Lutter contre la pauvreté, la misogynie et la destruction écologique, un seul combat

Ce texte est pour vous inviter à une rencontre philosophique et aussi vous proposer une activité de sensibilisation à cette rencontre pour celles et ceux qui le désirent.

Le séminaire

Lutter contre la pauvreté, la misogynie et la destruction écologique
un seul combat
avec la participation d’A.T.D.-Quart-monde et la pensée de Joseph Wresinski

Thème :Lutter contre la pauvreté, la misogynie et la destruction écologique un seul combat. Avec la participation d’A.T.D.-Quart-monde et la pensée de Joseph Wresinski

Date et lieu : Domaine Floravie, 100, route Santerre, Rimouski (le Bic) du vendredi 10 août à 19h au dimanche 12 août à 15h

Question :

Il est facile de démontrer que la justice, l’équité, l’égalité homme-femme, la démocratie participative et le respect de la nature peuvent seuls assurer la paix et, par elle, un bonheur réaliste : si la grande majorité des gens trouvent les décisions justes, il faudra peu de polices et de violence pour les faire respecter; si personne n’est vraiment pauvre ou trop riche, il y a peu de vol ou de crime; si tous les citoyens sont suffisamment éduqués et participent aux décisions indépendamment de leur sexe, il y aura peu de révolte; si l’on ne détruit pas la nature, elle nous donne l’air, l’eau, la nourriture dont nous avons besoin, et il n’est pas nécessaire de faire la guerre pour accéder aux ressources. Le secret de la paix n’est donc pas un secret, un enfant de sept ans peut nous le chuchoter à l’oreille.

Alors pourquoi nos systèmes politiques et économiques semblent-ils favoriser ou justifier l’inégalité sociale, la misogynie et la surexploitation de la nature? De quel déséquilibre intérieur sommes-nous atteints pour qu’il nous soit si difficile d’arriver à la paix et à l’harmonie avec la nature? La lutte contre la pauvreté, la misogynie et la destruction de la nature est essentiellement un seul combat, et probablement d’abord un combat contre ce déséquilibre. Mais ce déséquilibre est-il propre à la conscience humaine ou contraire à elle? Surtout, comment réussir à sortir des cercles vicieux de la violence que sont la pauvreté, la misogynie et la destruction de la nature ?

Nous recevrons quelques volontaires et militants du mouvement. Cinq membres du Mouvement international ATD Quart-Monde viendront nous assister : Geneviève Defraigne Tardieu – chargée des relations internationales du Mouvement, Bruno Tardieu, chargé du centre international Joseph Wresinski de mémoire et de recherche, Susie Devins, déléguée pour la région Amérique du Nord, Philippe et Françoise Barbier, co-responsables d’ATD Quart Monde au Canada. Ils co-animeront avec nos animateurs habituels : Hélène Fortier, Isabelle Fortier, Jacques Perron, Katy Roy.

L’horaire proposé :

Vendredi de 19:00 h à 21:00h Rencontre d’ouverture : formulation de la question à débattre durant le séminaire, présentation des questions d’ateliers et inscriptions aux ateliers.

Co-animation Jean Bédard, Geneviève et Bruno Tardieu

Samedi de 9:00 h à 12:00h Travail d’ateliers en cinq groupes.

Co animé.

Samedi PM Période libre pour profiter de la nature
Samedi de 19:00 h à 21:00h Soirée artistique et de réflexion ouverte sur le thème.
Dimanche de 9:00 h à 12:00h Retour sur les ateliers et première synthèse
Dimanche de 1 :30 à 15:00h Synthèse

Conditions :

Un cahier de réflexion sera donné sur place. Pour payer les frais de location, de photocopies, le courrier, etc., nous demandons une contribution de 40$ payable à l’inscription au nom de Marie-Hélène Langlais. Vous pourrez lire le texte d’accompagnement avant même le séminaire. Il sera sur le site sageterre.orgenviron 15 jours avant le séminaire.

Il faut s’inscrire avant le 15 juillet. Le nombre de places est limité à 80 en raison du permis accordé au Domaine Floravie. Les premières inscriptions payées ont préséance. Les personnes inscrites, mais en surplus, seront avisées par téléphone ou courriel.  Les personnes non avisées pourront considérer leur inscription retenue.

Le Domaine Floravie nous accueille encore cet été. Une pointe de paradis à quelques pas de Sageterre. On peut loger là (cabines ou chalets). S’adresser à 418 736-4000 ou au 1 855 736-5755, www.domainefloravie.com, info@domainefloravie.com.

Mon épouse, Marie-Hélène Langlais (responsable de l’organisation du séminaire), et moi-même serons heureux de vous accueillir.  Pour plus d’information, vous pouvez la rejoindre au 418-736-5859 ou par courriel : jphbedard@globetrotter.net.

 

Le pré-séminaire

Réfléchir via le théâtre de l’opprimé

Du 9 et 10 août 2018

Sageterre travaille en collaboration avec Isabelle Fortier, fondatrice d’Égo/Éco, depuis 2016 en offrant des retraites arrimant mode de vie écologique, intériorité et création artistiquepour inspirer et stimuler les acteurs de changement. Les séjours permettent aux participants à la fois de réfléchir aux enjeux environnementaux tout en faisant un cheminement personnel.

Cette année nous vous offrons l’occasion de vivre un atelier Égo/Éco pour réfléchir autrement en explorant notre question philosophique via le Théâtre de l’Oppriméd’Augusto Boal.

« Le Théâtre de l’Opprimé » souhaite aider à lutter contre toutes les formes d’oppressions pouvant exister dans les sociétés humaines. Plus encore, il entend réveiller l’esprit de contestation indispensable à une société organisée.  Le but est de sauvegarder, développer et redimensionner la vocation humaine, en faisant de l’activité théâtrale un outil efficace pour la compréhension et la recherche de solutions à des problèmes sociaux et personnels.  Le théâtre de l’opprimé est un système d’exercices physiques, de jeux esthétiques, de techniques d’images et d’improvisations spéciales. Aucune expérience requise.

Informations pratiques :

Horaire : Jeudi 9 août de 14h à 17h et vendredi 10 août de 9h30 à 12h30 et de 14h à 16h.

Nourriture et hébergement : Vous pourrez aller manger au village ou apporter votre lunch. Vous êtes responsable de trouver votre hébergement mais il si vous êtes équipé, il est possible de planter votre tente sur la ferme de Jean Bédard.

Prix: 120$

Égo/Éco offre des bourses par souci d’inclusion pour les personnes dont le prix serait trop élevé pour leur moyen financier. Vous pourrez contactez info@egoeco.ca

Inscription : Vous pourrez vous inscrire en ajoutant votre paiement à celui du Séminaire de Jean Bédard

Pour plus d’informations : Contactez Isabelle Fortier à info@egoeco.caou http://www.egoeco.ca

 

 

Feuille d’inscription(Chèque global au nom de Marie-Hélène Langlais) à l’adresse :
2456 rte 132 est #1, Rimouski, G0L 1B0

Prénom, nom__________________________________________________

Adresse_______________________________________________________

_______________Téléphone______________Courriel : __________

Nombre d’inscriptions au séminaire_____ Paiement (40$ par personne)       ______

Don au Jardin Philosophique Sageterre                                                        ______

Inscription à l’atelier pré-séminaire : Réfléchir via le théâtre de l’opprimé    ______

Total                                                                                                 ________________

 

 

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Projets Sageterre

Actuellement, plusieurs projets ont cours à Sageterre, tous en lien avec notre mission écologique au sens biologique et humain du terme.

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Le refuge, responsable Nadège

Un poulailler d’une trentaine de poules pondeuses pour nourrir la famille d’abord et pour vendre les surplus. C’est un refuge parce que les premières poules qui y sont arrivées semblaient venir d’une zone de guerre tant elles étaient déplumées.

Maître Canard, responsable Ghislain

Maître Canard est une canarderienovatrice dédiée à l’élevage de canards de chair unique au Québec. Maître Canard vous offre la chance de déguster un produit de qualité supérieure issue d’espèces patrimoniales dans l’objectif de favoriser une agriculture de proximité, de respecter les traditions agricoles québécoises et ce, pour le plaisir des restaurateurs et particuliers intéressés par une expérience culinaire responsable, authentique et recherchée.

Le jardin de la Rivière Hattée, responsable Sabrina

Un jardin et une serre d’été essentiellement pour l’autosuffisance. Mais attention, ce jardin est beau, bien soigné, et étonnamment productif.

Le Jardin des Confidences, responsable Magalie et Boban

Un jardin et une serre d’été essentiellement pour l’autosuffisance, en mettant l’accent sur les tomates et des transformations culinaires pour soi et les siens. Il s’y dégage une intimité qui soigne le cœur autant que le corps.

Kiwi et compagnie, responsable Claire

Kiwi & Cieest un projet-plantule (un nouveau-né) agricole. Ancré dans la « parcelle du nord » à Sageterre, il aura à terme plusieurs vocations qui se dessinent petit à petit. L’essentiel étant les bonnes choses, les choses goûteuses, les belles choses, et les choses qui sentent bon. Un lieu de cultures, un lieu de plaisir le long du chemin.

Poulailler collectif, responsable Mélodie

Une vingtaine de poules pondeuses pour un petit groupe de familles associées pour en prendre soin. L’essentiel ici, c’est l’art de tenter de faire mieux que les poules en matière de collaboration.

Forêt nourricière, responsable Mélodie

Un verger de design permaculture (pommiers, pruniers, cerisiers…) en association avec des arbustes fruitiers et des légumes de potager visant l’autosuffisance.

Les poules du Bic, responsables Carl et Ève

Pour les œufs et la chair.

Espèces d’épices, responsable Tony

Le but du projet est de mettre à disposition des épices produites localement, selon un mode respectueux de l’environnement.

 

Les grands jardins philosophiques, co-responsable Carl et Ève en association avec Jean et Marie-Hélène

Un grand potager principalement de légumes de conservation pour l’autosuffisance et pour desservir la communauté locale.

Égo-Eco, responsable Isabelle

Égo/Éco offre des moments pour prendre du recul et s’inspirer en plein cœur de la nature. Des ateliers et des séjours arrimant mode de vie écologique, agriculture biologique et création artistique pour explorer notre connexion à la nature, se donner un élan et clarifier le rôle qu’on veut jouer dans le développement d’une société durable.

Poil, plume, plaisir, responsable Alexandra et Fred

Des lapins pour le plaisir de les voir grandir, mener une bonne vie, nourrir et nous réchauffer de leur fourrure. Des poules différentes pour la couleur des plumes et parfois, leurs œufs. Et un beau jardin pour transformer les fumiers compostés en légumes.

Éthique des relations humaines

Comme dans toute communauté humaine, les relations forment sans doute le défi le plus déterminant. Ici, je voudrais simplement esquisser ce que je crois souhaitable à partir de discussions qui ont eu lieu à Sageterre.

Jacques-Sageterre Juillet 2012 (32)

Le but d’une éthique des relations entre nous qui formons une petite communauté d’intention, c’est de cultiver un climat de confiancede façon à favoriser le développement de chacun, le développement de chaque projet, et le développement de Sageterre dans son ensemble.

Cela devrait se traduire par :

  • l’ambiancejoyeuse, légère, tolérante de nos rencontres, ce qui n’est pas incompatible avec une franchise non violente;
  • notre capacité à nous dirigervers la mission de Sageterre et vers la réussite des projets;
  • le caractère « organique » du développement de Sageterre et des projets;
  • les bénéficeshumains et matériels de notre collaboration et de nos projets;
  • notre capacité d’ouvertureet de communication avec le voisinage qui nous entoure et la communauté dans laquelle nous sommes;
  • l’approfondissement de « l’esprit » propre à un projet comme le nôtre qui vise l’écologie dans toutes ses dimensions.

 

Comment envisager l’ambiance? Lorsque la confiance est là, on s’exprime plus librement parce qu’on ne craint pas

  • que nos paroles soient réinterprétées et ensuite retournées contre nous, au contraire, on s’attend à des questions qui nous aideront à nous faire comprendre;
  • que si une parole est gauche ou inappropriée, elle ne suscite pas un cercle vicieux de ressentiments, au contraire, la personne visée parlera honnêtement de ses sentiments sans prêter à l’autre des intentions mauvaises;
  • de recevoir des accusations, mais on est capable de recevoir une critique positive…

De plus, la confiance se bâtit sur :

  • Le respect et même l’affection des uns des autres;
  • L’honnêteté sans brutalité;
  • Le fait que les actes seront, le plus possible, cohérents avec les paroles;
  • Une tolérance qui réagit sainement devant ce qui pourrait apparaître intolérable;
  • Un refus de la violence, combattue par une capacité à exprimer son désaccord et même sa colère sans violence;
  • Une bonne ténacité et résilience permet persister malgré les difficultés relationnelles.

 

Comment envisager la fonction de direction? Lorsqu’un groupe est capable de se diriger, c’est qu’il est capable d’atteindre des buts sans perdre de vue les personnes, de réaliser des bénéfices humains et matériels sans perdre de vue l’ensemble des besoins humains et des besoins écologiques du milieu.

Cela suppose :

  • Être capables de réfléchir collectivement sur tous les intrants et les aboutissants avant de prendre une décision;
  • Être capables de matérialiser les décisions par une solide cohérence des actions;
  • Être capables de couvrir toutes les responsabilités par une bonne répartition des rôles;
  • Être capables de reconnaître les zones de responsabilité de chacun et de les respecter;
  • D’assumer chacun nos responsabilités propres tout en étant aptes à percevoir les responsabilités des autres, et aussi celles de l’ensemble;
  • Être capables d’évaluer les résultats humains, écologiques, et aussi les bénéfices concrets des actions.

 

Comment envisager le caractère organique du développement de Sageterre et de ses projets? Le caractère organique d’une organisation collective se remarque parce que :

  • Les relations sont boulées, elles ne restent pas suspendues sur des frustrations, des non-dits, des questions non répondues, etc. ;
  • Les relations ne sont jamais désincarnées, les systèmes relationnels ne sont jamais fermés, mais toujours perçus dans un environnement plus large où le milieu biologique et physique est concerné, ainsi que le milieu social;
  • La notion de « totalité » est toujours présente (le tout n’est pas seulement la somme des parties et de leurs relations);
  • La solidarité et l’entraide entre les personne se fait naturellement.

 

Comment envisager les bénéfices humains et matériels de notre collaboration et de nos projets? Il est très facile de perdre de vue la grande satisfaction de respirer parce que l’air est toujours présent; de même dans un couple ou une communauté, les bénéfices constants et continu peuvent facilement être oubliés au détriment de certains bénéfices que l’on voudrait augmenter.

Pour envisager les bénéfices de façon équilibrée, il est bon de :

  • Fêter ce que nous sommes, ce que nous nous apportons les uns aux autres;
  • Évaluer les acquis avant d’envisager les gains recherchés;
  • Regarder les résultats dans toutes leurs dimensions (écologiques, humaines, économiques…);
  • Évaluer le positif avant d’évaluer le négatif;
  • Ne pas personnaliser ce qui ne va pas;
  • Faire preuve de reconnaissance…

 

Comment envisager notre capacité d’ouverture et de communication avec le voisinage qui nous entoure? Les gens des alentours devraient se sentir bienvenus chez nous tout en respectant certaines règles nécessaires au bon voisinage. Il devrait être nombreux à s’intéresser à ce que nous faisons. Pour réaliser cela, on pourrait :

  • Être à l’écoute de ce que l’on dit et rectifier les fausses rumeurs ou informations;
  • Donner de l’information en utilisant une grande variété de médias;
  • Inviter les gens à certaines de nos activités…

 

Comment envisager l’approfondissement de « l’esprit » propre à un projet comme le nôtre qui vise l’écologie dans toutes ses dimensions? La vie artistique et philosophique d’une petite communauté comme la nôtre est sans doute le meilleur véhicule de son esprit.

  • Ajouter une petite touche originale et artistique à nos projets et à la manière de les faire connaître;
  • Faire connaître nos motivations profondes, ce qui nous fait vibrer dans nos projets et dans nos réalisations;
  • Ne pas craindre d’exprimer la « philosophie » qui nous anime…

 

Ce ne sont là que quelques points, un petit noyau qui devra être complété.

Revenons à nos bébés

Aubergine a accouché la première. Jeune chèvre, c’est aussi sa première portée. Elle est brune, le papa est Boer, donc blanc à tête brune, mais il a un gène de Boer brun, alors elle a accouché d’un premier bébé complètement brun, un mâle, déjà debout en train de tété au moment ou un deuxième était en train de sortir. Il tomba dans la paille, s’agita rapidement, au bout de plusieurs essais, se leva debout bravement. Il était donc très viable et plein de volonté de vivre. Il me montra son petit derrière, et je vis que « il » était « elle ». Les enfants l’appelèrent Avril puisqu’ils avaient appelé son frère Mars.

Marie-Hélène et Avril

Avril se mit en voie de chercher une tétine. Mars ne lui cédait évidemment pas sa place. Mais pire, Aubergine la tassa du pied. Maman rejetait sa fille. Je me suis dit, le temps arrangera les choses. Cependant, je voulais voir Avril prendre son indispensable première tétée avant de sortir de l’étable et me reposer. La courageuse Avril découvrit enfin le ventre de sa mère, suivant les odeurs, elle se faufila jusqu’à la tétine, mais reçut de terribles coups de patte de sa mère, et même une tentative de piétinement mortelle.

Je voulus téléphoner immédiatement à la Protection de la jeunesse, mais, à la ferme, le travailleur social, c’est moi. J’ai deux autres chèvres. L’une venait, elle aussi d’accoucher. Je n’étais pas prêt d’aller me reposer! Elle venait de mettre au monde un gros garçon très vigoureux. Je tentai une adoption. Elle refusa violemment. Je n’avais plus le choix, en tant que travailleur social j’étais en devoir de subsidiarité. « Subsidiarité », ce grand mot au fondement du travail social, est en fait un « devoir naturel » qui existe dans toutes les populations, et même chez les oies sauvages ou autres espèces intelligentes; il se rapporte au fait social que le « prochain » (celui qui se trouve proche) est, par le seul fait d’être proche, le « subsidiaire » de l’autre. Il s’agit d’un cas spécifique du « devoir de secourir », qui ajoute au secours, la subsidiarité, c’est-à-dire le remplacement de la mère, du père, d’un frère, d’une sœur, d’un proche, ou même de la personne elle-même qui faillit au devoir de secours, quelle qu’en soit la raison. C’est normalement un instinct social. Cet instinct donne un énorme avantage de survie et d’adaptation à une espèce donnée.

Mon épouse est « dangereusement » habitée par cet instinct de subsidiarité. Moi, j’en suis dépourvu. Mais je suis formé en philosophie et en travail social, je n’ai pas le choix : sous peine de voir s’écrouler mon bonheur sous le poids de l’incohérence entre mes valeurs et mes actes, je dois secourir, mais surtout, en tant que travailleur social, je dois chercher un subsidiaire meilleur que moi. Sauf qu’aucune chèvre ne voulait se dévouer et que mon épouse est trop occupée par la subsidiarité humaine (dite intra-spécifique).

J’ai donné et je donne encore le biberon à Avril, des caresses et de l’affection. Mon épouse le fait aussi lorsque je dois m’absenter. En réalité, à la ferme, tout le monde adore donner le biberon à Avril car elle tète avec l’énergie du désespoir, qui est en fait, comme tout le monde le sait, constitue l’énergie de l’espoir.

Je me demande si ce mot « subsidiarité », mot laïque, biologique et social qui remplace l’ancienne expression « amour du prochain » nous a rendus meilleurs! Je me demande surtout si l’affectivité peut se développer sans ce genre de relation, dans laquelle, pour un moment, nous sommes le relais essentiel dans la survie d’un autre temporairement vulnérable!

En tout cas, à chaque fois que je donne la tétée à mon bébé, je sens mon cœur fondre d’amour, et c’est un bonheur que je souhaite à tout le monde.

L’écologie un art de vivre

J’ai donné cette conférence quelques fois, accompagnée d’une présentation. Les nombres entre parenthèses correspondent aux éléments projetés sur écran.

(1)Bien avant de fonder Sageterre avec mon épouse, un problème philosophique m’habitait. Je suis né dans un quartier pauvre et violent de Montréal. Le problème était partout autour de moi et il habitait mon enfance.

Sageterre est, pour moi, une expérience de solution possible.DSC00409

(2)Voici le problème : il est facile de démontrer que la justice, l’équité, l’égalité homme-femme, la démocratie participative et le respect de la nature peuvent seuls assurer la paix et, par elle, le bonheur :

  • Si la grande majorité des gens trouvent les lois et les décisions justes, il faudra peu de polices et de prisons pour les faire respecter.
  • Si personne n’est vraiment pauvre ou trop riche, il n’y a pas d’envie, donc très peu de vols ou de crimes.
  • Si tout le monde est suffisamment éduqué et participe aux décisions indépendamment de leur sexe, il y a peu de contestation et de révolte.
  • Si l’on ne détruit pas la nature, elle nous donne l’air, l’eau, la nourriture dont nous avons besoin, et il n’est pas nécessaire de se faire la guerre pour accéder aux ressources.

Le secret de la paix n’est pas un secret, un enfant de sept ans peut le comprendre. Avec la paix, le bonheur.

(3) Alors pourquoi nos systèmes politiques et économiques semblent-ils organisés pour engendrer et pour justifier l’inégalité, l’iniquité et la surexploitation de la nature?

Et pourquoi presque tout le monde laisse-t-il faire ?

Bref, l’être humain est-il pris de folie ? Quelle est la nature de notre déséquilibre intérieur ?

Nous ne sommes probablement pas plus « déséquilibrés » que nos ancêtres, mais nous avons des moyens bien plus grands de transformer nos déséquilibres intérieurs en dégâts sociaux ou écologiques. Nos techniques sont comme des amplificateurs de nos distorsions intérieures.

Nous sommes, semble-t-il, aux limites d’une accélération des moyens et des dégâts.

(4)Nous devons comprendrela nature de notre déséquilibre intérieur. Est-il essentiel ou culturel?

Le courant américain et conservateur du « réalisme politique » laisse entendre que nous sommes foncièrement violent, dominateur, et même prédateur et qu’il faut donc faire avec et non chercher à changer notre essence « biologique ».

La tradition judéo-chrétienne nous dit que l’être humain a été créé bon, juste, en harmonie avec la nature, mais il s’est perverti lui-même. Dans sa nature profonde, l’être humain est équilibré, il s’est perdu par sa faute, il peut donc retrouver sa véritable nature. Son déséquilibre n’est pas irréversible, il n’est pas essentiel, au contraire, sa conscience le ramène inévitablement vers l’équilibre, c’est-à-dire la justice, l’équité, l’écologie.

La tradition grecque de Platon et le Bouddhisme nous disent que l’âme est bonne, mais la matière brouille non pas son essence, mais sa vue, et ensuite, sa vue brouillée, c’est-à-dire son ignorance, déséquilibre ses comportements. En se spiritualisant (dans ces traditions, cela signifie arriver à surmonter la matière pour bien voir), l’être humain peut retrouver son essence juste, équitable, harmonieuse.

(5) Bien que les grandes traditions soient plutôt pessimistes, elles ne disent pas que nous sommes condamnés à notre propre violence. Au contraire, notre conscience serait un bon guide.

Mais aujourd’hui, nous sommes surtout habités par le « biologisme » du « réalisme politique » et d’un certain scientisme matérialiste, l’idéologie par laquelle nous justifions nos comportements par des supposés déterminants biologiques : notre folie serait génétique.

(6)Le « biologisme » laisse entendre que la difficulté pour l’homme consiste à sortir d’une relation de prédation qu’il applique, hélas, sur lui-même, à sa propre espèce, et aussi à toute la nature qu’il traite comme une réserve de « ressources » pour répondre à ses besoins.

(7)Dans la prédation, l’autre est objetet cet objet est destiné à être assimilé à soi. C’est une relation de consommation, une relation d’un sujet qui s’approprie un objet pour l’utiliser
et ensuite pour le jeter.

(8)On pourrait croire que cette relation qui consiste à « consommer » l’autre et la nature fait partie de notre nature biologique. Ce serait une fatalité. Nous serions des prédateurs pour toujours.

(9)Mais ce n’est pas ce que l’anthropologie nous dit.

Pour compenser le dangereux déséquilibre psychique de la prédation, les sociétés de chasseurs-cueilleurs ont eu le réflexe d’attribuer une âme aux plantes, aux animaux, à la terre, à la mer afin d’en faire des sujets. Une spiritualité première.

Dans leur vision du monde, le rapport mangé et être mangé ne voulait pas dire que les âmes s’assimilaient les unes aux autres comme des gouttes d’eau dans l’océan, au contraire, elles s’ajoutaient les unes aux autres, si bien que la personne et le cosmos entier évoluaient par conjonctiondes âmes. Tout cela favorisait le respect, les relations sujet à sujet et le caractère sacré des êtres vivants.

(10)C’est lorsque est arrivé un déséquilibre des forces que la situation a changé.

Tant que les êtres humains étaient également désarmés entre eux et vis-à-vis de la nature, ils collaboraient. Et c’est même grâce à cette collaboration qu’ils ont réussi à traverser au moins un million d’années.

Mais avec l’agriculture du grain (une valeur que l’on peut engranger, capitaliser) et avec la domestication des animaux de pâturage et des animaux de travail, les tribus accumulaient des biens et amélioraient leur sort. En même temps, cette accumulation a libéré du temps pour le développement technique, entre autres la technologie du bronze et du fer.

Les armes en métal en association avec le cheval d’attaqueont entraîné un grave déséquilibre des forces.

Il devenait alors tentant de tout simplement pillerles tribus productrices qui avaient accumulé du bétail, du blé et bien d’autres choses. Les sociétés pilleuses se sont développées. Les seigneurs de guerre (seigneurs de pillage) sont devenus rois, puis empereurs, comme Alexandre le Grand, et enfin, entrepreneur comme Monsanto.

(11) Un empire est toujours une organisation plus ou moins sophistiquée de pillages systématiques et permanents des énergies physiques, humaines, techniques.Avec les empires, qu’ils soient politiques ou économiques, les relations sujet-objet sont devenues la norme.

Utiliser et jeter, cela s’appliquait aux peuples conquis, aux animaux, aux terres, bref, à tout ce que l’on possédait, et du même souffle, le mariage ressemblait à un contrat d’achat, de possession semblable à celui qui liait le maître à l’esclave. Bref, beaucoup de sociétés se sont mises à traiter les femmes, les autres hommes (étrangers surtout) et la nature comme de simples outils à exploiter et à jeter.

Devant de telles sociétés se dresse le paradoxe de la violence. Les sociétés misogynes, utilisatrices des êtres humains comme simples outils, et destructrices de l’environnement sont

  • conquérantes par nature car elles consomment plus qu’elles ne produisent, c’est leur violence centrifuge;
  • par ailleurs, l’inégalité sociale qui est leur condition d’existence engendre des révoltes dans leur propre population qu’elles doivent neutraliser par une violence centripète.

(12)Devant la violence, soit qu’on se défende, soit qu’on se laisse assimiler. Pour se défendre, il est nécessaire d’exercer une même violence qui nous rend semblables à l’ennemi.

De ce fait, se défendre ou ne pas se défendre n’opposent pas d’obstacle à l’universalisation des rapports de prédation, d’utilisation et de destruction de la nature.

Il s’ensuit que les cultures fondées sur la domination occupent maintenant presque toute la place et que les autres cultures, sauf exception, ont été éradiquées ou assimilées.

(13)Cela est vrai dans l’univers politique mais cela est vrai aussi dans l’univers économique. La seule issue est celle de la résistance pacifique qui demande une très grande force morale.

C’est cette troisième attitude que nous tentons de développer à Sageterre : une toute petite communauté de résistance parmi un nombre considérable d’actions de solidarité pour la justice, l’équité, l’égalité homme-femme, la réelle démocratie et l’écologie.

(14)Bref, il est vrai que biologiquement l’être humain est un prédateur, mais normalement, un prédateur collaborateur.

C’est avec le déséquilibre des moyens d’exercer la force, qu’il est devenu son propre prédateur et celui de la nature.

Ce n’est pas son essence, c’est l’état culturel des sociétés dominatrices.

Mais aujourd’hui, ses moyens d’exploitation de ses semblables et de surexploitation de la nature sont si grands, que soit qu’il apprenne à les maîtriser, soit qu’il perde sa capacité d’adaptation et disparaisse comme espèce parasitaire incontrôlable.

(15) Ce n’est pas dans sa nature d’être son propre prédateur, mais c’est certainement dans sa nature de s’adapterà ses propres pouvoirs exagérés qui amplifient son déséquilibre intérieur au point de menacer son existence.

Rien n’est perdu. Il n’est pas dans la nature de l’être humain de chercher sa propre destruction. Il s’agit d’un problème d’adaptation à une intelligence des moyens qui dépasse aujourd’hui totalement notre intelligence des finalités. Bref nous avons beaucoup trop de techniques pour le trop faible développement de notre conscience collective.

Science sans conscience n’est que ruine de l’âme (Rabelais). Et on pourrait ajouter que ruine de l’âme est ruine de la justice, de l’équité et des écosystèmes : la ruine de la paix.

(16)Reste que sortir des relations de prédations, de consommation et de possession constitue un défi de taille.

Les relations de possession sont fondamentalement des relations de sujet à objet.Le gros avantage, c’est que l’objet n’a pas un mot à dire, j’en ai le contrôle total. Le gros désavantage c’est que cela engendre nécessairement l’injustice, l’iniquité, la misogynie, la non-participation, la surexploitation des personnes et de la nature, bref tout ce qui fomente les révoltes et les répressions, les guerres et les contre-guerres, les désastres écologiques et le combat pour les ressources, en somme, toutes les formes de violence.

Certainement, la relation sujet-objet est beaucoup moins satisfaisante que la relation sujet-sujet. Dans la relation amoureuse et même dans la relation d’amitié, un sujet veut aimer un sujet et être aimé par lui.

La relation égalitaire et réciproque est beaucoup plus satisfaisante, mais éminemment plus difficile.

(17) Les difficultés sont doubles.

  • Du point de vue intellectuel, découvrir la subjectivité de l’autre constitue un défi. Dès l’époque classique, on s’est demandé, par exemple, comment savoir si on a affaire à un automate de forme humanoïde ou à un sujet humain. Réponse : seul le sujet peut remettre en question les finalités pour lesquelles on l’utilise. Le sujet résiste à l’idée de n’être qu’un moyen. Il faut donc prévoir avec lui une relation susceptible d’ébranler nos valeurs. Seule une intelligence de deuxième niveau peut y arriver. On peut jouer aux échecs avec un ordinateur, on perdra sans doute, mais jamais l’ordinateur ne demandera : « Au fait, pourquoi on perd notre temps à jouer aux échecs, on n’aurait pas mieux à faire? »
  • Sur le plan affectif, découvrir que l’autre vit des émotions qui lui sont propres suppose être capable de suspendre tous les processus de projection de nos propres émotions sur l’autre, ce qui exige une réflexion sur soi en plus d’un acte d’empathie.

(18)La découverte des relations de sujet à sujet est en fait, la découverte de notre dimension spirituelle. Spirituel veut dire ici, minimalement, percevoir la différence entre la petitesse de nos connaissances objectives et la grandeur de la réalité, percevoir la différence entre un objet de pensée et un sujet vivant.

Cette perception mène nécessairement au respect et à l’amour, à la reconnaissance du caractère sacré de ce qui vit.

(9) En deuxième conclusion : le malheur de l’homme, c’est qu’ildoit faire un saut de réflexion spirituelle pour découvrir l’amour, c’est-à-dire le bonheur des relations de sujet à sujet, des relations nécessairement égalitaires et réciproques.

Lorsque, mon épouse et moi avons compris le problème, nous avons voulu faire quelque chose.

(20) Pour nous, l’écologie, dès qu’elle comporte des sujets pensants, n’est plus simplement l’équilibre évolutif d’êtres vivants interdépendants, c’est certainement cela, mais c’est aussi l’évolution d’une fraternité de sujetsdevenus conscients et responsablesdu monde dans lequel ils sont plongés.

L’écologie ne consiste donc pas seulement à réduire notre empreinte carbone sur l’environnement, c’est d’abord savoir s’insérer dans un écosystème, par exemple une ferme, ou une forêt, ou un parc, pour participerà sa santé et à sa beauté afin de retrouver le bonheur de vivre.

C’est une démarche affectivevers une relation de sujet à sujet. Il s’agit de s’approcher d’un petit bout de paysage, d’entrer dedans, de voir ce qui se passe, de demander aux plantes, aux animaux, à tous les vivants : « Est-ce que tout va bien ? Auriez-vous besoin de quelque chose ? Est-ce que je peux vous être utile ? »

Ensuite, écoutez, écoutezlongtemps, leur beauté et leur harmonie. Observez le travail qu’eux font sur moi pour soulager mes inquiétudes, mes tourments, me soigner, m’équilibrer, me nourrir, purifier mon eau, purifier mon air. Et lorsqu’on croit pouvoir faciliter leur vie, donner un peu de son travail.

C’est cette réciprocité qui permet l’action opérantede l’écologie,l’environnement prend soin de moi, et moi, j’essaie de prendre soin de lui.

(21) C’est avec cette intention qu’en 2004, mon épouse, Marie-Hélène et moi, avons décidé de relancer une ferme à l’abandon avec l’aide de jeunes gens.

Avec eux, nous l’avons appelée : Sageterre.

Cela signifiait deux choses :

  1. Diminuer notre dépendance alimentaire envers les systèmes industriels et le transport polluant.
  2. Se mettre sous la dépendance de la pluie, du sol, des plantes et d’une petite communauté humaine.

Ensuite s’ouvre la relation réciproque entre nous et la beauté, et c’est alors que l’écologie devient un chemin d’enracinement et d’harmonie. C’est la vie écologique.

Pour ma part, j’ai lutté toute ma vie de philosophe contre les rapports de prédation et de consommation, cette habitude d’utiliser et jeter qui contamine nos rapports hommes-femmes, employeurs-employés, chefs-subalternes, humains-nature.

(22)Aujourd’hui, je voudrais dire un petit mot à propos de cela qui est, je crois, le cœur de Sageterre : rien n’est l’instrument d’un autre, tout a une valeur pour elle-même et en elle-même, même une chèvre, même une laitue.

C’est, me semble-t-il, le seul moyen de sortir de l’absurde.

(23) Rien n’est plus pathétique que de laisser nos enfants, nos adolescents et nos jeunes se dépêtrer dans une vision du monde absurde qu’on laisse pénétrer en eux par tous les professeurs de désespoir de ce monde et l’univers virtuel de nos mythes magiques ou matérialistes.

Utiliser-jeter rend le monde absurde.

Un instrument n’est pas lui-même une fin, il n’a pas de valeur en lui-même, en d’autres termes, en lui-même, il est absurde. L’instrument n’a de valeur que pour le sujet qui l’utilise, mais alors, il faut que ce sujet soit une fin, que son bonheur soit une fin.

Imaginons une société de voitures qui transportent des voitures, personne nulle part pour savoir où aller, que des moyens qui sont des moyens pour des moyens. C’est l’image parfaite de l’absurdité.

Alors si les travailleurs travaillent pour des êtres qui eux-mêmes travaillent pour que ça tourne en s’accélérant, alors comment ne pas ressentir l’absurdité du monde!

(24) Pour sortir de l’absurde,il faut qu’il y ait quelque part, quelqu’un qui ressente quelque chose qui vaut la peine,et ce ne peut être qu’un sujet, en réalité, ce ne peut être que tous les sujets sensibles et vivants, car sinon, il y aurait des profiteurs, et un profiteur ne peut pas être une fin qui rend sensés le travail et la vie humaine.

D’ailleurs ce travail d’une grande majorité pour une minuscule minorité est inexplicable. Imaginons que vous et moi arrivons sur une planète quelconque. Toutes les familles sont occupées à cultiver ce dont elles ont besoin, au sens propre et au sens figuré.

Je vous dis : regardez-moi bien aller. Dans moins d’un an, tout le monde que vous voyez ici travaillera non pas pour leur famille, mais pour moi afin que je sois beaucoup plus riche qu’eux, et eux, ils se contenteront de mes restants.

Vous ririez de moi en me demandant quel est mon pouvoir magique! Car pourquoi presque tout le monde travaillerait pour l’enrichissement de presque personne!

Et pourtant, des hommes ont réussi à réaliser ce tour de magie sur terre. Par quel miracle?

Je l’ai dit : je dois créer un premier déséquilibre des forces. M’accaparer d’une certaine quantité d’armes et promettre à des hommes que s’ils viennent piller avec moi les ressources qui sont là, ils s’enrichiront. Et commence le développement des empires…

Mais cela ne suffit pas. Il faut aussi développer des cosmologies de la soumission, soit en imaginant des dieux tout puissants, soit en imaginant des mécanismes physiques ou biologiques tout puissants, c’est pareil. Ici, religions de la soumission ou déterminisme matérialiste, c’est identique : des cosmologies de la soumission.

À ce moment-là, c’est la nature elle-même, je veux dire tout le cosmos qui apparaît au-dessus de tout. Les éléments physiques, les organismes vivants, les animaux, les hommes sont tous déterminés par la mécanique impersonnelle du monde matériel ou soumis à un dieu tout puissant.

(25) Qu’importe qu’elle soit religieuse ou matérialiste, il faut une vision cosmique de la soumission. Elle seule peut justifier une organisation sociale où l’enrichissement de quelques-uns est une motivation suffisante pour le reste des autres.

Cela permet d’inscrire et de prescrire des rituels de soumission, soit des rituels religieux, mais surtout des rituels de travail et des rituels de consommation, obéir aux conditionnements et à la publicité pour augmenter les profits du petit nombre.

(26) Cependant, quoi que l’on fasse, à partir du moment où l’être humain devient un moyen dans un roulement de moyens qui n’ont pas pour finalité le bonheur de tous et de chacun, mais l’accélération et l’augmentation des moyens, alors un sentiment d’absurdité menace tout l’édifice.

En réalité, pour qu’il y ait du sens, il faut que l’action des sujets serve l’épanouissement de tous les sujets. Alors rien n’est absurde, tout ce qui existe a du sens.

Mais la question de « tous les sujets » ne peut pas s’arrêter aux seuls êtres humains, parce que si tout le cosmos n’est qu’un objet, il n’a pas de finalité. Nous aurions du sens, nous, les humains, dans un univers qui n’a pas de sens! Cela n’a pas de sens!

(27) On ne peut pas expérimenter le sens de la vie tant que l’on a le sentiment d’exister en dehors de la communauté de tous les vivants, et la communauté de tous les vivants doit elle-même être vue comme un sujet, car sinon, nous sommes dans une cosmologie de la soumission et non dans un univers du dialogue et de la participation.

L’univers doit être vu comme une grande communauté d’êtres interdépendants qui participent à un grand mouvement d’évolution vers la connaissance de soi, la création de la diversité et de la beauté.

C’est ici que la vie écologique entre en jeu.

Notre conscience de sujet ressemble à une boussole, enfermée dans une boîte de métal, une boussole n’indique rien du tout; placée dans le champ magnétique de la terre, elle indique la direction sud-nord.

(27) C’est dans la communauté de tous les vivants que nous pouvons découvrir que nous sommes une fin qui a pour fin l’épanouissement de tous dans un tout qui a du sens.

C’est dans une communauté écologique que l’on peut le mieux expérimenter la sortie progressive du monde absurde, l’entrée progressive dans un monde de sens.

Une fois installés dans la vie écologique, un énorme sentiment d’exister gonfle nos poumons. À chaque découverte d’un insecte, d’une plante, d’un petit mammifère, on est ébranlés, émerveillés.

Je crois que c’est la motivation ultime : la vie est belle, elle a un sens, elle n’est pas absurde parce que c’est beau et que des milliards de sujets pensants peuvent s’en réjouir.

Ce qui est absurde, c’est de détruire la vie.

J’ai écrit Le Journal d’un réfugié de campagnepour témoigner qu’il est possible et même souhaitable de se réfugier dans un art de vivre à la fois bon pour l’esprit et bon pour la planète.

Dans ce journal, je parle en mon nom personnel. Je n’engagerai personne d’autre que moi, mais tout moi. Il s’agit d’un cahier d’expériences.

L’expérience humaine est toujours à la fois scientifique, philosophique, artistique, concrète et spirituelle, sinon, elle n’est pas humaine.

L’expérience réelle est toujours une rencontre totale.

Conférences

Conférences de Jean Bédard

 

Titre : L’écologie, un art de vivre

Samedi le 21 avril de 13 :30h à 15 :30h

Au Centre Soha

961 Rachel Est

Montréal

Inscription : https://www.facebook.com/events/207001806549944/

Ou se rendre sur place.

Titre : Le Journal d’un réfugié de campagne

Dimanche le 22 avril de 9 :30h à 13h

Dans le cadre des dimanches philo de la Compagnie des philosophes

À La maison Gisèle-Auprix-St-Germain (salle Ste-Élisabeth)

150 rue Grant,

Vieux Longueuil

Inscription et information : La Compagnie des philosophes : 450 670-8775    www.cdesphilosophes.org  (courriel : philosophes@me.com)

Céline Fernbach celine.fernbach@gmail.com (2)

Argumentaire des conférences

Le dérèglement climatique, l’extinction des espèces, la montée des gouvernements autoritaires et violents, tout cela nous inquiète à juste titre. Le bonheur ne peut pas venir d’un retranchement sur soi, car nous sommes interdépendants. Il nous faut trouver le chemin de l’harmonie avec soi et la nature, ainsi que le chemin de la démocratie et de la justice sociale.

« Je cherche donc la voie des bienheureux qui ont trouvé assez de paix en eux pour vivre simplement, émus de beauté. Il ne s’agit pas de vivre à l’âge de pierre, mais de composer avec la nature une œuvre collective, une écologie de la participation. La troisième voie. »

L’écologie est surtout un art de vivre, un art de prendre soin de la vie pour qu’elle prenne soin de nous, une manière de jardiner dans tous les éléments du cœur et de la terre.

« Je vais donc partager ma pratique, mes gaucheries, mes criantes erreurs d’ignorance sur le sentier que je prends chaque matin pour aller de la maison à l’étable, puis au jardin, en tentant de sortir de mes idées de gloire et de mes déceptions de vieux snoreau. Je promets seulement d’être sincère et d’aller jusqu’au bout. »

 

Jean Bédard est philosophe, écrivain et fondateur de la ferme Sageterre.com

 

Notre déséquilibre

Nous ne sommes pas plus fous que nos ancêtres, mais nous avons des moyens bien plus grands de transformer nos déséquilibres intérieurs en dégâts sociaux ou écologiques. Nous sommes aux limites d’une accélération des moyens et des dégâts. Nous devons comprendre la nature de notre déséquilibre intérieur.

Guichet du savoir Dali

Ce qui semble en cause, c’est la difficulté pour l’homme de sortir d’une relation de prédation.Dans la prédation, l’autre est objet et cet objet est destiné à être assimilé, à devenir le corps du prédateur, à faire partie de lui. Un processus d’assimilation à soi. C’est une relation fondamentalement inégalitaire et non réciproque, une relation de « consommation », la relation d’un sujet qui s’approprie un objet, qui l’utilise pour ses propres besoins et le jette ensuite.

Pour compenser le dangereux déséquilibre psychique de la prédation, les sociétés de chasseurs-cueilleurs ont eu le réflexe d’attribuer une âme aux plantes, aux animaux, à la terre, à la mer afin d’en faire des sujets. Une spiritualité première. Dans leur vision du monde, le rapport mangé et être mangé ne voulait pas dire que les âmes s’assimilaient les unes aux autres comme des gouttes d’eau dans l’océan, au contraire, elles s’ajoutaient les unes aux autres, si bien que la personne et le cosmos entier évoluaient par conjonctiondes âmes. Tout cela favorisait le respect, les relations sujet à sujet et le caractère sacré des êtres vivants.

Avec l’agriculture du grain (une valeur que l’on peut engranger, capitaliser) et avec la domestication des animaux de pâturage et des animaux de travail, les tribus accumulaient des biens et amélioraient leur sort. En même temps, cette accumulation a libéré du temps pour le développement technique, entre autres la technologie du bronze et du fer. Les armes en métal en association avec le cheval d’attaque ont entraîné un déséquilibre des forces. Il devenait tentant de tout simplement pillerles tribus productrices. Les sociétés pilleuses se sont développées. Les seigneurs de guerre (de pillage) sont devenus rois, puis des empereurs.

Un empire est toujours une organisation plus ou moins sophistiquée de pillages systématiques et permanents des énergies physiques, humaines, techniques. Avec les empires, qu’ils soient politiques ou économiques, les relations sujet-objet sont devenues la norme. Utiliser et jeter, cela s’appliquait aux peuples conquis, aux animaux, aux terres, bref, à tout ce que l’on possédait, et du même souffle, le mariage ressemblait à un contrat d’achat, semblable à celui qui liait le maître à l’esclave. Bref, beaucoup de sociétés se sont mises à traiter les femmes, les autres hommes et la nature comme de simples outils à exploiter.

Devant de telles sociétés se dresse le paradoxe de la violence. Les sociétés misogynes, utilisatrices des êtres humains comme simples outils et destructrices de l’environnement sont conquérantes par nature car elles consomment plus qu’elles ne produisent et engendrent une révolte dans leur propre population qu’elles doivent canaliser en guerres. Devant elles, soit que l’on se défende, soit que l’on se laisse assimiler. Pour se défendre, il est nécessaire d’exercer une même violence qui nous rend semblable. De ce fait, se défendre ou ne pas se défendre n’oppose pas d’obstacle à l’universalisation des rapports de prédation, d’utilisation et de destruction de la nature. Cela est vrai dans l’univers politique mais cela est vrai aussi dans l’univers économique. La seule issue est celle de la résistance qui demande une très grande force morale. C’est cette troisième attitude que nous tentons de développer à Sageterre : une toute petite communauté de résistance parmi un nombre considérable d’actions de solidarité pour la justice, l’équité, la réelle démocratie et l’écologie.

Le problème humain

Bien avant de fonder Sageterre avec mon épouse, un problème philosophique m’habitait. Je suis né dans un quartier pauvre et violent de Montréal. Le problème était devant moi. Mon quartier matérialisait le problème. Enfant, ce problème m’habitait déjà. Sageterre est, pour moi, une expérience de solution possible.

Tour de Babel

Voici le problème : il est facile de démontrer que la justice, l’équité, l’égalité homme-femme, la démocratie participative et le respect de la nature peuvent seuls assurer la paix et, par elle, le bonheur :

  • Si la grande majorité des gens trouvent les décisions justes, il faudra peu de polices et de violence pour les faire respecter.
  • Si personne n’est vraiment pauvre ou trop riche, il n’y a pas d’envie, très peu de vols ou de crimes.
  • Si tout le monde est suffisamment éduqué et participe aux décisions indépendamment de leur sexe, il y a peu de contestation et de révolte.
  • Si l’on ne détruit pas la nature, elle nous donne l’air, l’eau, la nourriture dont nous avons besoin, et il n’est pas nécessaire de se faire la guerre pour accéder aux ressources.

Le secret de la paix n’est pas un secret, un enfant de sept ans peut le comprendre. Avec la paix, le bonheur.

Alors pourquoi nos systèmes politiques et économiques ainsi que nos lois sont-ils organisés pour engendrer et pour justifier l’injustice, l’inégalité, la pauvreté, le désengagement politique et la surexploitation de la nature ? Et pourquoi presque tout le monde laisse faire ?

Bref, l’être humain est-il fou ? Existe-t-il un gène de folie dans notre espèce ? En termes philosophiques : quel est la nature de notre déséquilibre intérieur ?

Démocratie et identité

Tout ce que j’ai dit sur la démocratie ne suffit pas. J’en suis profondément convaincu, aucune démocratie n’atteindra le but si elle n’est pas mobilisée par quelque chose qui la dépasse, quelque chose qui puisse constituer pour elle une finalité plus grande que l’intérêt de l’individu, et même plus grande que l’intérêt d’un pays, car la liberté n’existe pas pour s’affirmer elle-même mais pour réaliser quelque chose qui la dépasse. C’est cette aspiration qui constitue le nerf principal de l’identité d’une culture. Toute culture n’existe que pour se dépasser elle-même afin d’accomplir un rêve qui embrasse non seulement l’humanité mais tout le vivant.

Hommage à la trinité

Vitrail de Kim En Joong

L’identité fonctionne à peu près ainsi : plus la conscience s’approche des principes universels de la vie qui semblent identiques pour tous les êtres vivants, plus elle devient elle-même originale et capable d’associations. Cela fonctionne comme les branches d’un arbre : mieux la branche est greffée au tronc commun, plus elle se différencie des autres.

Il s’ensuit que l’identité se forme dans la tension entre l’enracinement dans les principes universels de la vie et l’extraordinaire besoin de chacun de former sa propre différence afin d’apporter sa propre créativité.

Au contraire de ce que l’on croit, l’identité est davantage la capacité à intégrer les différences par approfondissement de l’universel, que la capacité de se conserver identique à elle-même sur une longue période.

Cela veut dire : mieux comprendre l’humanité pour mieux unir les différences humaines. Mais intégrer les différences pourquoi ? Pour se dépasser. Si la vie a choisi qu’un animal arrive à la conscience, ce n’est pas pour son intérêt à lui seul, cet animal n’est pas responsable que de lui-même, il devient responsable de tout le vivant. Il est capable de détruire donc, il doit construire avec la vie et non contre elle. Et c’est cela le fondement de notre identité : faire front commun avec la vie, pour faire de la planète un être collectif douée d’une raison spirituelle (spirituel veut dire : ouvert à quelque chose qui ne peut jamais se refermer).

Devant nous, voilà ce qu’il y a à faire : réaliser une démocratie planétaire qui donne une identité proprement spirituelle à toute la vie sur terre, qui célèbre la vie en exerçant sa pleine créativité.

Suite aux préalables: la démocratie

La démocratie est l’aspiration des consciences à l’épanouissement maximum de la personne dans l’organisation optimum de sa participation aux décisions collectives. Elle est la recherche de l’équilibre entre le développement des personnes, moteur de création; et les solidarités de toutes sortes qui ont toujours un peu tendance à l’uniformité, mais qui peuvent aussi miser sur la complémentarité.

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La démocratie ne se fait pas à partir d’une page blanche, mais à partir d’une société déjà structurée par des forces sociales de dissuasion (violence), de rétribution (argent) et de manipulation (médias). Le plus difficile est de réaliser la transition du pouvoir qui doit passer de l’exercice de la force à l’exercice de l’autorité morale que constitue la conscience.

La conscience accorde naturellement une autorité morale, un « leadership » aux personnes qui ont à cœur l’intérêt commun et l’intérêt des personnes, qui comprennent la justice et qui sont capables de faire la synthèse entre des tendances divergentes. Une autorité morale fait toujours appel à la conscience informée.

La conscience fait confiance aux personnes qui aiment la vérité et qui aiment la vie, qui sont capables d’établir des liens de confiance à long terme basés sur l’intérêt de tous et de chacun.

Six dimensions sont essentielles pour arriver à la démocratie :

L’éducation de tous, chacun personnellement. Au contraire de l’endoctrinement, l’éducation vise l’exercice responsable de la liberté personnelle. Concrètement, cela veut dire reconduire chaque enfant à la rencontre de lui-même, de l’autre, de la nature et des grandes œuvres (littératures, sciences, arts, philosophies, spiritualités, techniques). Il s’agit de l’équiper pour exercer sa liberté responsable dans une société qui n’est pas encore arrivée à la pleine démocratie et qui, de ce fait, est pleine de pièges.

Le pouvoir doit être au maximum décentralisé et déconcentré. Tout ce qui peut être résolu par un pouvoir local doit être résolu par ce pouvoir, sachant que la personne est l’autorité première. Seul ce qui ne peut pas être résolu au plan local remonte au niveau régional. De même, pour chaque niveau supérieur. L’autorité ne doit pas être exercée par des individus seuls, mais par des collèges de personnes.

Les pouvoirs doivent être séparés et indépendants. Le pouvoir laïc, les pouvoirs religieux, le législatif, l’exécutif, la justice, l’information, la politique, l’éducation, la science, l’économie, tous ces pouvoirs doivent être séparés et autonomes, mais coordonnés.

L’accès à une information indépendante et vérifiée, ainsi que l’accès à des agoras de réflexion et de discussion.

Le désarmement de chacun à mesure que la démocratie est capable de minimiser la contrainte pour arriver au maximum d’harmonie.

L’autonomie économique plutôt qu’une dépendance salariale obligée par une trop grande concentration des capitaux.

La prise en compte de la nature, car l’être humain dépend de la santé intégrale de la nature qui elle-même est orientée vers le maximum de diversité dans l’équilibre des espèces.

Aucune nation ne peut arriver à la démocratie si elle est constamment menacée par des ennemis, car une démocratie réelle est un gouvernement intelligent, mais lent, alors que la tyrannie est bête, mais impulsive. Aussi la démocratisation des nations ne peut pas se faire sans la démocratisation progressive de toutes les nations et de la planète entière.

À partir de là on pourrait donner une note à nos démocraties, mais aucune n’est arrivée à maturité et ne peut donner l’exemple.