Conférences

Conférences de Jean Bédard

 

Titre : L’écologie, un art de vivre

Samedi le 21 avril de 13 :30h à 15 :30h

Au Centre Soha

961 Rachel Est

Montréal

Inscription : https://www.facebook.com/events/207001806549944/

Ou se rendre sur place.

Titre : Le Journal d’un réfugié de campagne

Dimanche le 22 avril de 9 :30h à 13h

Dans le cadre des dimanches philo de la Compagnie des philosophes

À La maison Gisèle-Auprix-St-Germain (salle Ste-Élisabeth)

150 rue Grant,

Vieux Longueuil

Inscription et information : La Compagnie des philosophes : 450 670-8775    www.cdesphilosophes.org  (courriel : philosophes@me.com)

Céline Fernbach celine.fernbach@gmail.com (2)

Argumentaire des conférences

Le dérèglement climatique, l’extinction des espèces, la montée des gouvernements autoritaires et violents, tout cela nous inquiète à juste titre. Le bonheur ne peut pas venir d’un retranchement sur soi, car nous sommes interdépendants. Il nous faut trouver le chemin de l’harmonie avec soi et la nature, ainsi que le chemin de la démocratie et de la justice sociale.

« Je cherche donc la voie des bienheureux qui ont trouvé assez de paix en eux pour vivre simplement, émus de beauté. Il ne s’agit pas de vivre à l’âge de pierre, mais de composer avec la nature une œuvre collective, une écologie de la participation. La troisième voie. »

L’écologie est surtout un art de vivre, un art de prendre soin de la vie pour qu’elle prenne soin de nous, une manière de jardiner dans tous les éléments du cœur et de la terre.

« Je vais donc partager ma pratique, mes gaucheries, mes criantes erreurs d’ignorance sur le sentier que je prends chaque matin pour aller de la maison à l’étable, puis au jardin, en tentant de sortir de mes idées de gloire et de mes déceptions de vieux snoreau. Je promets seulement d’être sincère et d’aller jusqu’au bout. »

 

Jean Bédard est philosophe, écrivain et fondateur de la ferme Sageterre.com

 

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Notre déséquilibre

Nous ne sommes pas plus fous que nos ancêtres, mais nous avons des moyens bien plus grands de transformer nos déséquilibres intérieurs en dégâts sociaux ou écologiques. Nous sommes aux limites d’une accélération des moyens et des dégâts. Nous devons comprendre la nature de notre déséquilibre intérieur.

Guichet du savoir Dali

Ce qui semble en cause, c’est la difficulté pour l’homme de sortir d’une relation de prédation.Dans la prédation, l’autre est objet et cet objet est destiné à être assimilé, à devenir le corps du prédateur, à faire partie de lui. Un processus d’assimilation à soi. C’est une relation fondamentalement inégalitaire et non réciproque, une relation de « consommation », la relation d’un sujet qui s’approprie un objet, qui l’utilise pour ses propres besoins et le jette ensuite.

Pour compenser le dangereux déséquilibre psychique de la prédation, les sociétés de chasseurs-cueilleurs ont eu le réflexe d’attribuer une âme aux plantes, aux animaux, à la terre, à la mer afin d’en faire des sujets. Une spiritualité première. Dans leur vision du monde, le rapport mangé et être mangé ne voulait pas dire que les âmes s’assimilaient les unes aux autres comme des gouttes d’eau dans l’océan, au contraire, elles s’ajoutaient les unes aux autres, si bien que la personne et le cosmos entier évoluaient par conjonctiondes âmes. Tout cela favorisait le respect, les relations sujet à sujet et le caractère sacré des êtres vivants.

Avec l’agriculture du grain (une valeur que l’on peut engranger, capitaliser) et avec la domestication des animaux de pâturage et des animaux de travail, les tribus accumulaient des biens et amélioraient leur sort. En même temps, cette accumulation a libéré du temps pour le développement technique, entre autres la technologie du bronze et du fer. Les armes en métal en association avec le cheval d’attaque ont entraîné un déséquilibre des forces. Il devenait tentant de tout simplement pillerles tribus productrices. Les sociétés pilleuses se sont développées. Les seigneurs de guerre (de pillage) sont devenus rois, puis des empereurs.

Un empire est toujours une organisation plus ou moins sophistiquée de pillages systématiques et permanents des énergies physiques, humaines, techniques. Avec les empires, qu’ils soient politiques ou économiques, les relations sujet-objet sont devenues la norme. Utiliser et jeter, cela s’appliquait aux peuples conquis, aux animaux, aux terres, bref, à tout ce que l’on possédait, et du même souffle, le mariage ressemblait à un contrat d’achat, semblable à celui qui liait le maître à l’esclave. Bref, beaucoup de sociétés se sont mises à traiter les femmes, les autres hommes et la nature comme de simples outils à exploiter.

Devant de telles sociétés se dresse le paradoxe de la violence. Les sociétés misogynes, utilisatrices des êtres humains comme simples outils et destructrices de l’environnement sont conquérantes par nature car elles consomment plus qu’elles ne produisent et engendrent une révolte dans leur propre population qu’elles doivent canaliser en guerres. Devant elles, soit que l’on se défende, soit que l’on se laisse assimiler. Pour se défendre, il est nécessaire d’exercer une même violence qui nous rend semblable. De ce fait, se défendre ou ne pas se défendre n’oppose pas d’obstacle à l’universalisation des rapports de prédation, d’utilisation et de destruction de la nature. Cela est vrai dans l’univers politique mais cela est vrai aussi dans l’univers économique. La seule issue est celle de la résistance qui demande une très grande force morale. C’est cette troisième attitude que nous tentons de développer à Sageterre : une toute petite communauté de résistance parmi un nombre considérable d’actions de solidarité pour la justice, l’équité, la réelle démocratie et l’écologie.

Le problème humain

Bien avant de fonder Sageterre avec mon épouse, un problème philosophique m’habitait. Je suis né dans un quartier pauvre et violent de Montréal. Le problème était devant moi. Mon quartier matérialisait le problème. Enfant, ce problème m’habitait déjà. Sageterre est, pour moi, une expérience de solution possible.

Tour de Babel

Voici le problème : il est facile de démontrer que la justice, l’équité, l’égalité homme-femme, la démocratie participative et le respect de la nature peuvent seuls assurer la paix et, par elle, le bonheur :

  • Si la grande majorité des gens trouvent les décisions justes, il faudra peu de polices et de violence pour les faire respecter.
  • Si personne n’est vraiment pauvre ou trop riche, il n’y a pas d’envie, très peu de vols ou de crimes.
  • Si tout le monde est suffisamment éduqué et participe aux décisions indépendamment de leur sexe, il y a peu de contestation et de révolte.
  • Si l’on ne détruit pas la nature, elle nous donne l’air, l’eau, la nourriture dont nous avons besoin, et il n’est pas nécessaire de se faire la guerre pour accéder aux ressources.

Le secret de la paix n’est pas un secret, un enfant de sept ans peut le comprendre. Avec la paix, le bonheur.

Alors pourquoi nos systèmes politiques et économiques ainsi que nos lois sont-ils organisés pour engendrer et pour justifier l’injustice, l’inégalité, la pauvreté, le désengagement politique et la surexploitation de la nature ? Et pourquoi presque tout le monde laisse faire ?

Bref, l’être humain est-il fou ? Existe-t-il un gène de folie dans notre espèce ? En termes philosophiques : quel est la nature de notre déséquilibre intérieur ?

Démocratie et identité

Tout ce que j’ai dit sur la démocratie ne suffit pas. J’en suis profondément convaincu, aucune démocratie n’atteindra le but si elle n’est pas mobilisée par quelque chose qui la dépasse, quelque chose qui puisse constituer pour elle une finalité plus grande que l’intérêt de l’individu, et même plus grande que l’intérêt d’un pays, car la liberté n’existe pas pour s’affirmer elle-même mais pour réaliser quelque chose qui la dépasse. C’est cette aspiration qui constitue le nerf principal de l’identité d’une culture. Toute culture n’existe que pour se dépasser elle-même afin d’accomplir un rêve qui embrasse non seulement l’humanité mais tout le vivant.

Hommage à la trinité

Vitrail de Kim En Joong

L’identité fonctionne à peu près ainsi : plus la conscience s’approche des principes universels de la vie qui semblent identiques pour tous les êtres vivants, plus elle devient elle-même originale et capable d’associations. Cela fonctionne comme les branches d’un arbre : mieux la branche est greffée au tronc commun, plus elle se différencie des autres.

Il s’ensuit que l’identité se forme dans la tension entre l’enracinement dans les principes universels de la vie et l’extraordinaire besoin de chacun de former sa propre différence afin d’apporter sa propre créativité.

Au contraire de ce que l’on croit, l’identité est davantage la capacité à intégrer les différences par approfondissement de l’universel, que la capacité de se conserver identique à elle-même sur une longue période.

Cela veut dire : mieux comprendre l’humanité pour mieux unir les différences humaines. Mais intégrer les différences pourquoi ? Pour se dépasser. Si la vie a choisi qu’un animal arrive à la conscience, ce n’est pas pour son intérêt à lui seul, cet animal n’est pas responsable que de lui-même, il devient responsable de tout le vivant. Il est capable de détruire donc, il doit construire avec la vie et non contre elle. Et c’est cela le fondement de notre identité : faire front commun avec la vie, pour faire de la planète un être collectif douée d’une raison spirituelle (spirituel veut dire : ouvert à quelque chose qui ne peut jamais se refermer).

Devant nous, voilà ce qu’il y a à faire : réaliser une démocratie planétaire qui donne une identité proprement spirituelle à toute la vie sur terre, qui célèbre la vie en exerçant sa pleine créativité.

Suite aux préalables: la démocratie

La démocratie est l’aspiration des consciences à l’épanouissement maximum de la personne dans l’organisation optimum de sa participation aux décisions collectives. Elle est la recherche de l’équilibre entre le développement des personnes, moteur de création; et les solidarités de toutes sortes qui ont toujours un peu tendance à l’uniformité, mais qui peuvent aussi miser sur la complémentarité.

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La démocratie ne se fait pas à partir d’une page blanche, mais à partir d’une société déjà structurée par des forces sociales de dissuasion (violence), de rétribution (argent) et de manipulation (médias). Le plus difficile est de réaliser la transition du pouvoir qui doit passer de l’exercice de la force à l’exercice de l’autorité morale que constitue la conscience.

La conscience accorde naturellement une autorité morale, un « leadership » aux personnes qui ont à cœur l’intérêt commun et l’intérêt des personnes, qui comprennent la justice et qui sont capables de faire la synthèse entre des tendances divergentes. Une autorité morale fait toujours appel à la conscience informée.

La conscience fait confiance aux personnes qui aiment la vérité et qui aiment la vie, qui sont capables d’établir des liens de confiance à long terme basés sur l’intérêt de tous et de chacun.

Six dimensions sont essentielles pour arriver à la démocratie :

L’éducation de tous, chacun personnellement. Au contraire de l’endoctrinement, l’éducation vise l’exercice responsable de la liberté personnelle. Concrètement, cela veut dire reconduire chaque enfant à la rencontre de lui-même, de l’autre, de la nature et des grandes œuvres (littératures, sciences, arts, philosophies, spiritualités, techniques). Il s’agit de l’équiper pour exercer sa liberté responsable dans une société qui n’est pas encore arrivée à la pleine démocratie et qui, de ce fait, est pleine de pièges.

Le pouvoir doit être au maximum décentralisé et déconcentré. Tout ce qui peut être résolu par un pouvoir local doit être résolu par ce pouvoir, sachant que la personne est l’autorité première. Seul ce qui ne peut pas être résolu au plan local remonte au niveau régional. De même, pour chaque niveau supérieur. L’autorité ne doit pas être exercée par des individus seuls, mais par des collèges de personnes.

Les pouvoirs doivent être séparés et indépendants. Le pouvoir laïc, les pouvoirs religieux, le législatif, l’exécutif, la justice, l’information, la politique, l’éducation, la science, l’économie, tous ces pouvoirs doivent être séparés et autonomes, mais coordonnés.

L’accès à une information indépendante et vérifiée, ainsi que l’accès à des agoras de réflexion et de discussion.

Le désarmement de chacun à mesure que la démocratie est capable de minimiser la contrainte pour arriver au maximum d’harmonie.

L’autonomie économique plutôt qu’une dépendance salariale obligée par une trop grande concentration des capitaux.

La prise en compte de la nature, car l’être humain dépend de la santé intégrale de la nature qui elle-même est orientée vers le maximum de diversité dans l’équilibre des espèces.

Aucune nation ne peut arriver à la démocratie si elle est constamment menacée par des ennemis, car une démocratie réelle est un gouvernement intelligent, mais lent, alors que la tyrannie est bête, mais impulsive. Aussi la démocratisation des nations ne peut pas se faire sans la démocratisation progressive de toutes les nations et de la planète entière.

À partir de là on pourrait donner une note à nos démocraties, mais aucune n’est arrivée à maturité et ne peut donner l’exemple.

Préalables à la démocratie

Pour arriver aux démocraties modernes, il a fallu franchir certains préalables philosophiques. Sans la découverte de la liberté personnelle, il n’y aurait pas démocratie possible. Car si un individu était déterminé biologiquement et socialement, il resterait un « individu », un morceau indivis du tout, il serait entièrement soumis aux forces, et la démocratie ne serait qu’une pure illusion puisque la liberté ne serait qu’une pure illusion.

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La liberté personnelle n’est évidemment pas une découverte scientifique, car pour le moment, la méthode scientifique est fabriquée pour comprendre le jeu des déterminations, pas celui des libertés. Par définition même, la conscience et la liberté échappent à la méthode scientifique actuelle. La conscience est dans le scientifique lui-même jamais dans son objet d’étude.

La conscience est la capacité de percevoir suffisamment ce qui nous détermine pour s’en échapper au moins partiellement. La conscience s’en échappe en s’assignant à elle-même la responsabilité de faire mieux que ce que les déterminations produiraient si elles étaient laissées à elles-mêmes. La liberté qui résulte de la conscience n’est donc pas la possibilité de faire n’importe quoi, mais la capacité de faire mieux que les forces déterminantes qui, elles, nous entraînent actuellement à la violence. Autrement dit : la liberté peut faire dévier notre destin vers une destinée plus heureuse.

La démocratie est fondée aussi sur un postulat qui résulte de la liberté personnelle : chacun dispose également d’une conscience. C’est un postulat puisque si la conscience existe, elle doit nécessairement être suffisante pour échapper aux déterminations. Ce potentiel d’échappement est donc forcément égal dans toute personne.

Les talents ne sont pas égaux, les intelligences ne sont pas égales, les conditions de vie ne sont pas égales, mais la conscience est forcément répartie également en tant que potentiel de liberté, une liberté cependant qui doit être gagnée acte par acte.

Aussi la conscience constitue-t-elle le fondement de l’humanité. Nous sommes une seule humanité parce que nous sommes chacun également doué du même pouvoir de nous libérer des déterminations.

La lutte pour la démocratie

Bon alors, voilà le défi de la démocratie : combattre deux formes de violence :

  • les regroupements d’individus qui tentent de réduire les différences, les originalités, les singularités, les particularités pour former des identités fermées et homogènes, ce qui entraîne la haine interculturelle, interreligieuse où l’étranger est chassé, banni, ou même assassiné.
  • les individus qui ont les armes, l’argent et les moyens de communication et qui les utilisent pour arriver à leur fin, à la croissance de leur propre pouvoir.

La démocratie est un mouvement de la conscience pour contrer ces deux violences, pour apprendre à vivre en paix dans la différence et sans surexploitation de l’être humain et de la nature.

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On reconnait la conscience à au moins deux choses :

Elle tient à la vérité des faits. Au fond d’elle-même, la conscience sait que pour survivre, elle doit s’adapter et donc faire face aux faits. C’est pourquoi, en réalité, elle est plus angoissée par le mensonge que par la vérité.

Elle tient aussi à la vérité des sentiments, donc à la sensibilité. C’est la sensibilité qui permet à la personne de tenir à la vie. Si l’on ne tient pas à la vie, pourquoi lutter pour un monde meilleur?

Dans l’histoire de la pensée, la démocratie est une grande conquête de l’esprit, un acte de réflexion. Il s’agit de prendre conscience que la violence n’est pas une nécessité, qu’il est plus agréable de vivre en paix qu’en conflits continuels. Alors, on peut limiter l’usage des armes, renoncer aux plus grandes inégalités et vouloir respecter la nature. Ainsi peut débuter le processus de la démocratisation d’une société. Mais c’est une espérance : « uniquement une espérance », diront ceux qui ont intériorisé l’impuissance; « d’abord une espérance », diront les autres qui se sont lancés dans l’action.

Nous ne sommes pas arrivés à la démocratie, loin de là, nous avons peut-être franchi les premiers pas.  C’est déjà beaucoup. Pas question de reculer.

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Une vraie démocratie n’est pas la soumission à une quantité statistiquement significative d’individus manipulés par les grands médias, ce qui nous ramènerait au troupeau; la démocratie est la solidarisation progressive des personnes éclairées.

Jacques-Sageterre Juillet 2012 (49)

Nous sommes actuellement à une limite. Dès le début de l’histoire, les tribus se sont regroupées en nations pour faire front commun contre des ennemis. Unis contre un ennemi. Si la planète avait été attaquée par de puissants extra-terrestres, gageons que les nations seraient déjà regroupées en gouvernement planétaire…  Mais justement, aujourd’hui, les Terriens se rendent compte qu’ils ont un ennemi commun qui met en péril leur planète. Cet ennemi, c’est eux-mêmes. Nous sommes donc à une étape de l’histoire où nous devons progressivement former une démocratie universelle de personnes responsables qui osent voir et agir.

Vers la démocratie universelle

Il convient, ici, de faire la différence entre l’individu et la personne. L’individu est la partie indivise d’un tout, par exemple, le plus petit morceau d’une grosse roche : un cristal. Chaque grain est vu comme une partie uniforme du tout. On peut facilement comptabiliser les individus, et leur addition fait le tout.

Une personne, au contraire, arrive avec sa conscience, sa créativité, sa manière de voir autrement. Une organisation de personnes repose sur la complémentarité des différences, elle associe le voir, le pouvoir et la boussole. Elle est inventive et adaptative.

Une démocratie est un processus d’engagement progressif des personnes qui veulent un monde viable et harmonieux.

Avant la démocratie, c’est le règne de la force qui mène le monde. Dans un tel monde, certains accumulent les armes pour intimider, l’argent pour acheter du travail et les moyens de communication pour manipuler les foules. Ils poussent les autres à faire ce qu’ils ne feraient pas d’eux-mêmes s’ils étaient bien informés et pleinement conscients. Ils appellent cela le « pouvoir », leur « pouvoir », mais c’est simplement l’impuissance dans laquelle ils acculent les autres. Et cela mène au désastre. Car la nature est ainsi faite que pour ne pas frapper un gros mur de conséquences, il faut utiliser toutes les capacités de voir et de penser de chacun.

L’utilisation de la force est l’affaire d’individus (et ne pas de personne) qui se prennent pour d’autres, et même pour beaucoup d’autres. On comprend clairement ici que ce genre d’individualisme résulte simplement d’un conditionnement de masse. Une personne, c’est une conscience qui résiste à ce conditionnement. La démocratie n’est pas le mouvement des individus conditionnés, mais le mouvement des personnes résistantes.

Actuellement nous avons fait un pas en direction des démocraties nationales, mais nous vivons presque entièrement sous le règne de la force (arme, argent, manipulation). La démocratie se construit principalement, mais pas exclusivement, dans de petits rassemblements, de petites organisations, c’est assez formidable de voir, comment à Rimouski, par exemple, la démocratie universelle est en marche.

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Qu’est-ce que la conscience qui nous met en devoir de voir? Elle est la boussole. Elle est l’intelligence des finalités qui demande à l’intelligence des moyens : « Mais où va-t-on? » Elle est notre attachement à la vie qui demande : « Es-tu sûr que, par-là, on ne se cassera pas la gueule? » Sans boussole, on peut aller dans les directions les plus folles. Mais, justement dans quelle direction pointe la vie?

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Dès qu’elle se multiplie, la vie tend vers l’invention d’êtres particuliers très diversifiés, chacun capable de voir, chacun capable d’adaptations singulières. En bout de piste de l’évolution : un animal doué de paroles et d’outils qui peut trancher avec le groupe et demander : « Êtes-vous sûrs que c’est par là? » Le pouvoir de voir et l’attachement à la vie sont installés dans la personne singulière et originale, et non dans le groupe.

Cependant, la vie va aussi dans une autre direction : l’individu ne peut pas survivre sans la protection d’une famille, d’un clan, d’un regroupement… Les regroupements ont essentiellement un but de protection. Et à ce titre, ils tentent d’éviter que l’individu ne s’éloigne un peu trop des autres, qu’il ait des comportements trop différents… Comme dit la chanson : « Il est des nôtres, qu’il boive comme les autres. »

Au nom de la protection, les groupes ont tendance à imposer une certaine uniformité. Ils ont donc tendance à raboter et à niveler les consciences.  Dans un groupe, on risque de voir et de dire comme tout le monde. C’est pourquoi un troupeau peut parfois prendre panique et se précipiter vers une falaise. Aller tous dans la même direction est un grand danger. Dans une grande masse d’individus, la panique peut être lente, mais c’est toujours une multitude dans laquelle les objections individuelles sont niées. Plus gravement, c’est un état du pouvoir collectif qui s’autorise à tuer des personnes au nom de l’uniformité d’une idéologie.

C’est le contraire de ce que doit être la démocratie.

Si vous me suivez bien, il existe deux mouvements qui tendent à être contradictoires mais qu’il faut rendre complémentaires : un mouvement qui va vers la diversité, l’originalité de la personne consciente qui voit indépendamment des autres; un autre mouvement qui va vers la protection d’un groupe, et au nom de cette protection, recherche l’uniformité.

Au positif, c’est par la persévérance des personnes conscientes qu’un regroupement peut finir par cesser d’avoir peur de l’intelligence et de la conscience de chacun. Au négatif, une organisation ou une institution où personne ne remet en question la direction court à l’aveugle. Ce genre d’organisation, surtout si elle est massive, possède la force d’un troupeau de bisons en pleine course, mais elle n’a pas d’intelligence.

L’intelligence des finalités demande la coordination de personnes conscientes et affirmées. C’est ce genre de regroupement qui change le monde et qui constitue la démocratie en marche.

C’est ce genre de démocratie que nous voulons former à Sageterre.

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Parlons de démocratie. Le contexte. Face aux guerres, aux famines, à la pollution, au réchauffement de la planète, à l’acidification des océans, aux attaques de tireurs fous, spontanément, on se demande : « Mais où va-t-on? » La violence, qu’elle soit contre l’être humain ou contre la nature, est toujours accompagnée d’un sentiment de perte d’orientation. Nous sommes sous le choc. La conscience fait de nous un être moral, c’est-à-dire un être capable d’engendrer lui-même son propre malheur, ensuite, de le déplorer, pour enfin tenter de faire mieux.

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Qu’on le veuille ou non, à l’ère industrielle, l’espèce humaine se retrouve comme un enfant encore tellement ignorant au gouvernail d’un gros bateau dont dépend la vie de tous : plantes, animaux, humains. Ce sentiment est très récent dans l’histoire humaine, et c’est plutôt paniquant. On pourrait toucher à des boutons dangereux, faire dériver le bateau, s’échouer sur un banc de sable. Une grande responsabilité.

La responsabilité vient du fait de voir et du fait de pouvoir. Si quelqu’un se réveille et qu’il voit un récif juste devant le navire, cette personne, si elle est seule à voir et seule à pouvoir crier, alors elle est tout à coup responsable de tout le navire. Ceux qui dorment, ceux qui regardent dans leurs poches ou dans les cieux, ne sont pas responsables, ils sont peut-être même irresponsables, qu’importe qu’ils gouvernent un grand pays ou une grande entreprise.

La vie nous a donné la conscience pour voir et l’intelligence pour pouvoir. Puisque nous pouvons détruire et nous en apercevoir, nous sommes responsables de construire sans tout démolir. Mais le voir n’est pas toujours relié au pouvoir, c’est sans doute notre travail à chacun de tenter de donner des yeux au pouvoir. Et cela, c’est l’aventure de la démocratie qui en est à ses premiers balbutiements. Ici à Sageterre on est peut-être encore plus débutant que tout le monde. Mais on essaie. On espère que chacun prendra le pouvoir que ses yeux justifiront.