de ses sentiments sans prêter à l’autre des intentions mauvaises;
  • de recevoir des accusations, mais on est capable de recevoir une critique positive…

De plus, la confiance se bâtit sur :

  • Le respect et même l’affection des uns des autres;
  • L’honnêteté sans brutalité;
  • Le fait que les actes seront, le plus possible, cohérents avec les paroles;
  • Une tolérance qui réagit sainement devant ce qui pourrait apparaître intolérable;
  • Un refus de la violence, combattue par une capacité à exprimer son désaccord et même sa colère sans violence;
  • Une bonne ténacité et résilience permet persister malgré les difficultés relationnelles.

 

Comment envisager la fonction de direction? Lorsqu’un groupe est capable de se diriger, c’est qu’il est capable d’atteindre des buts sans perdre de vue les personnes, de réaliser des bénéfices humains et matériels sans perdre de vue l’ensemble des besoins humains et des besoins écologiques du milieu.

Cela suppose :

  • Être capables de réfléchir collectivement sur tous les intrants et les aboutissants avant de prendre une décision;
  • Être capables de matérialiser les décisions par une solide cohérence des actions;
  • Être capables de couvrir toutes les responsabilités par une bonne répartition des rôles;
  • Être capables de reconnaître les zones de responsabilité de chacun et de les respecter;
  • D’assumer chacun nos responsabilités propres tout en étant aptes à percevoir les responsabilités des autres, et aussi celles de l’ensemble;
  • Être capables d’évaluer les résultats humains, écologiques, et aussi les bénéfices concrets des actions.

 

Comment envisager le caractère organique du développement de Sageterre et de ses projets? Le caractère organique d’une organisation collective se remarque parce que :

  • Les relations sont boulées, elles ne restent pas suspendues sur des frustrations, des non-dits, des questions non répondues, etc. ;
  • Les relations ne sont jamais désincarnées, les systèmes relationnels ne sont jamais fermés, mais toujours perçus dans un environnement plus large où le milieu biologique et physique est concerné, ainsi que le milieu social;
  • La notion de « totalité » est toujours présente (le tout n’est pas seulement la somme des parties et de leurs relations);
  • La solidarité et l’entraide entre les personne se fait naturellement.

 

Comment envisager les bénéfices humains et matériels de notre collaboration et de nos projets? Il est très facile de perdre de vue la grande satisfaction de respirer parce que l’air est toujours présent; de même dans un couple ou une communauté, les bénéfices constants et continu peuvent facilement être oubliés au détriment de certains bénéfices que l’on voudrait augmenter.

Pour envisager les bénéfices de façon équilibrée, il est bon de :

  • Fêter ce que nous sommes, ce que nous nous apportons les uns aux autres;
  • Évaluer les acquis avant d’envisager les gains recherchés;
  • Regarder les résultats dans toutes leurs dimensions (écologiques, humaines, économiques…);
  • Évaluer le positif avant d’évaluer le négatif;
  • Ne pas personnaliser ce qui ne va pas;
  • Faire preuve de reconnaissance…

 

Comment envisager notre capacité d’ouverture et de communication avec le voisinage qui nous entoure? Les gens des alentours devraient se sentir bienvenus chez nous tout en respectant certaines règles nécessaires au bon voisinage. Il devrait être nombreux à s’intéresser à ce que nous faisons. Pour réaliser cela, on pourrait :

  • Être à l’écoute de ce que l’on dit et rectifier les fausses rumeurs ou informations;
  • Donner de l’information en utilisant une grande variété de médias;
  • Inviter les gens à certaines de nos activités…

 

Comment envisager l’approfondissement de « l’esprit » propre à un projet comme le nôtre qui vise l’écologie dans toutes ses dimensions? La vie artistique et philosophique d’une petite communauté comme la nôtre est sans doute le meilleur véhicule de son esprit.

  • Ajouter une petite touche originale et artistique à nos projets et à la manière de les faire connaître;
  • Faire connaître nos motivations profondes, ce qui nous fait vibrer dans nos projets et dans nos réalisations;
  • Ne pas craindre d’exprimer la « philosophie » qui nous anime…

 

Ce ne sont là que quelques points, un petit noyau qui devra être complété.

Notre déséquilibre

Nous ne sommes pas plus fous que nos ancêtres, mais nous avons des moyens bien plus grands de transformer nos déséquilibres intérieurs en dégâts sociaux ou écologiques. Nous sommes aux limites d’une accélération des moyens et des dégâts. Nous devons comprendre la nature de notre déséquilibre intérieur.

Guichet du savoir Dali

Ce qui semble en cause, c’est la difficulté pour l’homme de sortir d’une relation de prédation.Dans la prédation, l’autre est objet et cet objet est destiné à être assimilé, à devenir le corps du prédateur, à faire partie de lui. Un processus d’assimilation à soi. C’est une relation fondamentalement inégalitaire et non réciproque, une relation de « consommation », la relation d’un sujet qui s’approprie un objet, qui l’utilise pour ses propres besoins et le jette ensuite.

Pour compenser le dangereux déséquilibre psychique de la prédation, les sociétés de chasseurs-cueilleurs ont eu le réflexe d’attribuer une âme aux plantes, aux animaux, à la terre, à la mer afin d’en faire des sujets. Une spiritualité première. Dans leur vision du monde, le rapport mangé et être mangé ne voulait pas dire que les âmes s’assimilaient les unes aux autres comme des gouttes d’eau dans l’océan, au contraire, elles s’ajoutaient les unes aux autres, si bien que la personne et le cosmos entier évoluaient par conjonctiondes âmes. Tout cela favorisait le respect, les relations sujet à sujet et le caractère sacré des êtres vivants.

Avec l’agriculture du grain (une valeur que l’on peut engranger, capitaliser) et avec la domestication des animaux de pâturage et des animaux de travail, les tribus accumulaient des biens et amélioraient leur sort. En même temps, cette accumulation a libéré du temps pour le développement technique, entre autres la technologie du bronze et du fer. Les armes en métal en association avec le cheval d’attaque ont entraîné un déséquilibre des forces. Il devenait tentant de tout simplement pillerles tribus productrices. Les sociétés pilleuses se sont développées. Les seigneurs de guerre (de pillage) sont devenus rois, puis des empereurs.

Un empire est toujours une organisation plus ou moins sophistiquée de pillages systématiques et permanents des énergies physiques, humaines, techniques. Avec les empires, qu’ils soient politiques ou économiques, les relations sujet-objet sont devenues la norme. Utiliser et jeter, cela s’appliquait aux peuples conquis, aux animaux, aux terres, bref, à tout ce que l’on possédait, et du même souffle, le mariage ressemblait à un contrat d’achat, semblable à celui qui liait le maître à l’esclave. Bref, beaucoup de sociétés se sont mises à traiter les femmes, les autres hommes et la nature comme de simples outils à exploiter.

Devant de telles sociétés se dresse le paradoxe de la violence. Les sociétés misogynes, utilisatrices des êtres humains comme simples outils et destructrices de l’environnement sont conquérantes par nature car elles consomment plus qu’elles ne produisent et engendrent une révolte dans leur propre population qu’elles doivent canaliser en guerres. Devant elles, soit que l’on se défende, soit que l’on se laisse assimiler. Pour se défendre, il est nécessaire d’exercer une même violence qui nous rend semblable. De ce fait, se défendre ou ne pas se défendre n’oppose pas d’obstacle à l’universalisation des rapports de prédation, d’utilisation et de destruction de la nature. Cela est vrai dans l’univers politique mais cela est vrai aussi dans l’univers économique. La seule issue est celle de la résistance qui demande une très grande force morale. C’est cette troisième attitude que nous tentons de développer à Sageterre : une toute petite communauté de résistance parmi un nombre considérable d’actions de solidarité pour la justice, l’équité, la réelle démocratie et l’écologie.

Le problème humain

Bien avant de fonder Sageterre avec mon épouse, un problème philosophique m’habitait. Je suis né dans un quartier pauvre et violent de Montréal. Le problème était devant moi. Mon quartier matérialisait le problème. Enfant, ce problème m’habitait déjà. Sageterre est, pour moi, une expérience de solution possible.

Tour de Babel

Voici le problème : il est facile de démontrer que la justice, l’équité, l’égalité homme-femme, la démocratie participative et le respect de la nature peuvent seuls assurer la paix et, par elle, le bonheur :

  • Si la grande majorité des gens trouvent les décisions justes, il faudra peu de polices et de violence pour les faire respecter.
  • Si personne n’est vraiment pauvre ou trop riche, il n’y a pas d’envie, très peu de vols ou de crimes.
  • Si tout le monde est suffisamment éduqué et participe aux décisions indépendamment de leur sexe, il y a peu de contestation et de révolte.
  • Si l’on ne détruit pas la nature, elle nous donne l’air, l’eau, la nourriture dont nous avons besoin, et il n’est pas nécessaire de se faire la guerre pour accéder aux ressources.

Le secret de la paix n’est pas un secret, un enfant de sept ans peut le comprendre. Avec la paix, le bonheur.

Alors pourquoi nos systèmes politiques et économiques ainsi que nos lois sont-ils organisés pour engendrer et pour justifier l’injustice, l’inégalité, la pauvreté, le désengagement politique et la surexploitation de la nature ? Et pourquoi presque tout le monde laisse faire ?

Bref, l’être humain est-il fou ? Existe-t-il un gène de folie dans notre espèce ? En termes philosophiques : quel est la nature de notre déséquilibre intérieur ?

Démocratie et identité

Tout ce que j’ai dit sur la démocratie ne suffit pas. J’en suis profondément convaincu, aucune démocratie n’atteindra le but si elle n’est pas mobilisée par quelque chose qui la dépasse, quelque chose qui puisse constituer pour elle une finalité plus grande que l’intérêt de l’individu, et même plus grande que l’intérêt d’un pays, car la liberté n’existe pas pour s’affirmer elle-même mais pour réaliser quelque chose qui la dépasse. C’est cette aspiration qui constitue le nerf principal de l’identité d’une culture. Toute culture n’existe que pour se dépasser elle-même afin d’accomplir un rêve qui embrasse non seulement l’humanité mais tout le vivant.

Hommage à la trinité

Vitrail de Kim En Joong

L’identité fonctionne à peu près ainsi : plus la conscience s’approche des principes universels de la vie qui semblent identiques pour tous les êtres vivants, plus elle devient elle-même originale et capable d’associations. Cela fonctionne comme les branches d’un arbre : mieux la branche est greffée au tronc commun, plus elle se différencie des autres.

Il s’ensuit que l’identité se forme dans la tension entre l’enracinement dans les principes universels de la vie et l’extraordinaire besoin de chacun de former sa propre différence afin d’apporter sa propre créativité.

Au contraire de ce que l’on croit, l’identité est davantage la capacité à intégrer les différences par approfondissement de l’universel, que la capacité de se conserver identique à elle-même sur une longue période.

Cela veut dire : mieux comprendre l’humanité pour mieux unir les différences humaines. Mais intégrer les différences pourquoi ? Pour se dépasser. Si la vie a choisi qu’un animal arrive à la conscience, ce n’est pas pour son intérêt à lui seul, cet animal n’est pas responsable que de lui-même, il devient responsable de tout le vivant. Il est capable de détruire donc, il doit construire avec la vie et non contre elle. Et c’est cela le fondement de notre identité : faire front commun avec la vie, pour faire de la planète un être collectif douée d’une raison spirituelle (spirituel veut dire : ouvert à quelque chose qui ne peut jamais se refermer).

Devant nous, voilà ce qu’il y a à faire : réaliser une démocratie planétaire qui donne une identité proprement spirituelle à toute la vie sur terre, qui célèbre la vie en exerçant sa pleine créativité.