Protéger la terre qui nous nourrit, l’éthique relationnelle à Sageterre

Dans toute organisation humaine, les relations interpersonnelles forment le défi le plus déterminant. Avant de se lancer dans l’élaboration d’un code d’éthique, il est préférable de bien réfléchir aux enjeux et aux principes susceptibles de nous orienter.

La difficulté repose sur deux caractéristiques proprement humaines : la perception construite et l’égocentrisme.

Photo Éthique relationnelle

La perception construite

L’être humain a quelque chose de particulier, il imagine le monde autant qu’il le voit. Par exemple, il peut imaginer un outil avant qu’il existe. Il peut imaginer le monde autrement et ensuite chercher à le transformer. C’est sa force, c’est sa faiblesse, car chacun imaginera le monde à sa façon, et son monde imaginé lui apparaîtra « évident » pour tout le monde. Il y aura donc autant de visions du monde qu’il y a de personnes. Pendant ce temps-là, la réalité reste la même. Cette réalité n’est justement pas imaginaire, elle nous impacte directement, nous dépendons d’elle, sa santé sera notre santé…

En somme, nous vivons dans une réalité commune, mais nous ne pouvons la rejoindre que par notre imaginaire particulier. Garder à l’esprit la différence entre notre vision du monde, celle des autres et la réalité est sans doute la première condition pour que les relations humaines restent accrochées au réel : le territoire qui nous réunit.La science peut nous aider, mais aussi la conscience de notre ignorance et de nos limites. Le pire est de se percevoir en « état de vérité », comme si nous étions au-dessus du réel et des autres, en mesure de les juger.

L’égocentrisme

L’autre grande difficulté vient de notre grand besoin de « valoir quelque chose » à nos yeux et aux yeux des autres. Sans ce sentiment, l’être humain se sent si misérable qu’il en perd le goût de vivre. Nous avons besoin d’être reconnus. Nous voudrions que notre entourage fasse le lien que c’est moi qui suis à l’origine de ceci ou de cela. Dans notre culture, la valorisation d’un « nous », surtout si c’est un « nous ouvert » est beaucoup moins motivante. « Nous avons réalisé… » a du sens à condition que notre nom, notre photo et notre rôle soient bien identifiées.

Or le « nous » s’est formé autour d’une mission, d’un projet qui nous a chacun emballés. Pour avancer, il faut se rappeler l’intention qui nous unit car elle peut disparaître dans la lutte pour la reconnaissance des « egos ».

Lorsque notre bulle imaginaire de perception est un peu trop remplie de notre égocentrisme, nous nous sentons en « état de vérité », et les relations humaines ne peuvent plus fonctionner correctement, nous nous heurtons plutôt que nous avançons. En somme, les relations humaines sont constamment menacées par le fait que la perception peut facilement remplacer la réalité, et l’ « ego » remplacer l’intention commune.

Le but d’une éthique des relations humaines dans une communauté d’intention consiste à cultiver un climat de confiancede façon à favoriser le développement de chacun, le développement de chaque projet et le développement de l’ensemble sans perdre de vue la mission.

Cela devrait se traduire entre autres par :

  • l’ambiance joyeuse, légère, tolérante des rencontres et des communications, ce qui est compatible avec une franchise non violente;
  • notre capacité à nous diriger vers la mission de la ferme et vers la réussite des projets;
  • le caractère « organique » du développement de la ferme et ses projets;
  • les bénéfices humains et matériels de notre collaboration et de nos projets;
  • notre capacité d’ouverture et de communication avec le voisinage qui nous entoure et la communauté dans laquelle nous sommes;
  • l’approfondissement de « l’esprit » propre à une mission comme la nôtre qui vise l’écologie dans toutes ses dimensions.

Lorsque la confiance est là, on s’exprime plus librement parce qu’on ne craint pas :

  • que nos paroles soient réinterprétées et ensuite retournées contre nous, au contraire, on s’attend à des questions qui nous aideront à avancer;
  • que si une parole est gauche ou inappropriée, elle ne suscite pas un cercle vicieux de ressentiments, au contraire, la personne visée parlera honnêtement de ses sentiments sans prêter à l’autre des intentions mauvaises;
  • de recevoir des accusations (cependant, on reste capable de recevoir une critique positive)…

La confiance se bâtit sur :

  • Le respect et même l’affection des uns et des autres;
  • L’honnêteté sans brutalité;
  • Le fait que les actes seront, le plus possible, cohérents avec les paroles;
  • Une tolérance qui ne reste pas passive devant l’intolérable;
  • Un refus de la violence par l’expression non violente de nos désaccords;
  • Une bonne capacité de réconciliation toutes les fois que c’est possible;
  • Une ténacité positive permet de persister malgré les difficultés relationnelles.

Un groupe efficace est capable de s’orienter et de décider. Cela lui permet d’atteindre des buts sans perdre de vue les personnes, de réaliser des avancées humaines et matérielles sans perdre de vue l’ensemble des besoins humains et des besoins écologiques du milieu.

Cela suppose :

  • Être capables de réfléchir collectivement sur tous les intrants et les aboutissants avant de prendre une décision;
  • Être capables de matérialiser les décisions par une solide cohérence des actions;
  • Être capables d’assumer toutes les responsabilités par une bonne répartition des rôles;
  • Être capables de reconnaître les zones de responsabilité de chacun et de les respecter;
  • D’assumer chacun nos responsabilités propres tout en étant aptes à percevoir les responsabilités des autres, et aussi celles de l’ensemble;
  • Être capables d’évaluer les résultats humains, écologiques, et aussi les bénéfices concrets des actions.

Comment envisager le caractère organique du développement de Sageterre et de ses projets? Le caractère organique d’une organisation collective se remarque parce que :

  • Les relations sont bouclées, elles ne restent pas suspendues sur des frustrations, des non-dits, des questions non répondues, etc. ;
  • Les relations ne sont jamais désincarnées, les systèmes relationnels ne sont jamais fermés, mais toujours perçus dans un environnement plus large où le milieu biologique et physique est concerné, ainsi que le milieu social;
  • La notion de « totalité » est toujours présente (le tout n’est pas seulement la somme des parties et de leurs relations);
  • La solidarité et l’entraide entre les personnes se font naturellement.

Pour ne pas perdre de vue les avancées humaines et matérielles de notre collaboration, il est bon de :

  • Fêter ce que nous sommes, ce que nous nous apportons les uns aux autres;
  • Évaluer les acquis avant d’envisager les gains recherchés;
  • Regarder les résultats dans toutes leurs dimensions (écologique, humaine, économique…);
  • Évaluer le positif avant d’évaluer le négatif;
  • Ne pas personnaliser ce qui ne va pas;
  • Faire preuve de reconnaissance…

Notre groupe d’intention n’existe pas seul et la fermeture sur soi n’est jamais bonne même à plusieurs. Les gens autour de nous devraient se sentir bienvenus chez nous (tout en respectant certaines règles nécessaires au bon voisinage). Ils devraient être nombreux à s’intéresser à ce que nous faisons. Pour réaliser cela, nous devrions :

  • Être à l’écoute de ce que l’on dit et corriger les fausses rumeurs ou informations;
  • Donner de l’information en utilisant une grande variété de médias;
  • Inviter les gens à certaines de nos activités…

La musique, la danse, le dessin, les expressions artistiques spontanées et les échanges philosophiques sont sans doute le meilleur véhicule pour entretenir et développer « l’esprit » qui nous anime ensemble, celui qui nous a amenés autour d’une intention et d’une action communes.

  • Ajouter une petite touche originale et artistique à nos projets et à la manière de les faire connaître;
  • Faire connaître nos motivations profondes, ce qui nous fait vibrer dans nos projets et dans nos réalisations;
  • Ne pas craindre d’exprimer la « philosophie » qui nous anime…

 

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Comment habiter l’imaginaire dans l’amour de la sagesse?

Ma courte présentation au séminaire estival.

Jean Bédard, août 2019

Domaine Floravie 2

Il y a longtemps les amoureux de la sagesse (les philosophes) se sont rendu compte que certaines métamorphoses peuvent tout changer en nous arrachant à la violence.

Chez l’être humain, l’expérience de la réalité est vécue à travers des images et les images vivent dans l’imaginaire.

Nous habitons donc dans l’imaginaire. Et de là, nous expérimentons la réalité par des perceptions, ce mélange de sensations et d’images. L’imaginaire ne vit pas dans l’imaginaire, mais dans la tension entre la réalité et les perceptions imagées de cette réalité.

Dans la réalité, nous ne sommes pas seuls, mais dans une culture qui a développé des images structurantes. Certaines images structurantes nous bloquent dans notre expérience de la réalité, nous rendent aveugles, alors nous perdons contact avec l’expérience de la réalité, nous devenons collectivement fous et violents entre nous et contre notre environnement.

À l’inverse, parfois, un sage, un amoureux de la sagesse nous fait habiter l’imaginaire pour changer les images structurantes et engendrer une métamorphose.

En zoologie, on parle d’une mue imaginale pour parler d’un changement d’état lors d’une métamorphose, par exemple, passer de l’état de chenille à l’état de papillon. L’imago est la forme réalisée (le papillon). Le papillon est pour la chenille, ce qui le guide dans sa transformation, son imago.

Graphique

Je ne dis pas cela pour faire de la théorie, mais parce qu’on n’arrivera pas à la paix et à l’harmonie avec la nature sans une mue imaginale entraînée par un changement dans nos images structurantes. C’est l’objectif de l’art lorsqu’il est mû par l’amour de la sagesse.

À mon sens, l’image structurante qui nous rend collectivement fous est celle de la négation absolue et de l’affirmation absolue. Elle entraîne une forme de logique tuante au sens propre du terme. Elle provoque la formation d’un imaginaire non habité, déconnecté de l’expérience de la réalité, incapable de voir les conséquences.

Elle suppose des oppositions radicales : deux choses contraires séparées par un fossé infranchissable, le néant. Si c’est l’un, ce n’est pas l’autre. Par exemple :

  • Vrai ou faux;
  • Bien ou mal;
  • Pour ou contre;
  • Croyant ou incroyant;
  • Québécois ou étranger;
  • Religieux ou laïc;
  • Temporel ou éternel;
  • Démocratique ou totalitaire;
  • Capitaliste ou communiste;
  • Rationnel ou irrationnel;
  • Scientifique ou poétique;
  • Unité ou sécession;
  • Domination ou soumission.

Deux camps se forment et vont entrer en lutte violente, car il n’y a pas d’imaginaire médiateur.

Pour inverser ce dangereux combat, la tentation est forte de se lancer dans un relativisme absolu où tout est également beau, bon, vrai… Mais ce relativisme absolu est forcément déconnecté de l’expérience de la réalité parce que les conséquences ne sont pas égales.

Pour changer cette image structurante, il faut tout à coup comprendre qu’il n’y a pas d’affirmation sans négation ni de négation sans affirmation, tout est nuancé car l’expérience de la réalité ne supporte pas d’affirmation absolue ni de négation absolue. Nous vivons dans un monde relatif, mais pas dans un monde absolument relatif (ce qui serait une contradiction en soi). La science, par exemple, avance en nuançant constamment ses affirmations.

Prenons quelques exemples de mue imaginale dans le monde de la science.

Lorsque Pythagore a découvert que les nombres sont une division incomplètede l’unité, il fit un bond formidable dans l’avancée des mathématiques et de la géométrie. Par exemple, une pomme plus (+) une orange donnent deux fruits. Cela veut dire que la pomme n’est pas l’opposé absolu de l’orange, des liens existent entre eux. Deux ondes sonores peuvent s’additionner pour en former une troisième parce que l’atmosphère les unit. Deux ondes lumineuses peuvent s’intriquer parce que le vide les unit.

Sur le plan logique, Pythagore avait compris que le néant n’existe pas, et que seul le néant pourrait séparer deux nombres de façon absolue. C’était une métamorphose de l’imaginaire, une mue imaginale. L’unité ne détruisait jamais les individus et les individus ne détruisaient jamais l’unité. Cela lui venait d’une expérience de la réalité et d’un changement d’image structurante.

Einstein a découvert que l’espace et le temps n’étaient pas séparés, mais reliés, cela a permis le passage de la science classique à la science relativiste. Une mue imaginale. Le calcul du mouvement dans l’espace suppose un point fixe, mais il n’y en a pas. Le calcul du mouvement dans le temps suppose une seconde fixe, mais il n’y en a pas. Par contre, la vitesse de la lumière dans le vide (pas dans le néant) ne change jamais, c’est elle, la constante. C’est la relation temps-espace (la vitesse) qui est stable et non les éléments en relation. Cela a débloqué toute la physique en cessant d’opposer le temps et l’espace.

La découverte que la lumière n’est ni une particule ni une onde, mais une relation entre les deux a permis la physique quantique.

Ma propre découverte que l’explication atomiste et l’explication totalitaire n’ont pas de sens a changé ma vie. C’était pour moi une mue imaginale dont je n’arrête pas de parler dans tous mes livres.

Dans ma récapitulation des moments décisifs de ma vie Grimper sur des lambeaux de lumière, j’écris :

Ma grande sœur Micheline étudiait les sciences infirmières, elle avait amené un microscope et m’avait montré, grossie mille fois, une minuscule parcelle d’écorce de mon arbre. Elle m’avait expliqué… C’est vague dans ma mémoire, cela devait ressembler à :

— Regarde, l’écorce se compose d’un liège et d’un aubier. Les petits rectangles que tu vois sont des cellules…

C’était réellement captivant, et pourtant j’étais surtout intrigué, car des cellules, ce n’est pas l’écorce et l’écorce, ce n’est pas l’arbre. Alors, où est mon arbre?

Ma sœur continuait de m’expliquer les détails qu’elle venait d’apprendre. J’écoutais avec attention. Je comprenais ce qu’elle me disait, j’étais même fasciné, mais très inquiet. Je voulais retrouver mon arbre, il disparaissait sous le microscope. À mesure qu’elle m’expliquait les détails, la question m’oppressait. Elle m’étouffait même, car si on me mettait, moi, sous un microscope, je disparaitrais tout autant que lui.

Ce sentiment existentiel ne m’a jamais lâché. J’existais tant que je ne me regardais pas dans tous les détails, tant que je ne me posais pas de questions trop pointues, mais si je me mettais à me chercher avec précision, je disparaissais. Un casse-tête de dix mille morceaux dans une boite n’a aucune signification. À partir de quand sommes-nous reconnaissables?

Christiane Singer écrit dans Du bon usage des crises, page 41 :

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Bref une mue imaginale exige une sortie des oppositions par la médiation de l’imaginaire. Pour cela, il faut habiter notre imaginaire, c’est-à-dire se le réapproprier, lui qui baigne dans une société qui entretient des oppositions violentes.

Voici quelques images structurantes qui voyagent dans nos cultures, certaines, pour nous piéger, d’autres pour nous épanouir.

À propos du principe premier :

  • Un créateur de mécanismes qui fonctionnent ensuite par eux-mêmes. L’horloger et son horloge (image de Descartes).
  • Des atomes semblables qui s’agglomèrent au hasard dans leur chute (image d’Épicure).
  • Notre propre esprit qui projette ses rêves tels des hologrammes (image qu’on retrouve en Chine très ancienne).
  • Le néant qui prend une forme par accident pour retourner au néant.
  • Un créateur qui insuffle la vie à la glaise inerte (image juive).
  • Un démiurge ordonnateur qui organise la matière tel un architecte (image grecque).
  • Une substance en métamorphose. Quelque chose qui se transforme soi-même en soi-même par soi-même (image très populaire à la période médiévale).
  • Des relations mathématiques qui prennent corps par leur seule cohérence logique (image très contemporaine).
  • La femme première qui accouche d’un alter ego (dans beaucoup de cultures dites animistes).

À propos de la loi première :

  • La loi du plus fort. Par définition, le plus fort, c’est celui qui gagne.
  • La durée. La preuve que l’on suit la loi, c’est la durée.
  • La subordination de la nature à la civilisation. L’homme est là pour imposer l’ordre dans une nature qui est désordre.
  • La subordination de la civilisation à la nature. La nature est la loi, et l’homme n’y échappera pas, que ce soit par adaptation ou par élimination.
  • La participation, l’image du jardinier qui transforme et se fait transformer par la nature. L’artiste qui participe à une œuvre plus grande que lui.
  • Le sublime. Se laisser entraîner dans une œuvre qui nous bouleverse et nous amène bien au-delà du connaissable et de l’imaginable.

À propos de la connaissance. La connaissance serait :

  • Une représentation conceptualisée, schématisée, simplifiée qui se fait dans notre esprit, mais n’a rien à voir avec la réalité.
  • Une représentation efficace qui nous permet d’agir sur le réel sans avoir à comprendre ce qu’il est.
  • La relation entre deux pensées, la mienne et la pensée universelle qu’est la réalité.
  • La relation entre l’esprit humain et l’esprit qui a créé le monde, mais médiatisée par les mécanismes de la réalité. Deux horlogers qui se reconnaissent à travers la médiation de l’horloge.
  • Un des effets neurologiques de la réalité dans mon cerveau.

À propos du temps :

  • La roue : la jante est continue et mobile, les rayons sont discontinus et mobiles, le vide du moyeu est immobile. Ma vie s’écoule sur la jante. Elle m’apparaît passer par des phases et des évolutions (passer d’un rayon à un autre). Ma conscience occupe la place du moyeu.
  • La ligne : la route sur laquelle j’avance irréversiblement dans mon destin, le passé derrière, le futur devant.
  • L’ensemble des bifurcations qui constituent mes choix, avec des bons choix et des mauvais choix afin d’apprendre librement.
  • L’instant : l’instant que j’habite éternellement alors que l’a-venir me traverse par petits pas pour se transformer en une mémoire qui me remplit de plus en plus.
  • Le tissu du temps-espace : le temps forme l’espace parce que la vitesse de communication entre les éléments de la réalité est limitée. Si cette vitesse était infinie, il n’y aurait évidemment pas d’espace.

À propos de la mort :

  • La métamorphose : La chenille est décomposée et recomposée en papillon.
  • La réincarnation, ici, sur terre : On revient dans des corps tant qu’on ne s’en est pas affranchis.
  • La re-naissance dans un autre monde : Quand nous sommes nés, nous sommes passés de la noirceur à la lumière dans un moment d’inconscience, et nous avons survécu, la mort sera similaire.
  • Le fantôme : Mes ancêtres sont toujours avec moi, invisibles, mais pas toujours muets.
  • La continuation : Dans la nuit, nous passons à travers le sommeil et les rêves et nous nous réveillons plus disposés et plus instruits. La mort sera comme un réveil.
  • La décomposition : Quand le corps est gravement malade, c’est qu’il perd la capacité de se tenir composé et complexe. À un moment, il perd le contrôle, et il se dégrade au point de perdre son intégrité. La mort est une dégradation irréversible.
  • L’anéantissement : Je viens du néant. Je retourne au néant.

À propos de la finalité de l’existence :

  • Atteindre un but prédéterminé : par exemple, se faire une place dans la société des humains en répondant aux critères de réussite.
  • Ma jouissance est ma finalité, les autres sont des moyens. Le maître et ses esclaves.
  • Le bien excluant le mal : l’élimination du mal, de l’injustice, de la laideur… L’eau pure. La lumière chassant les ténèbres.
  • Le retour à l’état parfait originel. La dématérialisation pour retrouver la quiétude absolue.
  • Le développement de toutes les potentialités pour le développement du tout.

Je pense qu’il est facile de passer d’une image à l’autre, mais pas d’un archétype à l’autre. Et pourtant, nous ne pourrons survivre que par des adaptations qui exigeront des mues imaginales. Il nous faut donc habiter notre imaginaire et non pas l’abandonner aux différentes forces sociales.

Protéger la terre qui nous nourrit… La mission de Sageterre

L’intention de notre ferme, la FUSA Sageterre, consiste à promouvoir, soutenir, réaliser et partager des projets d’écologiesociale et agricole. La particularité de notre ferme n’est pas d’appliquer des principes d’écologie mais de les penser dansune action qui unit l’intériorité et la nature. Nous nous percevons dansune expérience engagée, c’est-à-dire qui engage toutes les dimensions de l’être humain : artistique, scientifique, philosophique et spirituelle.

Diaglogue des arbres, Pierre lussier

Dessin de Pierre Lussier

Précisons ce que nous entendons par écologie. En tant que discipline de la biologie, l’écologie est la science qui étudie :

  • les écosystèmes où vivent, se nourrissent, se reproduisent et meurent les êtres vivants;
  • les rapports d’interdépendance de ces êtres entre eux dans un écosystème qui puise ses ressources dans un milieu (air, eau, roc, terre…) et qui reçoit son énergie principalement du soleil.

Mais l’écologie est devenue une éthiquevisant l’amélioration concrète des conditions de vie des êtres vivants d’un écosystème (nous compris). Dans notre cas, il s’agit des écosystèmes de notre ferme.

Unécosystèmeest un milieu et une communauté d’êtres vivants qui sont interdépendants et tendent à des états d’équilibre et à des états évolutifs de diversification, de complexification, d’harmonisation, de co-évolution et même de beauté. Un écosystème est en santé lorsqu’il est capable d’autorégulation, d’autoréparation, d’adaptabilité. Il y a un seuil critiquesous lequel l’écosystème s’effondre et perd ses capacités d’autorégulation. L’action écologique vise, entre autres, à éviter un tel effondrement.

Mais elle vise aussi l’épanouissement chez les êtres humains d’une conscience de plus en plus grande qui peut contribuer à l’épanouissement des écosystèmesplutôt qu’à leur destruction. Il faut comprendre que l’être humain nuit ou aide à la vie écologique, il n’est jamais neutre. Notre but est de faire du bien à l’écologie dans toutes ses dimensions, et parmi ces dimensions : la justice sociale, l’évolution de la science, de la conscience, de l’art, d’une spiritualité ouverte. Nous pensons que ce que nous faisons pour l’écologie favorise notre propre développement personnel et inversement.

Protéger la terre qui nous nourrit, le défi d’une fiducie d’utilité sociale

Peinture de Michèle Belsile

Peinture de Michelle Bélisle

Le plus grand obstacle sur le chemin menant à une ferme collective dédiée à l’écologie, c’est sans doute l’image culturelle de « propriété ». Je dis bien l’image, car nous sommes dans une société où les banques sont à toute fin pratique les propriétaires. Presque personne ne possède sa maison ou son automobile, et encore moins sa ferme, car les coûts sont prohibitifs ce qui oblige l’endettement. Sillonnez la campagne, imaginez que tout ce qui appartient aux banques se soit évaporé durant la nuit, qu’il ne reste plus que ce qui appartient en propre aux gens. Il ne reste plus grand-chose, un mur ici et là, une roue de tracteur…

Malgré l’illusion, le sentiment de posséder nous transforme. Tout à coup, nous portons attention à notre « propriété », nous en prenons soin, nous nous sentons responsables, nous faisons comme si c’était une partie de nous-mêmes… Dans les faits, nous travaillons à conserver la valeur marchande de « notre » propriété pour respecter le contrat hypothécaire, et nous le faisons avec cœur. Nous peinturons, nous coupons le gazon, nous décorons, nous invitons nos amis pour un barbecue, nous recevons des félicitations… Mais nous nous sommes acheté l’obligation de donner à la banque plus de mille dollars par mois pendant vingt-cinq ans, souvent plus. Cet étrange contrat qui nous hypothèque certainement nous responsabilise brutalement.

À l’inverse, il est très difficile de se sentir responsable d’une propriété collective, par exemple un parc, une plage municipale, un hôtel de ville… Surtout si l’accès est gratuit. On voit rarement des personnes consacrer quelques heures de leur temps pour prendre soin d’un des aménagements paysagers de la ville, arroser les fleurs, enlever la mauvaise herbe, etc. C’est la grande difficulté, et comme la planète n’appartient à personne en particulier et à tout le monde en général, trop peu de personnes se sentent responsables d’en prendre soin.

Se sentir chez soi en même temps que d’autres se sentent chez eux au même endroit, c’est difficile. La logique d’une propriété veut que ce qui est à moi ne soit pas à toi. On aime ce qui est « privé ». Terrain privé veut dire qu’il est privé des autres, que les autres ne peuvent y venir qu’avec ma permission. « Ma propriété » est ressentie comme une partie de moi. Je l’ai choisie à mon image, je l’ai mise à mon image, je l’entretiens comme mon image… Bref, la propriété privée existe pour nous donner une existence sociale. En réalité, c’est nous maintenant qui sommes possédés par les mille obligations de la « propriété ».

Ce conditionnement culturel qui utilise l’identification à la propriété comme motivation au travail (pour payer l’hypothèque) est si inscrit en nous qu’il devient l’obstacle majeur sur le chemin qui mène au développement d’une ferme partagée dédiée au plus grand bien collectif qui soit : l’environnement. Devenir une FUSA exige de nous de faire transiter notre sentiment identitaire de l’ego vers l’éco. Un changement colossal.

Il y a bien d’autres façons de collectiviser les terres agricoles pour lier ensemble développement social et écologie. Toutes les façons méritent d’être explorées. De plus, rien n’empêche une FUSA de s’enfoncer dans un « trip » d’égos. Aucune recette légale ne peut remplacer la révolution intérieure qu’exige la vie collective.

Dans les temps anciens, on envoyait un éléphant sur un nouveau pont pour le tester et ainsi sauver des vies, un rôle d’avant-garde. Imaginez que l’éléphant ébranle un tout petit peu le pont. Une puce près de son oreille s’exclame : « Nous avons réussi ». L’éléphant éclate de rire. Le pont, cette fois, est dangereusement ébranlé. C’est la position d’un éclaireur. Lorsque que dans quelques années, les gens diront : « Finalement, ils ont réussi à ébranler les consciences », ils parleront de l’éléphant et non de la puce. La puce doit trouver sa valeur en elle-même.

Il faut se rendre compte que c’est un changement d’imaginaire, cela consiste à passer de l’image d’une identité propriétaire à l’image d’une identité engagée. La première image est entretenue de toutes les façons inimaginables depuis des siècles, elle est pour ainsi dire coulée dans notre béton culturel, elle est devenue inconsciente dans le sens où elle est un véritable automatisme. C’est un rituel de passage : on fonde une famille en achetant une maison. La deuxième image, celle d’une valeur qui vient de l’être plutôt que de l’avoir ne peut être que le résultat d’une transformation personnelle.

Se lever tôt le matin dans une ferme qui vit au bénéfice de l’ensemble des plantes, des bêtes et des humains, au bénéfice de la communauté des vivants, et que cela nous transporte, nous gonfle d’énergie jusqu’à prendre soin de tout ce qui entoure la maison partagée, c’est un sentiment rare, la démonstration d’une grande valeur humaine.

C’est ce à quoi nous convie la création d’une FUSA agricole. Cependant, sa création légale est une chose, sa réalisation en est une autre. Il faudra, chaque jour, nager à contresens du flux social. Les saumons remontent la rivière, le conditionnement social la descend.

Protéger la terre qui nous nourrit par une Fiducie d’Utilité Sociale Agricole

La ferme Sageterre deviendra une
Fiducie d’Utilité Sociale Agricole (FUSA)
le 16 septembre de cette année.
En apparence, ce n’est qu’un nouveau statut légal,
en réalité, c’est une petite révolution.

Que diriez-vous d’acheter une ferme parce que vous la trouvez magnifique et vivante : une sorte de louvoiement bordée d’arbres, de champs fleuris, de buttes forestières traversées d’une rivière et menant à la mer. Chose rare, au lieu d’une maison de ferme, se dresse une maison à cinq logements. Vous achetez la totalité, vous rénovez, agrandissez, consolidez; vous l’organisez, vous l’animez, vous développez un important réseau de soutien et de projets… Et ensuite, vous la donnez, vous la faites passer de propriété privée à domaine dédiée à l’écologie. C’est ce que mon épouse et moi avons fait. Une pure folie? Peut-être! Le pire c’est que nous ne sommes pas seuls à être atteints de ce comportement bizarre.

Photo 1 blogue Fiduci

Ensemble, nous les fous du partage, nous voulons ouvrir le chemin d’une nouvelle forme de propriété, d’une nouvelle forme d’organisation sociale, d’une nouvelle manière de se relier à la nature.

Dans une période de guerre où des centaines d’orphelins parcourent les rues, des personnes ont acheté des fermes pour assurer la sécurité et l’éducation d’enfants. Dans des situations sociales où des groupes de personnes sont rejetés pour des raisons de handicap, d’immigration, de stigmatisation, on a vu des fermes se consacrer à répondre à leurs besoins. Aujourd’hui, une crise écologique sans précédent ruine des écosystèmes entiers, déstabilise l’équilibre climatique, dégrade l’air, les océans, les réserves d’eau potable et aussi, les terres agricoles. Il vient donc à l’esprit de plusieurs personnes de dédier une ferme à l’agriculture écologiquepour une durée qui dépasse la vie d’un propriétaireindividuel ou même collectif. C’est ce que fait une FUSA, elle consacre une ferme à une mission, la ferme devient à toute fin pratique la propriété d’une mission, mais surtout elle change la notion même de propriété, c’est donc en soi, un mouvement vers une nouvelle écologie sociale.

On peut y arriver autrement. Chaque année, des jeunes familles achètent des petites propriétés agricoles dans l’espérance d’une vie moins tournoyante, plus proche de la sérénité de la nature. Elles imaginent facilement une fermette avec des poules, un cheval, un jardin… Elles veulent y pratiquer une agriculture familiale de façon écologique. C’est déjà une manière de lutter contre l’accaparement des terres agricoles par une industrie de l’alimentation gravement polluante tout en s’aménageant une vie plus tranquille. Cependant, les obstacles sur le chemin de ces projets familiaux sont énormes. Accumuler le capital nécessaire, éviter un endettement qui exigera un travail urbain qui, finalement, pourrait briser leur rêve, ne pas tomber dans un isolement qui fera de l’agriculture de subsistance une sorte de prison verte et sombre… Si le couple rend les armes et vend sa ferme, qui nous dit qu’elle ne sera pas rachetée par un industriel de l’agriculture!

Ceux qui ont réussi à développer une ferme d’agriculture biologique ou écologique, qui se sont consacrés à rendre leur terre vivante, à refaire ses écosystèmes, à rendre les lieux magnifiques, et qui voient leurs vieux jours venir, ceux-là s’inquiètent de l’avenir. Qu’est-ce qu’on fera de cet héritage? La ferme redeviendra-t-elle une terre polluée et polluante!

Il n’est pas facile de lutter individuellement contre l’industrialisation agricole. Dans ces conditions, il vient facilement à l’esprit de certains propriétaires plus âgés de regrouper autour d’eux des jeunes pour continuer à plusieurs ce qui devenait impossible isolément. Si en plus, ils veulent retirer la ferme du marché spéculatif en la dédiant à l’écologie non pas pour la durée de leur vie, mais de façon perpétuelle, alors, ils peuvent décider de devenir une FUSA. Ce n’est peut-être pas si fou que ça!

Mais au quotidien, qui fournira l’énergie nécessaire à l’activité de la ferme? Il en faut beaucoup! Comment trouver la motivation personnelle dans un contexte collectif?

La FUSA en prévoit deux sources afin d’arriver à un équilibre entre l’épanouissement personnel et l’épanouissement social :

  • les bénéficiaires généraux qui viendront acheter, créer des liens, se balader, s’intéresser comme s’il s’agissait d’un parc agricole, ils voudront certainement contribuer à sa vitalité et à sa durée;
  • les bénéficiaires particuliers, ceux qui réalisent des projets d’écologie agricole, sociale, éducative… Ils développent leur projet à l’intérieur de la grande ferme. Ils gardent donc toute l’autonomie nécessaire, et travaillent dans le sens de leurs valeurs, cependant, ils le font de façon coordonnée pour arriver à une réalisation commune.

Qui s’assurera de l’administration générale de la ferme? Les cinq fiduciaires forment une sorte de conseil responsable de la conservation du capital (la ferme matérielle) et de la réalisation de la mission écologique de la ferme (la ferme intentionnelle).

Il ne faut pas se le cacher, ce sera difficile, car il ne suffit pas de protéger une ferme, il faut qu’elle alimente les gens par des méthodes qui ne nuisent pas à leur santé ni à la santé de l’environnement. Rien dans notre économie actuelle ne favorise cela. Heureusement, il y a partout des prises de conscience chez les plus âgés qui ont souvent un petit capital et dans une jeunesse qui espère une vie plus heureuse et moins complice…

Quelque chose se passe, le changement est en marche.

Il existe au Québec une voie légale permettant d’orienter une ferme vers une mission déterminante pour la transition écologique, c’est la Fiducie d’Utilité Sociale Agricole. Un organisme provincial se consacre à soutenir les projets de FUSA : Protec-terre (http://www.protec-terre.org).

C’est évidemment un gros pari, mais l’enjeu en vaut la peine. Au Québec, plusieurs regroupements de personnes réalisent cette démarche, ils attribuent des missions permanentes à des fermes afin d’apporter leur contribution à un avenir meilleur pour l’espèce humaine et toute la communauté des êtres vivants.

Ici au Bas-Saint-Laurent, notre ferme, Sageterre, est devenue une FUSA avec mission écologique.

Je vais parler des FUSA :

  • du défique cela représente,
  • de la mission,
  • de l’éthiquerelationnelle,
  • de la gestion et de l’administration démocratique.

Je m’en tiendrai aux grands principes, ceux qui peuvent servir aux bâtisseurs de fiducie sans les orienter par des recettes.

 

Don de démarrage de la FUSA, Sageterre
fondée par Marie-Hélène Langlais et Jean Bédard

La ferme Sageterre est devenue fiducie d’utilité sociale agricole (FUSA) le 19 juillet 2019.
La ferme comprend 30 hectares de terre (champs et boisés), une étable de valeur patrimoniale, un garage, une maison à cinq logements.
Sa mission consiste à accueillir des jeunes et leurs projets écologiques à la fois agricoles, éducatifs et sociaux. L’écologie y est définie comme dans la Charte de la Terre des Nations Unies: l’équilibre et l’évolution de toute la communauté des vivants. À Sageterre, il n’y a aucune adhésion à une idéologie particulière (ni politique, ni religieuse, ni alimentaire), mais une recherche constante des meilleurs moyens d’atteindre l’équilibre écologique et de comprendre le sens de la vie pour mieux aider le vivant.
Les dépenses conseils, notariées, comptables et le fond de prévoyance nécessaire s’élèvent à environ 20 000 $.
C’est pourquoi nous faisons appel à vous pour nous aider.
Jean Bédard

MODES DE PAIEMENT POUR FAIRE UN DON :

Chèque au nom de Jean-Marie Bédard (nom de naissance complet de Jean Bédard),T.P.S. 144432374RT , T.V.Q. 1061176981.
Chèque ou virement bancaire dans le compte de Jean-Marie Bédard :
Transit : 60001 / Institution : 815 / Folio : 013134-2
Jean-Marie Bédard, 2456-1 route 132 Est, Rimouski, Qc, G0L 1B0

 

L’IMAGINAIRE HABITABLE 24e SÉMINAIRE DE PHILOSOPHIE – 2019

Avec la participation de Katy Roy, Jean Bédard et Isabelle Fortier

au Domaine Floravie, 100, route Santerre, Rimouski (le Bic)
du vendredi 9 août à 19h au dimanche 11 août à 15 h

En option : Atelier préséminaire avec Éco/Égo du 7 au 9 août (détails plus bas)
TEXTE D’INTRODUCTION

Il fut un temps où l’imaginaire, peuplé de rêves éveillés et nocturnes, prenait une place considérable au sein d’une communauté et avait une influence tant sur la santé de l’individu que sur les décisions politiques d’un groupe. Aujourd’hui, la rationalité et la scientificité qui occupent tant nos esprits laissent bien peu de place à l’expression des images qui nous habitent et que l’on pourrait à notre tour habiter avec conscience et créativité.
Nous sommes pourtant constamment en contact avec toutes sortes de mondes imaginaires, entre autres par le biais de nos écrans, mais nous nous retrouvons face à des mythes incontrôlés, constate le philosophe Gilbert Durand. Il est alors plus difficile que jamais d’être en lien avec notre propre imaginaire parce que nous nous retrouvons devant des images désorientées, aux prises avec l’angoisse du vide et la peur de s’y perdre.
Littérature et psychanalyse nous offrent la piste de l’interprétation pour structurer ces matériaux, mais si, avant de donner un sens aux images, nous prenions le temps de vivre avec elles? C’est la proposition que nous fait la bibliothérapie où le texte littéraire devient une ressource pour explorer son monde imaginal (terme que nous propose Henri Corbin afin de s’éloigner de la connotation d’irréalité et de fabulation).
Ainsi, habiter notre imaginaire nous permettrait-il de « réorienter » nos images en les laissant se mouvoir à leur guise? Et comment cette mise en mouvement de nos images pourrait-elle participer à l’évolution de notre humanité?

Katy Roy
www.labibliothequeapothicaire.com    

Jean Bédard
http://hfortier.com/jean-bedard.htm
Blogue : https://jeanbedardphilosopheecrivain.wordpress.com 
Facebook : https://www.facebook.com/jeanbedard111 
Domaine Floravie 2

NOUVELLE ORGANISATION
Bonjour,

À la suite de problèmes de santé, Jean Bédard a mis en place une nouvelle équipe afin de continuer à faire vivre les séminaires de philosophie tout en prenant un peu de recul et en diminuant la charge de travail qui lui incombait, à lui et à Marie-Hélène.

Jean Bédard sera toujours présent à l’animation, mais cette année, celle-ci sera principalement dirigée par Katy RoyIsabelle Fortier coanimera avec Katy la soirée du samedi où tous pourront mettre à contribution leur imaginaire. J’assurerai pour ma part l’organisation de l’événement, incluant la gestion des inscriptions. Katy et moi avons animé plusieurs ateliers au fil des ans, et peut-être avez-vous déjà participé à l’atelier préséminaire offert par Isabelle.

Nous avons hâte de vous retrouver ! À bientôt !

Hélène Fortier
www.hfortier.com

HORAIRE PROPOSÉ 

Vendredi de 19 h 00 h à 21 h 00 Rencontre d’ouverture : formulation de la question à débattre durant le séminaire, présentation des questions d’ateliers et inscription aux ateliers
Co-animateurs : Katy Roy et Jean Bédard
Samedi de 9 h 00 à 12 h 00 Travail en ateliers
Samedi PM Période libre. Profitez de la nature !
Samedi de 19 h 00 à 21 h 00 Soirée animée par Isabelle Fortier de Éco-Égo et Katy Roy de la Bibliothèque apothicaire
Dimanche de 9 h 00 à 12 h 00 Retour sur les ateliers et première synthèse
Dimanche de 13 h 30 à 15 h 00 Synthèse

 
CONTRIBUTION DEMANDÉE POUR LE SÉMINAIRE
40 $ + taxes = 46 $ par personne
Couvrent les frais de location, envois postaux, etc. Aucuns salaire ou honoraires ne sont versés, toute l’équipe étant formée de bénévoles.

ATELIER PRÉSÉMINAIRE ÉGO/ÉCO

Du 7 août à 13 h au 9 août 13 h, vivez une expérience intergénérationnelle sur la ferme Sageterre. Une invitation à se rassembler pour entrer en soi, rencontrer l’autre, reconnecter avec la nature pour se donner un élan et faire partie de la solution.
Ateliers en nature, espaces créatifs, contes, méditation et jardinage

Depuis 2016, Égo/Éco collabore avec Jean Bédard pour offrir des retraites sur sa ferme. Les participants sont invités à repenser leur rapport à la nature pour passer d’une pensée individualiste à une conscience plus large, c’est-à-dire à l’interdépendance des êtres vivants.
Pour plus d’information et pour voir les autres séjours offerts cet été : www.egoeco.ca
Inscriptions :  info@egoeco.ca
COLLECTE DE DONS POUR SAGETERRE (message de Jean Bédard)

Bonjour,
La ferme Sageterre, dont Marie-Hélène et moi sommes les fondateurs et les propriétaires, deviendra cette année une fiducie d’utilité sociale agricole (FUSA), une sorte de parc agricole écologique ouvert à la communauté. Ce qui la pérennisera et la mettra à l’abri physiquement (on ne pourra ni la vendre ni l’hypothéquer) et dans sa finalité (on ne pourra pas changer sa mission). Elle sera administrée par cinq fiduciaires.
La ferme comprend 30 hectares de terre (champs et boisés) traversés par une rivière et plusieurs ruisseaux, deux marais et des boisés diversifiés. Elle est située dans l’environnement exceptionnel du Parc du Bic et de l’estuaire. Elle comprend une étable de valeur patrimoniale, un garage, une maison à cinq logements. Une valeur au coûtant de près d’un demi-million de dollars.
Sa mission consiste à accueillir des jeunes et leurs projets écologiques à la fois agricoles, éducatifs et sociaux. L’écologie y est définie comme dans la Charte de la Terre des Nations Unies : la base naturelle du développement et de l’évolution de toute la communauté des vivants dans ses dimensions biologique et sociale, à laquelle s’ajoutent pour l’espèce humaine les dimensions philosophique et spirituelle. À Sageterre, il n’y a aucune adhésion à une idéologie particulière (ni politique, ni religieuse, ni alimentaire), mais une recherche constante des meilleurs moyens d’atteindre l’équilibre écologique et de comprendre le sens de la vie.
La FUSA sera fondée par un acte notarié de création de la fiducie et par un deuxième acte notarié du don de la ferme et de ses immeubles. Marie-Hélène et moi donnons cette propriété à la FUSA Sageterre à la condition de pouvoir y rester et y vivre. Nous serons parmi les fiduciaires fondateurs.
Les circonstances de mon cancer dont le pronostic est sombre nous poussent à faire cela plus rapidement que prévu. Cependant, nous devons prévoir une dépense d’environ 20 000 $ pour ce projet de fondation et de don (surtout des frais de consultation, de notaires, d’enregistrement, et aussi, une mise de fonds de départ pour l’exercice de la mission).
C’est pourquoi nous faisons appel à vous. Merci.
Jean Bédard

MODES DE PAIEMENT POUR LE SÉMINAIRE ET POUR FAIRE UN DON :

 

  • Chèque au nom de Jean-Marie Bédard (nom de naissance complet de Jean Bédard)

T.P.S. 144432374RT
T.V.Q. 1061176981

  • Virement bancaire dans le compte de Jean-Marie Bédard :
    Transit : 60001 / Institution : 815 / Folio : 013134-2

ou par courriel à jphbedard@globetrotter.net
(Question suggérée : Nom de la fiducie ? – Réponse : Sageterre)

  • N’oubliez pas de compléter la section réservée à la raison de votre virement (ex. :  inscription au séminaire 2019 + don de xx$)

 

ESCOMPTE DE 15% SUR L’HÉBERGEMENT AU DOMAINE FLORAVIE – 
Chalets sur roues et cabines

Pour obtenir l’escompte, la réservation doit être faite par téléphone au 418-736-4000 ou 1-855-736-5755.
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Autres suggestions de lieux d’hébergement : http://tourismerimouski.com/

FORMULAIRE D’INSCRIPTION

Veuillez maintenant remplir le formulaire d’inscription au séminaire et nous le retourner par courriel à info@hfortier.com en choisissant « Répondre » à ce message (si reçu par courriel) ou en le postant à :
Hélène Fortier, 37 rue Goudreault, Sainte-Brigitte-de-Laval  QC  G0A 3K0.

Nombre de places limité à quatre-vingts (80) 
Les personnes dont l’inscription devra être mise en attente (au-delà de 80) seront avisées par courriel ou par téléphone.
Inscription avant le 14 juillet svp.

Lien pour l’invitation au séminaire :

http://hfortier.com/documents/24eseminairedephilosophie_invitation08-2019.pdf?fbclid=IwAR3XRYLLadXkXvRjymqw7iKXljNKKvzoF3SF6EAri56SBqkpHeUQ7K_9Ll8

 

FORMULAIRE D’INSCRIPTION POUR LE SÉMINAIRE 2019 :
(svp, en lettres carrées si manuscrites, pour une meilleure lecture)
Prénom.s, nom.s : ____________________________________________________________________________
_____________________________________________________________________________________
Adresse* : ___________________________________________________________________________________
_____________________________________________________________________________________
Téléphone : _________________________
Adresse courriel** : ________________________@___________________________
Nombre d’inscriptions au séminaire : __________

Montant total pour le séminaire
(46 $ taxes incluses par personne) :                   ________ $
Don pour la création de la FUSA Sageterre :      ________ $ (non taxable)
Total (séminaire + don) :                                      ________ $

Mode de paiement :
Par virement : _____                             Par chèque : ______

*Veuillez noter qu’à l’avenir, les envois postaux seront limités aux personnes n’ayant pas d’adresse courriel.

** Un document regroupant les synthèses des animateurs des ateliers sera transmis par courriel après le séminaire.

Pour plus d’information sur le séminaire : 
Hélène Fortier
Bureau : 418-606-2038
info@hfortier.com

 

Conclusion, mon choix de vivre

Après deux opérations majeures, je suis toujours en pleine forme grâce à une naturothérapie favorable à la santé et défavorable au cancer. Évidemment, cela ne change peut-être pas beaucoup les risques de rechute. Le cancer est une maladie sournoise et nous n’en savons pas assez pour configurer des guérisons. Les approches les plus scientifiques et les plus prometteuses avancent encore à tâtons (souvent loin de là où tombent les plus grosses subventions). Qu’importe ! Je vis et je n’ai pas perdu le fil de ma vie qui fonce, comme d’habitude, dans les mystères du temps et de l’espace.

2017-12-23 09.01.34

Je n’ai pas écrit ce petit livre pour dénoncer l’industrie de la chimiothérapie ni glorifier telle ou telle thérapie naturelle, encore moins pour me glorifier d’avoir vaincu le cancer, sinon, j’attendrais d’être mort avant de me déclarer ! Mais je suis vivant, c’est une preuve suffisante que je n’ai pas encore vaincu la mort, elle est toujours devant moi avec ses deux grands yeux qui m’appellent depuis ma naissance. J’ai simplement voulu partager qu’il est possible de ne pas se faire prendre dans les filets du vieillissement programmé, du cancer pris en charge par la filière médico-pharmaceutique et de la mort dramatisée. J’ai voulu déterrer pour moi-même (tant mieux si cela peut être utile à d’autres) le fil d’Ariane nous permettant de nous extirper du labyrinthe des soins et des pressions sociales.

Quelle est l’issue ?

Lorsque je fouille dans les plus vieilles traditions spirituelles, je vois deux découvertes majeures qui remontent à trois ou quatre mille ans :

  1. le cosmos est une œuvre grandiose et inachevée qui nous révèle avec une grâce et une beauté inouïes la nature de sa source créatrice un peu comme une pièce musicale nous fait découvrir la nature de son compositeur ;
  2. il y a dans l’âme humaine, dans le fond de sa conscience, une sensibilité à la vérité, à la beauté et à la justice qui rend tous les êtres humains également aptes à se réaliser et à améliorer le monde.

Mais la plus grande découverte est survenue probablement en premier dans l’esprit d’Akhenaton et ensuite simultanément dans ceux de Lao-Tseu, Bouddha Siddhârta, Platon, Isaï  : ces deux sources (le cosmos et la conscience) sont une seule et même impulsion créatrice.

Ceux qui ont déclaré avoir fait cette expérience ont été tués ou chassés, leur proposition a été ridiculisée, déformée et récupérée. Qu’importe ! à chaque époque, elle est redécouverte, et je n’ai rien trouvé de mieux pour me guider sur ma route.

Cette intuition qui a marqué mon enfance comme l’enfance de l’humanité est devenue dans ma vie une histoire de rencontres interpersonnelles et d’intimité avec la nature et son Élan créateur. Cette histoire de rencontres me donne confiance dans le mystère de la vie et de la mort. Évidemment, je dis cela en tremblant car je ne sais pas ce qui m’attend, ni la résistance de mes forces morales. Je fais pourtant confiance parce que j’ai des histoires d’amour derrière moi.

Le vieillissement ne peut être qu’une intensification de la vie qui se ramasse sur son noyau afin de nous préparer à une sorte de coït fécondateur avec notre source. Nous serons en même temps compressés sur l’essentiel et dilatés dans l’universel. Je suis très au fait que notre époque imagine bien d’autres possibilités et qu’aucune n’est vérifiable, mais c’est la seule piste qui m’apparaît échapper à l’absurde. Lorsque j’étais jeune et qu’on me présentait un problème de mathématiques, il ne s’agissait pas de trouver des réponses, mais de trouver les seules réponses qui échappaient à l’absurde. Souvent, il n’y en avait qu’une seule. Pour le moment, la continuité de la conscience participative à la création reste la seule réponse qui résiste aux tests de l’absurde que je connais.

Mais ce n’est pas suffisant, il faut que cette hypothèse devienne une expérience. J’ai partagé mon expérience pour cultiver l’espérance. Évidemment, une expérience ne se transmet pas, il faut toujours la vivre soi-même, c’est là une des grandes béatitudes qui nous forcent à vivre de nous-mêmes et non pas des autres. Et vivre de soi-même, pour tout être vivant, c’est vivre relié, et plus nous vieillissons, plus cela nous est nécessaire.

Ne nous laissons pas isoler loin de la vie ordinaire des gens, dans des bâtiments construits pour nous séparer et nous cacher ; témoignons, mais surtout écoutons, car le fruit se donne davantage dans l’écoute que dans le remplissage. Les civilisations qui ont du respect pour les vieillards, les malades et les mourants vivent sur des terres fécondes et habitées, des terres sacrées dont ils tirent les fruits ancestraux pour nourrir leurs petits-enfants. Soyons à la hauteur de notre dernière mission.

La nébuleuse du Papillon

La fleur de certaines sortes de violettes sont explosives. Le violet est la couleur la plus énergétique de la lumière visible. Progressivement la fleur de ces violettes se fane et forme une sorte de gousse qui ressemble à un petit concombre. En séchant, le fruit se contracte pour ramasser de l’énergie en s’écrasant sur les graines. Rassemblées dans une cosse spéciale, les graines attendent patiemment le bon moment. La pression interne atteint un sommet. La cosse finit par craquer, se fendre et brusquement s’ouvrir. C’est alors que les graines, parfaitement alignées sont littéralement catapultées de leur habitacle !

En épuisant leur carburant d’hydrogène et d’hélium, les soleils se fatiguent. Ils ne peuvent plus lutter contre la gravité qui cherche à les contracter. Alors la matière retombe sur le noyau à une vitesse folle, puis rebondit et se disperse pour former une nébuleuse planétaire comme celle du Papillon, fécondant ainsi des mondes de matière complexe.

Dites-moi maintenant que mourir est un funeste aboutissement !

Nébuleuse du Papillon

Le grand voyage d’Imago

Il y a maintenant si longtemps… Je me souviens à peine. Je tourbillonnais dans des molécules d’azote, d’hydrogène, d’oxygène, de carbone, de fer, de magnésium et autres métaux qui me clouaient au sol. Je vibrais sur des tiges de calcium solidement organisées contre la pression et les torsions d’un corps lourd. Je ressemblais à un arbre mobile.

Je me suis libéré, je me suis envolé, je me suis orienté vers la nébuleuse du Papillon dans la constellation du Scorpion. J’ai atteint des pointes de cinq fois la vitesse de la lumière.

Quelques anciens ont fait le tour de la question avec moi, on m’a écouté, on m’a parlé, on m’a soigné, on m’a rassuré. Guidé par leurs champs d’attraction, j’ai voyagé dans les mondes du Papillon puis ils m’ont dirigé vers le système planétaire de TRAPPIST où se trouvent trois terres habitées. Je voulais tout savoir : pourquoi j’étais si petit dans si grand, comment toute cette grande composition de lumière pouvait fonctionner, s’organiser, se détailler, évoluer, s’équilibrer, s’harmonier, s’individualiser, se proclamer, se relier, s’exalter…

Marie-Hélène arriva sur le fait. On découvrait, on expérimentait, on apprenait ; on n’oubliait rien, on comprenait, on calculait  à la vitesse de l’éclair… L’intrication de la lumière, de la gravité et de l’antigravité, de l’électrique et de l’électromagnétique perdaient en secrets mais gagnaient en mystère. On avait des intelligences proportionnelles aux grands espaces et aux grandes complexités.

On a fini par s’installer, par se sentir vraiment très bien, confortables dans le plaisir d’apprendre, de se retrouver, de s’enlacer dans toutes les voiles de la nébuleuse. Et c’était beau, et c’était grand, surtout la fraternité entre nous, les survivants de l’obscurité.

Ici comme ailleurs, il y a des planètes faites de pierre en flottaison sur des magmas bouillants. Émergent de là des pensées lourdes et lentes qui tentent de se dégourdir dans des champs de plantes, des forêts montagneuses et des rivières éperdues. On a pourtant fait le tour de la Voie Lactée, on a déjà apprivoisé plusieurs énigmes, prodiges de liens et d’expression ; on a trouvé des soleils carburant à 200 000 degrés centigrades et de la musique chaude comme un noyau de plasma, mais elle comme moi, nous sommes restés bouche-bée devant l’évolution de trois petites planètes telluriques dans le système de TRAPPIST. Nous sommes encore subjugués par la montée pathétique du désir traversant lentement l’épaisseur de la peur. Des yeux scrutent, des yeux pleurent, des yeux rient, et toute la vibration osseuse fait frémir l’air des alentours.

On a fini par adopter une de ces petites planètes compactes. Ça grouille de vie là-dedans. Le soir on berce plusieurs centaines de ces enfants à l’intelligence encore obscure qui cherchent du mieux qu’ils peuvent une issue. On tente de les rassurer. Ils ne nous remarquent pas. Oui, parfois, rarement, l’une ou l’autre nous attrape comme pour chercher dans les tissus de notre être un peu de chaleur et d’élan. Lorsqu’ils s’apaisent, des fibres se forment dans les nuées de leur esprit et, alors, se dessine parfois l’Imago de leur être propre. Nous les aimons tellement.

L’autre jour nous étions, Marie et moi, assis sur une petite montagne de vieux calcaire. Une très vieille femme est montée vers nous, je dirais même à travers nous. Elle semblait nous voir. Elle avançait si difficilement, ses mains s’agrippaient aux parois, elle ne s’arrêtait pas, elle tombait, elle se relevait, et puis elle nous a touchés au cœur, et ses yeux de béatitude se sont envolés devant nous, libres comme l’aigle. Si vous aviez vu son sourire !

Rien n’a d’existence s’il ne s’est arraché de lui-même.

L’ultime héritage

Quel est l’héritage qui nous crève le cœur de ne pas donner à nos enfants, à nos petits-enfants, à nos amis ? Et s’il fallait que je n’aie rien à donner qui s’enracine dans le cœur du receveur comme une semence en terre ! Si je n’avais rien à donner qui pourrait grandir et rassurer aussi bien qu’un gros érable au milieu d’une plaine !  Si je partais en peur sans cet ultime bonheur !

Le vieillard et l'enfant de Ghirlandaio

Peinture de Ghirlandaio

Pour une bonne part, je crois que la peur de la mort est, en fait, la peur de n’avoir rien à donner. L’autre peur, c’est de ne pas être reçu. Comment désencombrer le processus bio-psycho-spirituel des maladies mortelles afin que toutes les graines soient données et reçues plutôt qu’étouffées et perdues ?

Oui, avant de mourir, nous voudrions régler un tas de non-dits, ramener des mensonges à la vérité, décharger l’aigle afin qu’il puisse traverser librement la paroi de l’ultime envolée. Cet aigle à tête blanche est le seul nous-même que l’on espère garder et donner. Les Amérindiens disaient que nous avions deux âmes, une qui reste comme un trésor caché dans les cœurs et l’autre qui s’envole dans des mondes plus larges.

Tel est mon héritage de force morale, je le donne et pourtant je le garde comme mon être le plus intime.

Lorsque la mort n’est pas accidentelle mais suit un processus naturel, on utilise le verbe « décéder ». On ne peut pas décéder d’un accident, on est tué dans un accident. Le dictionnaire nous dit que « décéder » est un verbe de mouvement qui marque un changement d’état d’être : il veut dire quitter en « cédant ». Devant le cancer, nous avons un avantage : une probabilité plus grande de décéder que d’être tué. C’est pourquoi j’ai intitulé mon petit livre : Affronter le cancer sans se faire tuer. Décéder permet de donner sa vie plutôt que de se la faire voler. On peut donc décéder dans l’entourage de ceux qu’on aime et ainsi donner notre héritage de foi, de force morale, de tout ce que l’on est vraiment : l’héritage qui nous constitue et que nous emporterons.

Mais avant de donner cet ultime héritage, il nous faut nous débarrasser des autres héritages : argent, biens, secrets qui nous pèsent, mensonges qui nous alourdissent, rancunes, ressentiments… Si nous avons des biens, il nous faut discriminer dans nos héritiers qui aura la force de nager avec un tel poids sur le dos. Pour le moral et le spirituel, il nous faut un ami capable de nous écouter même lorsque nous déblatérerons sur le sucré et l’amer de notre vie, ce qui arrive presque inévitablement dans les souffrances et les angoisses introductives à la mort. On se débarrasse de tout en vrac, aux autres de filtrer. Chacun partira avec des morceaux, mais seul un pauvre d’esprit peut tout prendre puisqu’il n’est pas lui-même embourbé, et en plus, il est motivé, il veut recueillir le substantiel et laisser tomber le matériel.

La plus grande valeur spirituelle à acquérir dans notre vie est peut-être justement cette pauvreté qui laisse le cœur ouvert et prêt à la fécondation. Une telle acquisition se fait par dépouillement ! Le dépouillement nous rend nu, la nudité nous force à la confiance initiale, la rencontre intime se fait et la foi se consolide. Avec la foi arrivent la constance, la sincérité, la bienveillance, tout ce qui ouvre le cœur et le rend plus résistant aux impacts des coups durs.

En bout de piste, notre jardin contient des plantes semées par d’autres et qui ont poussé en nous, parfois par nos soins, parfois par leur propre puissance. Il y a aussi des plantes qui n’ont pas été semées par personne, qui sont nées d’elles-mêmes par le simple travail de la terre. Mais nous ne pouvons donner que les graines, nous ne pouvons garder que des graines ; toutes les formes, les tiges, les feuilles, les fleurs retourneront en terre pour être renouvelées. L’aigle n’apportera que le pouvoir de tout recommencer.

Je crois que rien n’est plus beau ni plus fertile que cette rencontre du mourant et de son ami, tous les deux dépouillés, n’ayant plus que leur vérité à se donner mutuellement. C’est peut-être à ce moment-là que la présence du lieur universel se manifeste au maximum, car les deux amis sont présents de toutes leurs illusions perdues.

Il faut donc à celui qui est suspendu sur la branche de départ, un ami qui ait la plus grande des vertus : la soif. Seuls ceux qui ont vécu le décès de tout ce qui faisait leur orgueil peuvent recevoir l’héritage ultime de l’aigle à tête blanche. Quel miracle lorsque l’échange se fait ! En effet, celui qui part et celui qui reste se sont échangé leur substance, et par cela même ils sont unis pour toujours.

Mon épouse et moi sommes en train d’expérimenter cette extraordinaire odyssée du dépouillement qui permet le don de l’aigle et la valse des immortels.

Je rêve d’une société si avancée qu’il n’y ait jamais un seul mourant qui parte sans donner son héritage. Dans une telle société, l’évolution irait à très grands pas, gonflée de toutes les richesses des ancêtres et dépouillée de leurs fausses pistes, alors que dans la nôtre, nous tournons en rond dans les mêmes traces, les mêmes guerres et les mêmes destructions.

Je ne suis pas à l’étape de recevoir mes enfants et mes amis pour leur donner mon ultime héritage, mais je le rassemble et je le désencombre, je nettoie la charpie, je composte les formes et ramasse les graines, j’en nourris l’aigle qui leur restera et qui m’emportera. Je prends de l’assurance dans le doute que me laisse la maladie, dans l’inquiétude et la peur à surmonter, dans les exigences de la santé, dans l’impact de tout cela sur mon amour pour celle qui partage mon quotidien, dans la compassion de mes amis, dans le bonheur de la musique.

Mais avec mon épouse, j’y suis, nous y sommes, nous voilà dans l’exigence qui nous entraîne déjà dans l’envolée de la nébuleuse du Papillon, nous sommes deux dans le même cocon, pas celui de la mort, mais celui qui commence dès que nous sommes conscients de la mort.

Rien ne pourra nous séparer

Bon, je l’avoue, j’ai tourné autour du pot, ma vraie peur, la voici : je ne suis pas prêt à me séparer de celle que j’aime.

Je suis né à Montréal, elle, en Gaspésie. Nous avons été préparés dès 1968, l’année de la mort de nos mères. Ensuite nous avons vécu des chocs similaires, recherché le même intouchable, rencontré les mêmes culs de sac, lu les mêmes livres. Nous avons été transpercés par des flèches similaires. Elle a perdu une enfant. Cela je ne l’ai pas vécu. Elle a déjà une espionne dans le haut-côté. Je n’en ai pas. Mais pour le reste, nous avons vécu la même école chacun sur notre bout du Saint-Laurent. Nous nous sommes rencontrés en 1993. Il était temps.

Nul ne peut nous séparer

Photo de Élisabeth Marcoux

Nous avons vécu vingt-six ans en manque l’un de l’autre; avant, nous étions trop jeunes pour nous manquer. Durant ce temps, nous avons fouillé dans d’autres lieux et dans d’autres cœurs ce qui nous manquait. Et puis, enfin, nous nous sommes rencontrés pour la première fois devant une soupe aux pois dans un restaurant. Notre préparation parallèle avait été parfaite ou presque.

Ce lien, cette corde qui vient de trop loin est bien plus solide que celle qui me retient à mon vieux compagnon qui se languit. Alors pourquoi nous séparer? Qui a bien pu inventer la mort dans des tunnels séparés?

Je n’ai pas beaucoup d’expérience pour oser une amorce de réponse. En voici une. Les deux fois où je me suis retrouvé en train d’attendre une opération majeure dont je n’étais pas certain de revenir, j’ai clairement vécu l’angoisse de la séparation, mais étrangement, c’est elle, mon aimée, qui se séparait de moi, qui restait sur le quai, pas moi. Moi qui partais, je ne ressentais pas la séparation, je ne vivais pas de séparation. Au contraire, dans le brouillard de l’anesthésie, il me semblait que j’arrivais à elle.

Est-ce parce que nos liens sont tissés à même le feutre qui relie les soleils dans un seul et même cosmos? Attachés par rayonnement!

Je n’ai donc pas vraiment peur de cette séparation. Mais je sais que si moi, je restais sur le quai, et qu’elle, elle partait dans son propre espace tout grand, elle me manquerait infiniment. Pas parce qu’elle ne serait plus là, mais parce que moi, je n’aurais plus rien à prendre dans mes bras, je ne pourrais plus me coller sur sa peau, ressentir la douceur tant aimée. C’est si affligeant de serrer un drap froid la nuit quand on a vécu si longtemps avec un être chaud!

Pitié pour celui qui reste, car l’autre, lui, a bien plus à embrasser. Avec ses nouveaux sens, ses mains grandes comme des nébuleuses, sa lumière satinée, sa soif presque effrayante, il ne sera pas privé, il prendra l’autre, il le prendra atome par atome. Il ne sera pas seul, lui!

Cela me déchire. Il y aura un hublot, un quai, un départ, un deuil, une apparition, une transformation. Une fois tous les deux devenus papillons, ce sera bien mieux. Mais en attendant, l’un chenille et l’autre papillon, c’est plutôt moche.

Pour voir ce que nous serons, je vous invite à regarder la nébuleuse du Papillon sur: https://www.cidehom.com/apod.php?_date=141001

Si ce n’était pas de la période où la chenille se languit du papillon, je crois que je me sentirais prêt. Pourquoi ne partirions-nous pas ensemble ma mie?

Elle me répond : « Tels que nous avons été liés, qui pourra nous séparer? Si tu pars avant moi, ce ne sera pas si long pour moi. J’ai déjà mon espionne dans l’au-delà, ne l’oublie pas. Elle me dira à propos de toi, ton feu et ta couleur. J’ai l’habitude d’étreindre des brins de lumière et des bouts de laine. J’ai tellement l’habitude que je n’en abuserai pas. Je te rejoins dès que je peux.