La santé : pas tous les jours facile

S’adapter au vieillissement, c’est ralentir. Du point de vue métabolique, nous devons manger moins et mieux. Le métabolisme consiste à respirer pour brûler des aliments afin d’en tirer de l’énergie et des matériaux de remplacement tout en se débarrassant des résidus. On peut le comparer à une roue à aube. Ralentir veut dire : tourner sans effort pour de meilleurs résultats.

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Moins de sucre, moins de graisse, moins de grosses protéines (viandes, poissons, légumineuses) et plus d’aliments très faciles à métaboliser. Diminuer le sel et augmenter le potassium parce que les petites machines métaboliques que sont les mitochondries doivent échanger plusieurs atomes de potassium pour un atome de sodium.

La cure que j’ai entreprise consiste à éliminer complètement l’alcool, les sucres (qui ne sont dans un légume ou un fruit), les protéines animales (poissons et œufs compris), les légumineuses, les noix, les graines, les gras (sauf un peu d’huile de lin et jamais chauffé). On se nourrit principalement de jus de légumes et de jus de fruits frais (10 à 13 verres de jus par jour) consommés dans les vingt minutes après leur extraction. On ajoute des sels de potassium. On prend trois repas légers (avoine, riz entier, légumes). On brûle le tout par un exercice proportionné. Il faut aussi prendre une importante quantité d’enzymes spécifiques et quelques suppléments naturels selon nos besoins. Le processus d’élimination est aussi favorisé de toutes sortes de façon y compris par des lavements. Tout cela doit être sujet à un suivi minutieux, avec analyse du sang et de l’urine, pour s’assurer justement que le métabolisme roule parfaitement bien sans laisser de résidu et que tous les indicateurs de santé progressent.

Je ne sais pas si cela va me faire courir plus vite que le cancer, mais je suis remonté de mon opération à une vitesse étonnante et je me suis rapidement senti en forme. Cependant, c’est la vie austère : pas de restaurant, pas s’éloigner de l’extracteur à jus, supporter une certaine sensation de faim, respirer profondément, méditer, s’activer selon le juste dosage, ritualiser sa vie… Un moine bouddhiste serait jaloux.

C’est cela que j’aime, parce qu’il me reste trois grands plaisirs : le premier, écrire ; le deuxième, écouter les listes musicales de mon amie Hélène ; le troisième ne vous regarde pas. Et j’y ajoute une grande, une très grande joie : construire une très belle catapulte afin de me blottir en temps et lieu dans son lanceur, de couper la corde de retenu et d’être projeté par-dessus le mur de la peur.

Ce n’est pas que je sois pressé, mais si ma catapulte est prête avant le temps, je pourrai cultiver mon jardin en toute tranquillité. Vous comprenez, j’ai besoin de me préparer : la mort demande une santé de fer pour bien la réussir.

Autour de vingt-six ans, après m’être sorti d’une crise intellectuelle et spirituelle très importante, j’avais déjà entrepris de mourir en pleine santé intérieure, d’en faire même un acte suprême de donation. Durant des années, je ne m’endormais pas avant de me sentir prêt pour la grande propulsion. Ensuite le bonheur de vivre m’a un peu usurpé cette joie. Aussi ma catapulte dispose déjà d’une base relativement solide.

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Vieillir à deux

Je ne sais pas si on peut faire une cure Gerson et Schwartz (en réalité deux cures complémentaires) sans une complice dévouée. Je ne pourrais pas.

À l’hôpital, lorsque je me suis réveillé plongé dans les douleurs de l’opération qui revenaient sur moi comme une cavalerie, je me suis sérieusement demandé pourquoi continuer à vivre, aussi bien s’arrêter ici même, alors que c’est si facile puisqu’une overdose d’analgésique opératoire m’a donné l’arme ultime : il suffisait de m’endormir pour que je cesse de respirer… Et j’avais tellement sommeil.

Vieillir à deux

 

Il y avait cet essai que je n’avais pas terminé, et ce roman dont je n’avais qu’esquissé un brouillon. Mais aujourd’hui, je me suis posé à nouveau la question car mon essai est terminé (sauf la révision linguistique) et mon roman pourrait se tenir debout d’ici un an et demi, du moins suffisamment pour qu’un ami en fasse la révision et le parachève. Alors, pourquoi une cure si difficile, j’aurai le temps de finir avant que le cancer m’emporte !

L’ultime réponse, c’est mon amour insurmontable pour mon épouse Marie-Hélène. Égoïstement, je ne veux pas la quitter, altruistement, je ne peux pas la quitter. Notre ferme Sageterre exige encore beaucoup trop pour la laisser seule avec tout ce poids. Je me sentirais lâche de l’abandonner à ce moment-ci. Il me faut tenir encore une dizaine d’années, le temps que « l’enfant » Sageterre devienne autonome. Donc, je vis…

Et voilà que j’ai l’impression d’imposer à Marie le poids de ma vie difficile. Surtout qu’il me faut de l’aide, il y a trop à faire, pour la soupe Hippocrate, les jus frais, les nombreuses commissions, et les téléphones, et les démarches pour ceci et cela. Pourtant, j’ai l’impression qu’elle a besoin de moi !

Vieillir constitue un immense défi. Vieillir seul, je n’ose même pas y penser. Vieillir à deux est aussi un très grand défi, surtout lorsqu’un des deux se retrouve sous une épée de Damoclès pour une longue période, comme s’il voulait quitter le bateau avant d’arriver au port.

Lorsqu’on est aimé, mourir avant l’autre, c’est enfoncer un poignard dans le cœur de la personne qui nous aime. Lorsqu’on aime, c’est s’enfoncer le poignard dans sa propre poitrine. Mourir apparaît comme un manque de loyauté, une cassure de contrat. On a l’impression d’avoir besoin de la permission de l’autre. Ce n’est plus un choix individuel, mais un choix de couple. C’est pourquoi, dès le début, nous avons décidé ensemble de ne rien nous cacher de nos états de santé.

Vieillir à deux, c’est perdre des capacités devant l’autre et ne pas pouvoir les cacher. Nous sommes comme deux vieux chevaux attelés à une tâche commune, ce que l’un n’est plus capable de faire, l’autre est bien obligé de le prendre.

Vieillir, c’est aussi perdre ce qu’aimait l’autre : notre apparence, nos puissances, nos talents, nos capacités, notre mémoire…. À cet égard, nous sommes comme deux bonhommes de neige l’un devant l’autre, et voilà que la chaleur du printemps nous ramollit dangereusement…

La clé est peut-être là, c’est peut-être le printemps et non pas l’automne, oui, le printemps car on a des chaleurs, des sautes d’humeur, des pics de bonheur qui tombent à pic poil au moment le moins inattendu… Le printemps surtout parce qu’enfin on va savoir ce que cachaient le bonhomme et la bonne femme de neige. On n’est pas certain d’aimer fondre devant l’autre. Que restera-t-il lorsque le soleil l’aura emporté sur toutes nos formes et nos facultés ? C’est peut-être là qu’il est utile d’avoir appris à aimer la vérité, cette vérité qui ne laisse que la valeur nue de notre être nu.

Si j’observe avec attention, l’âge ne m’a enlevé que des illusions, rien d’autre, mais beaucoup d’illusions. Et sous l’illusion, il reste le vrai.

À multiples occasions, j’ai heureusement fait l’expérience qu’il reste quelque chose lorsque tout ce qui peut s’en aller s’en va. Mais je n’ai pas fait l’expérience complète du vieillissement, c’est la première fois que je suis vieux pour les autres et pour moi-même.

Ces derniers temps s’est formée dans mon esprit l’idée que la valeur n’est pas une idée, ni un idéal, ni même ce que l’on veut de toute notre âme, cela n’est que la prémisse de la valeur. La valeur, c’est le pouvoir créateur devenue œuvre. J’ai dit que la plante était une valeur, parce qu’elle était possible et que maintenant, elle est là. J’ajoute aujourd’hui que la valeur est ce qui reste lorsque tout ce qui a produit la valeur s’en va comme la neige au soleil. La valeur est donc la plante qui livre la graine.

Vieillir en couple d’amoureux, c’est se laisser dénuder et produire enfin notre graine. Dit autrement, on n’a jamais fait l’amour tant et aussi longtemps que le printemps ne nous a pas tout enlevé pour dégager nos vrais organes de création. Seuls les vieux couples au dernier stade de leur dernier souffle connaissent l’extrémité des plaisirs de l’amour.

S’occuper de la santé de notre mort

Celui qui a reçu le diagnostic de cancer métastasique se retrouve, bien malgré lui, avec deux scénarios : le scénario court (à pareille date l’an prochain, je serai en phase terminale ou déjà parti), le scénario long (miracle, j’ai droit à une autre vie). Évidemment, dans la réalité, tout le monde est toujours devant un scénario court et un scénario long, mais lorsqu’un oncologue sérieux et entouré d’une technologie impressionnante affirme que, dans des cas comme le tien, 75% des gens meurent avant cinq ans et 25% survivent, malgré toi, ton cerveau débute un processus d’adaptation au pire en espérant le meilleur. Le cerveau se trouve devant un jeu de roulette russe où le barillet de l’arme dispose de quatre emplacements dont trois sont chargés d’une balle. Il avale sa salive !

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C’est en arrière fond, mais c’est là. Par exemple, en revêtant mon manteau vieux de quinze ans, je me suis surpris à entendre ce dialogue intérieur : « Bon ! va falloir en acheter un. » Et l’autre de répondre : « Ça ne vaut pas la peine, il peut encore durer deux hivers ! »

Je pourrais bien faire taire le fauteur de troubles, en me culpabilisant : « Arrête de penser comme ça, ce n’est pas bon pour ta santé ! » Mais refouler ses peurs est encore pire. Ensuite, l’adaptation, même à la mort, est un processus qui demande du temps et de la préparation. Troisièmement, lorsqu’on est confortable avec le supposément pire, on est un peu plus prêt à supporter le supposément meilleur. Quatrièmement, lorsqu’on est prêt pour une échéance courte, c’est cela d’acquis, car de toute façon, on va tous y passer. Donc, je pense à la mort pour mieux vivre, même si, à tous les jours, je travaille à ma santé. En réalité, je ne pense pas à la mort, car pour penser à quelque chose il faut quelque chose, or le mort n’est encore pour moi qu’une idée. Je ne pense donc pas à la mort, mais je me prépare à l’inconnu. Mais en réalité, j’ai toujours vécu dans l’inconnu, je n’ai connu que l’inconnu, qui connaît l’arbre en face de sa fenêtre ! Or j’ai aimé l’inconnu que j’ai connu, aussi je m’apprête à aimer l’inconnu que je ne connais pas encore.

La santé est une valeur, son plus grand fruit est sans doute un heureux envol. Mais comment se préparer à un tel envol ? Comment le poussin dans l’œuf se prépare-t-il à briser son œuf ? En développant toutes ses forces autonomes. Et pourtant, il développe toutes ses forces autonomes en utilisant les substances de l’œuf. Se « pré-parer » ne consiste surtout pas à tenter de sauter les étapes. Il s’agit simplement de « se parer pour », comme dans l’expression « se parer pour un mariage », et encore plus sûrement de se « parer à » comme dans l’expression « se parer à l’abordage », et encore plus précisément, il s’agit de « se parer sur son cheval » comme un cavalier immédiatement avant un saut, se place en bonne position. En langage de cavalerie, « se parer » consiste à prendre appui sur les hanches du cheval pour sauter sans déstabiliser sa monture.

Mon psychisme se prépare naturellement au dernier saut, le plus haut, et peut-être celui qui exige la meilleure technique de transfert de poids. Curieusement, il ne faut pas s’avancer sur le cheval, il ne faut surtout pas se mettre à flotter sur notre monture, tout le contraire, il faut se caler solidement sur la structure la plus puissante du cheval : ses hanches directement connectées sur ses puissantes jambes arrière qui donneront l’impulsion finale. C’est cela que je veux dire par s’appuyer sur la santé pour bondir et abandonner son dernier souffle. Entrer dans son corps pour mieux en sortir. Je crois même qu’il ne faut pas tant abandonner son dernier souffle que le donner.

Alors évidemment, le poussin enfermé dans son œuf ne peut qu’utiliser la substance de l’œuf pour trouver la puissance d’en sortir, mais il dispose d’une autre sorte d’énergie. Tout le long de sa vie dans l’œuf, il a été couvé, il a senti la chaleur de sa maman poule (surtout lorsqu’elle revenait après s’être éloignée). Cette présence mystérieuse, même s’il ne la connaît pas, même s’il ne l’a jamais rencontrée, il l’a sentie. Il s’est psychiquement préparé à sortir en se nourrissant de ce sentiment de présence. On dit qu’un fœtus se prépare au plus grand acte de confiance qu’il devra faire un jour, se blottir contre un sein moelleux, et téter la substantifique liqueur de sa maman. Pour cela, il s’est préparé en écoutant les fredonnements (pas forcément harmonieux) de celle qui le portait.

Si je suis attentif à ce qui se passe, je sens mon psychisme accomplir cette préparation, et je décide de ne pas rire de lui, mais de le laisser à son travail.

Combattre le mal

Depuis l’antiquité, les cultures du Moyen-Orient et de l’Occident se sont concentrées sur « chasser le mal » pour obtenir le « bien », jeter les lanceurs d’alerte pour retrouver la paix. Qu’est-ce que la pureté ? L’absence d’éléments étrangers. Qu’est-ce que la foi ? L’absence de doute. Qu’est-ce que la science ? L’absence de foi. Qu’est-ce que la sainteté ? L’absence de péché. Qu’est-ce que la laïcité ? L’absence de religion. Qu’est-ce que la jeunesse ? L’absence de vieillesse…

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De même, la santé serait l’absence de maladie. Au Moyen Âge, on faisait des cataplasmes d’arsenic sur les tumeurs cancéreuses palpables. Empoisonner pour guérir.  Pour ralentir le vieillissement, on pense aujourd’hui empoisonner les cellules sénescentes (vieilles cellules). Beaucoup de nos médicaments sont là pour éradiquer le mal. On les considère comme des armes dans une lutte à mort contre la maladie.

Est-ce la bonne stratégie ou une habitude culturelle qui nous mène tout droit à la catastrophe ?

Et si la santé était une valeur !

Qu’est-ce qu’une valeur ? C’est quelque chose qui s’ajoute, une force créatrice qui avance en utilisant des milliers de contraintes pour faire son chemin. La valeur est de l’être ajouté. Il y a un petit grouillement d’être, une valeur arrive et travaille, et il y a maintenant une organisation de l’être. Il y a une toile vierge qui traîne dans l’atelier, un peintre arrive, il y a maintenant une peinture exposée à la galerie d’art. Il y a un sans-abri rejeté, une personne s’approche, le sans-abri se lève d’espoir. Ce sont des valeurs, des actes créateurs qui font que là où il n’y avait rien, il y a maintenant réellement quelque chose de plus qui s’est embarqué dans l’évolution.

Il ne suffit pas d’enlever toutes les mauvaises herbes pour faire un jardin. Un jardin est potentiel dans la nature, ensuite il faut participer à ce potentiel en aidant à la sélection des graines sans réduire la diversité, en diminuant les prédateurs par l’équilibre entre les insectes… Un jardin est une entreprise de collaboration, une co-création, une œuvre de participation. C’est donc une valeur. Pour arriver au développement de cette valeur, on doit utiliser chaque maladie, chaque déséquilibre, comme un moment d’apprentissage en vue de faire évoluer la totalité de l’écosystème.

Je pense personnellement que la santé est une valeur. Il se pourrait que le fruit principal de la valeur « santé » soit le développement d’une âme de plus en plus capable de voler au-dessus du nid. La plus belle mort possible serait donc l’envol produit par la santé poussée à ses limites. La mort serait donc un acte de santé lorsqu’elle serait la vie poussée à ses limites et qui, dans un bond, dépasse ses limites. Il s’agit alors d’un accouchement, d’un lancement, d’un élargissement, d’une fruition. C’est pourquoi l’aboutissement ultime de la pleine santé serait la libération de l’âme, la « mort » saine serait une des valeurs les plus importantes d’une société saine.

La maladie: moteur de la santé

Les oncologues me tiennent pour un condamné en sursis. Ils vont me « scanner » pour voir quand réapparaîtra la bête. Ils ont bien raison. Mais indépendamment de leur « pronostic », je me porte très bien, je me suis remis au jogging (à peine 2 kilomètres pour le moment) et au rameur. J’ai toute ma concentration. J’ai repris mon enseignement à l’université et mon agenda de conférences. Je suis en santé autant qu’on peut l’être, et je fais tout pour l’être grâce à une cure globale dont j’ai déjà parlé (ouf ! c’est assez exigeant, merci !) D’ailleurs, je compte sur la santé pour combattre le cancer (s’il y a encore cancer), et je compte aussi sur les cellules cancéreuses pour stimuler ma santé (comme elles le font naturellement) en autant qu’elles ne dépassent pas mes capacités immunitaires à les éliminer.

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Aucun organisme biologique ne pourrait être actuellement en santé si la maladie ne l’avait pas talonné durant toute son évolution, et c’est vrai pour toute l’évolution biologique sur terre. Sauf pour de rares espèces, le cancer a toujours existé chez les eucaryotes, c’est-à-dire les êtres vivants qui ont plusieurs cellules qui se multiplient et se spécialisent. Les types de cancers qui apparaissent surtout après soixante ans seraient dus à l’accumulation d’anomalies génétiques au cours des divisions. Lorsque les chromosomes se séparent pour former deux cellules, il se glissent de petites anomalies, ce qui est nécessaire à l’évolution. En réaction, la nature a prévu un grand nombre de systèmes de vérifications et de réparations. Les biologistes nous disent que nous guérissons de plusieurs milliers de cancers par jour, mais le nombre augmente avec le vieillissement et, un jour, le corps est débordé.

Évidemment, le fait d’être devenu des organismes très complexes augmente les risques associés aux mutations. En revanche, il ne faut pas une seule mutation, mais entre cinq et dix mutations dans une même cellule pour qu’elle devienne cancéreuse.

De même que les maladies bactériennes et virales nous aident à perfectionner nos anticorps et donc à mieux nous adapter aux agressions actuelles et futures, le cancer nous prévient (du verbe pré-venir) contre les dangers « d’évolutions anarchiques ». C’est un facteur de santé qui explose et nous déborde lorsque l’évolution extérieure (les changements environnementaux) va beaucoup trop vite par rapport à l’évolution intérieure (puissance d’adaptation des individus). Mais pire, il y a parfois « dévolution », c’est-à-dire évolution de moyens qui détruisent l’évolution naturelle de la vie. L’évolution va toujours dans la direction de la diversité, de la complexité et de l’équilibre des écosystèmes, la dévolution réduit la diversité, remplace la complexité par la complication et démolit l’équilibre des écosystèmes.

Il se pourrait que le cancer soit non seulement nécessaire à la santé évolutive des cellules, mais aussi à la santé évolutive de nos sociétés. Ce n’est peut-être pas que nos sociétés évoluent trop vite, mais trop mal, c’est-à-dire sans fil conducteur, ou même, en lâchant le fil conducteur qu’est la vie elle-même et en s’enlisant dans une dévolution dramatique. L’augmentation des cas de cancers va de pair avec l’augmentation du vieillissement de la population, mais nous arrivons à un carrefour où ils augmentent plus vite que le vieillissement et se propagent à des populations qui n’en souffraient que très peu. Le cancer nous prévient qu’il faut collectivement s’ajuster, nos corps individuels n’arrivent plus à s’adapter à la dévolution.

Imaginez alors ce qui arriverait si notre seul réflexe vis-à-vis du cancer serait de vouloir l’éradiquer sans réfléchir aux exigences d’adaptation qu’il demande ! Ce serait comme jeter le détecteur de fumée par la fenêtre et se rendormir, alors que son hurlement voulait nous sauver la vie.

Affronter le cancer en pleine santé: La valeur d’une âme humaine

Vous n’avez probablement pas vu ce film estonien, de Martti Helde, intitulé La croisée des vents(Crosswind). À mon sens, une grande œuvre. Le 14 juin 1941, les Estoniens considérés patriotes sont envoyés en Sibérie par Staline pour des travaux forcés. Durant 15 ans, Erna écrira à son mari dont elle est sans nouvelle. Elle espère seulement qu’il pourra lire ses lettres un jour. Le traitement du film est pour le moins inhabituel, que des photos de reconstitutions en noir et blanc, seul un détail, parfois, bouge (une ride sur le visage d’un figurant, un foulard, un œil). Grâce à de très lents travelings, une ciné-caméra nous fait entrer dans ces grandes photos tridimensionnalisées. Nous ne sommes donc pas embarqués dans le mouvement, nous sommes plutôt comme un fantôme qui visite la mémoire figée d’un être humain, cela donne au texte, qui n’est qu’une lecture des lettres d’Erna, une puissance extraordinaire. Nous participons à la vie d’Erna d’âme à âme, comme dans la lecture, plutôt que corps à corps, comme dans le cinéma.

La croisée des vents

Photo annonce du film : « La croisée des vents »

Erna n’a rien de romantique. Ses lettres sont loin d’être des épanchements mélodramatiques. L’amour dont elle fait preuve est pudique et contenu. Mais toujours, on voit qu’elle atténue la dureté de ce qui se passe pour épargner son mari. La vie, tout simplement, l’écrase, la dépouille absolument de tout, la jetant à la merci de tous les petits chefs de camps. Elle n’accomplit rien d’héroïque. Elle compose du mieux qu’elle peut avec les circonstances afin de survivre et de trouver, ici et là, des miettes de beauté, de solidarité, d’humanité pour faire un pas de plus sur le pont étroit de son existence objectivement insoutenable.

À la fin, on se dit : « Peut-il y avoir en ce monde une femme plus belle, plus humaine, plus digne ! Le ciel et la terre n’auraient produit que cette femme que cela valait tout ce décor démesuré d’étoiles, de solitude et de montagnes. » Mais ce n’est pas le ciel et la terre qui ont produit cette âme, c’est elle, en s’adaptant, en continuant, en espérant, en aimant, et elle l’a fait avec des matériaux presque toujours inhumains. Il y a donc dans l’être humain une capacité d’humanité complètement ahurissante. C’est sans doute une des missions de la littérature de nous rappeler qu’une personne, parfois, se forme dans l’œuf de son histoire.

Échapper à son histoire constitue un idéal très étrange, parce que justement, si on en fait un idéal, on risque de manquer le bateau, parce que c’est avec tout ce que l’on est, tout ce que l’on n’est pas et tout ce qui nous advient qu’on fait tout ce qui s’échappe. Et cela comprend nos mesquineries, nos peurs, nos retranchements, nos défaillances, nos défaites, nos abandons temporaires, mais pas d’abdication totale et définitive. Un fil de continuité subsiste. Il ne faut pas croire non plus que l’espoir consiste à dénier le désespoir, au contraire, c’est souvent en s’assoyant désespéré devant une situation désespérée que sourd du désespoir assumé ce qui nous permettra d’entrevoir et de ressentir ce fil de continuité. En bout de piste, « avoir traversé » nous surprendra nous-mêmes comme si quelque chose qui n’était pas là avait pris racine et s’était fait une place.

Cette preuve de la possibilité de l’âme humaine n’est pas une preuve mais une expérience, sinon, ce ne serait qu’une croyance ou une incroyance. Aussi je pense que l’être humain fuit toutes les difficultés avec raison, mais voudrait en avoir traversé quelques-unes avec dignité.

Dans Le Pavillon des cancéreux, Alexandre Soljenitsyne, nous fait voir, pèle mêle la naissance de quelques âmes contre l’embaumement de quelques autres. Je voudrais continuer mon blogue sur le puissance du cancer à stimuler les ressorts de l’âme.

Affronter le cancer en plein santé… intérieure: Le mystère de la condition humaine

J’étais sur le traversier de Lévis à Québec, et soudain, en bougeant mes doigts dans le froid, j’ai réalisé que je n’avais aucune idée de comment ça fonctionne. Ça fait soixante-et-neuf ans que je suis dans ce corps, et je ne sais pas comment ça marche. Je me coupe le doigt, je vois du sang, les lèvres de la coupure, des drôles d’aspérités dans la chair, je n’y connais rien, la coupure va se recoller, et je ne sais même pas comment ça marche. Tout à coup, je me perçois dans un corps étranger qui, en principe, serait moi… Je ne sais pas si cela vous est déjà arrivé, mais c’est assez inconfortable.

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Fusain de Pierre Lussier

La condition humaine est vraiment très étrange, nous naissons dans un corps, nous vivons dedans, nous sommes tellement un avec lui que nous sommes toujours pris entre deux manières de le percevoir :

  • soit le prendre pour notre « tout » matériel complètement déterminé comme on suppose que le sont toutes les choses matérielles ;
  • soit pour notre ancrage dans les merveilles du monde autour de notre noyau identitaire qui peut, lui, atteindre une autonomie suffisante pour prendre son envol (une âme).

Notre corps, nous ne savons même pas si nous en sommes le prisonnier absolu, ou si nous pouvons faire quelque chose pour prendre notre liberté avec lui ou, peut-être, sans lui. Le seul moyen de le savoir, ce n’est pas de tergiverser sur notre liberté, c’est de l’exercer.

Notre identité est ainsi faite, nous ne sommes pas une chose. Si tel était le cas, il faudrait d’abord se connaître et ensuite nous pourrions voir ce qu’on peut faire avec cette chose. Dans le cas « humain », nous sommes condamnés à faire le contraire, à passer à l’action pour connaître les dimensions de notre liberté, les utiliser, et ainsi faire l’être en le devenant.

Donc, notre ignorance de nous-mêmes n’est pas une erreur du fabriquant qui ne nous a pas laissé un bon manuel d’utilisation, notre ignorance est la première chose qui nous met sur la piste de l’action créatrice. Agir avant de savoir est notre condition, plonger avant de connaître le résultat est notre situation, et en même temps, c’est la définition précise d’un acte de foi.

Mon corps, non seulement m’est étranger du point de vue de la connaissance, bien plus que cela, il suffit d’étudier un peu de biologie pour réaliser que je ne dispose pas d’une intelligence suffisante pour en comprendre tous les « mécanismes » qui sont d’ailleurs si complexes qu’on ne peut pas les appeler mécanismes sans avoir déjà gravement travesti leur complexité qui fonctionne comme une unité. Si j’étudiais toute ma vie l’anatomie et la physiologie, la chimie moléculaire et cellulaire, le fonctionnement des cellules, des bactéries et des virus, le système digestif, et tous les autres systèmes, on me dirait savant, mais je serais encore très loin de comprendre comment un spaghetti sauce tomate peut se transformer en neurones ou en battements de cœur. La vie réussit l’exploit de me tenir en vie et je ne sais pas comment.

Mon ordinateur portable non plus, je ne sais pas comment il fonctionne, mais je sais qu’il y a des personnes qui le savent puisque ce sont des personnes qui l’ont construit. Dans mon cas, lorsque mon corps se détraque, je vais voir un médecin, un chirurgien, un oncologue, un expert et je les vois tâtonner. Pour seul exemple, l’oncologue spécialisé d’un hôpital universitaire ne peut pas répondre à cette simple question : comment mon cancer est-il arrivé ? C’est une question importante, car il veut tout détruire mes cellules cancéreuses pour me mettre dans l’état où justement j’étais avant d’avoir le cancer, et pourtant, avant d’avoir le cancer, je n’avais pas le cancer, mais je l’ai eu quand même. Alors comment ? Car justement je voudrais éviter que cela se reproduise. Mais il ne sait pas. C’est pourtant la raison pour laquelle la chimio qu’il me propose diminue à peine mes risques de rechute.

C’est normal qu’il ne sache pas, ce n’est pas nous qui avons fait cette « machine » qui n’est pas une machine. Mais je suis quand même dans ce corps que personne ne connaît vraiment parce qu’il a été fait par je ne sais qui ou quoi de bien plus intelligent que nous.

Nous sommes à l’ère où l’on n’aime pas les réponses magiques comme « Dieu ». Je veux bien. Donc, nous utilisons des mots comme nature, vie, évolution, milliards d’années d’évolution… Pour ma part, je ne vois pas comment les mots « milliards d’années d’évolution » sont moins magiques que le mot « Dieu » qui veut dire : la source nommable. Tout le monde est d’accord pour dire que l’évolution est maître de tout, mais personne n’est capable de dire ce qu’est cette évolution, comment elle fonctionne, comment elle arrive à tant de complexité, etc. Bref, c’est un mot magique et même un mot-mystère comme plusieurs autres. Car comment quelque chose qui n’aurait absolument aucune intelligence pourrait-il progresser en intelligence en réalisant un cosmos comme celui dans lequel nous sommes plongés ?  N’est-ce pas au moins aussi mystérieux que l’idée d’une source créatrice en évolution dans sa création, comme par exemple Jean-Sébastien Bach ?

La science post-classique (après Einstein) nous a appris que tout ce qui se passe dans le monde qui nous entoure n’est pas arbitraire, ni chaotique, ni totalement imprévisible, ni totalement incompréhensible, à preuve, la science avance en connaissances. Pourquoi arrive-t-elle à avancer sans arriver à des certitudes complètes et suffisantes ? Peut-être parce que tout suit des lois très précises, des mathématiques qui sont encore au-dessus de nos capacités, une cohérence indéfectible. Bref, le spaghetti que je digère et qui me révèle toute mon ignorance, je sais au moins qu’il répond à une cohérence qui fait que ça marche. Et de plus, je peux accéder par mathématiques et par sciences au b-a-ba d’une compréhension approximative. Je ne sais pas vraiment comment ça marche, mais ça marche, et je peux en apprendre tous les jours sur son fonctionnement.

En étudiant, j’ai même appris que le cosmos est un époustouflant mystère d’une durabilité à n’en plus finir vu que même les galaxies, lorsqu’elles meurent, donnent naissance, même les effrayants trous noirs qui avalent les galaxies de l’intérieur, engendrent des énergies et des informations à une échelle totalement démesurée, et que l’énergie noire (anti-gravitationnelle) joue de l’accordéon avec la gravité.

Disons que cette intelligence cohérente qui va bien au-delà de la nôtre s’appelle « nature évolutive », mon corps est plongé en elle et suit ses lois. Je vis et je meurs par ses lois. Alors pourquoi ai-je dit précédemment (blogue précédent) : « …si Dieu le veut » ? Est-ce simplement pour passer d’un mot-mystère à un autre ?

Non ! parce que je suis plongé tout entier dans la « nature évolutive », cependant, lorsque je vois un arbre, une montagne, un paysage, je me retrouve certes dans un grand inconnu en partie connaissable, mais je goûte l’œuvre. Je ne sais pas comment une grande œuvre musicale opère sur mon corps, mais elle met mon âme dans un état particulier. Cet état, je le retrouve aussi devant des épinettes qui se dressent dans la neige devant ma fenêtre.

Bref mon corps et toute la « nature » sont, non seulement des œuvres d’intelligence, mais aussi des œuvres d’art. Et pour moi, cela veut dire que l’intelligence de la nature est infiltrée d’un Artiste qui peut me rejoindre au cœur. Et c’est à lui que je dis : « Si Dieu le veut ». Lui, il est sensible.

La nature elle, que je pleure, ou que je crie, que je m’arrache les cheveux ou me résigne, elle suivra ses lois, et c’est très bien ainsi. Alors, je ne lui parle pas parce qu’elle ne me parle pas. Elle fait son travail, mais elle est infiltrée d’une intelligence artistique qui me rejoint. Elle est infiltrée d’une intelligence qui aime une beauté qui me rejoint, une intelligence certes démesurée par rapport à la mienne, mais parente avec moi du point de vue artistique, dans le cœur à cœur. Et si je suis entre les mains de la nature comme quelqu’un qui n’y peut rien, je suis entre les mains de l’Artiste comme quelqu’un qui résonne à sa beauté.

L’Artiste est mon familier, nous appartenons à la même famille, car nous résonnons à la même musique, aux mêmes couleurs, aux mêmes formes mouvantes et évoluantes.

Par mon corps, je participe de la nature évoluante et je suis ses lois, mais par mon noyau sensible à la beauté (âme), je participe à sa créativité artistique. Par l’un, je subis et j’ignore ; par l’autre, je résonne, j’agis, j’apprends, je crée, je participe librement à sa créativité.

Dans la sensibilité de mon noyau intérieur, je lui dis : « Comme je ne sais pas trop qui je suis, où je suis et où je vais, guide-moi. » Je le dis sachant qu’il ne m’enlèvera jamais un seul millimètre de liberté et qu’il ne me sortira pas de mon immersion dans la « nature évoluante », il n’agira jamais comme un maître tient en laisse un âne, mais comme une lumière qui éclaire mon chemin.

Et c’est cela que je veux, qu’il m’éclaire et me soutienne, mais me laisse devenir tout ce que je peux être. Ce qu’il veut est ce que je veux au plus profond de moi : mon envol. Alors, que ma volonté soit ta volonté et je suis déjà en vol.

Affronter le cancer en pleine santé… intérieure: le choix de vivre

Il ne suffit pas de dire non à la chimiothérapie. Le cancer est une altération des processus de communication qui isole certaines cellules qui deviennent alors anarchiques et se reproduisent n’importe comment. Normalement, il y a des oncogènes (protéines qui stimulent la division cellulaire) qui disent aux cellules d’une région : « Reproduisez-vous ». Par exemple, si nous avons été fortement écorché et qu’une blessure vive a besoin de peau pour se refermer, alors les oncogènes donnent l’ordre de la reproduction pour remplir le vide, mais les anti-oncogènes (protéines inhibitrices de la division cellulaires) devront arrêter le processus au bon moment, sinon, ce ne serait plus une cicatrisation, mais la formation d’une tumeur.

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D’autre part, les mitochondries (petites usines énergétiques dans la cellule) qui utilisent une pompe à transfert potassium-sodium peuvent devenir dysfonctionnelles. Alors qu’elles « brûlent » normalement des sucres par combinaison avec l’oxygène, sur commande, elles peuvent aussi produire des synthèses favorables à la division. Lorsqu’elles sont dysfonctionnelles, elles se mettent à favoriser la division cellulaire, et donc la production des tumeurs.

Le prix Nobel de médecine, Luc Montagnier, le dr. Schwartz et plusieurs autres étudient la fonction des mitochondries dans les cancers de vieillissement comme le cancer colorectal, par exemple. Il y a assez longtemps, on avait constaté que si on introduisait des mitochondries d’une cellule cancéreuse dans une cellule saine, la cellule saine devenait cancéreuse. Par contre, si l’on remplaçait le noyau d’une cellule cancéreuse par un noyau sain, la cellule restait cancéreuse. D’où l’importance des mitochondries dans certains cancers qui en font des maladies du métabolisme. C’est mon cas.

Ces recherches n’ont pas encore abouti à des traitements homologués. Cependant, elles confirment l’importance d’une alimentation très faible en sucre mais aussi très réduite en quantité. On suggère aussi deux enzymes extraits de plante qui sont vendus dans les magasins de produits naturels : l’acide alpha-lipoïque (extrait de pépin de raisins) et l’hydroxycitrate (extrait de Garcinia cambogia). Attention, il faut suivre les doses recommandées.

Les processus du cancer sont extrêmement complexes autant que la biologie cellulaire et les communications entre cellules et avec tout le corps dans son entier, et là, mon diagnostic est formel, quelque chose dans mon corps est désorganisé, du moins partiellement. Je dois faire quelque chose pour terminer mon œuvre sur terre, si Dieu le veut. Je reviendrai plus tard sur ce bout de phrase complètement anti-révolution tranquille : « si Dieu le veut », car je ne le comprends pas comme les « croyants » que je rencontre ni comme les « incroyants » qui m’évitent (deux étiquettes pour catégoriser des systèmes de préjugés).

Je veux bien guérir, mais il n’existe pas pour le moment de remèdes ou de thérapies scientifiques qui guérissent, la biologie du cancer n’est pas assez bien comprise. Un vrai traitement rétablirait l’information juste, il serait efficace à un niveau très élevé comme certains vaccins ciblés ou certains antibiotiques spécifiques. Le dernier oncologue que j’ai rencontré, très honnête et sympathique par ailleurs, me disait que statistiquement les personnes qui avaient un cancer similaire au mien avaient une chance sur quatre (1/4) environ de survivre plus de 5 ans, et avec la chimiothérapie, ils ont une chance virgule quatre sur quatre (1,4/4) de survivre. C’est dire jusqu’à quel point il n’y a pas actuellement de thérapies scientifiques efficaces contre ces types de cancer, et vraisemblablement nous en sommes assez loin car, premièrement, il y a énormément d’inconnus et, d’autre part, les fonds de recherche sont très fortement accaparés par l’industrie pharmacologique dans la répétition de ce qui ne marche pas, mais coûte très cher.

En attendant, que faire ?

Pendant 68 ans, mon système immunitaire réussissait à se débarrasser des cellules cancéreuses qui apparaissaient ici et là à cause de toutes sortes de petites déficiences dans les communications et l’usure des mitochondries. Et puis, il a été débordé pour des raisons encore inconnues : un virus, un polluant de l’environnement, un produit chimique, un médicament, une déficience héréditaire, un choc émotif, une vie qui va trop vite… Une combinaison de deux cents facteurs ! Impossible de savoir.

Dans ce cas, je ne trouve pas d’autres pistes possibles que de miser pour le maximum de santé pour moi et mon système immunitaire tout en défavorisant le cancer.

Certains cancérologues, médecins, ou naturopathes, à défaut de thérapies scientifiques achevées et patentées, ont expérimenté toutes sortes de cures. J’ai choisi, pour base, la cure qui avait la plus longue expérience, car il faut beaucoup de temps pour trouver empiriquement ce qui soutient le mieux le système immunitaire en nuisant le plus possible à la prolifération des cellules cancéreuses.

Les principes de cette thérapie naturelle et empiriques sont simples :

  1. soulager le système immunitaire en évitant toutes les agressions prévisibles (habitudes de vie et habitudes alimentaires hypotoxique)  ;
  2. renforcer ce système immunitaire par des vitamines et des enzymes bien équilibrées (par alimentation plutôt que par capsules) ;
  3. s’assurer de l’équilibre sodium-potassium ;
  4. augmenter les aliments très faciles à métaboliser correctement et diminuer, voire éliminer les aliments difficiles à métaboliser et ce, sans engendrer des déséquilibres physiologiques, ou vitaminiques ou enzymatiques ;
  5. soutenir l’équilibre métabolique en facilitant l’évacuation des déchets ;
  6. rehausser tous les facteurs de santé physique et mentale, exercices physiques, relaxation, méditation…

Cela suppose, entre autres, des analyses de sang et d’urine très élaborées et un suivi précis.

Cela ne veut pas dire que cette cure soit parfaite, et sans critique. Rien de miraculeux, elle n’est pas en mesure de « reprogrammer » les oncogènes et les anti-oncogènes, ni les mitochondries. Lorsque nous sommes affectés par une maladie infectieuse qui n’a ni vaccin spécifique ni antibiotique appropriée, on n’a pas le choix. On aidera le corps à trouver sa solution par lui-même à l’aide de tous nos efforts pour lui donner les moyens de santé nécessaires…

C’est une cure, très exigeante pour les deux premières années et surtout pour les premiers six mois, presque une tâche à temps complet, mais dès le départ, au moins, on se sent plus en santé, plein d’énergie, avec une bonne concentration mentale, c’est déjà cela de pris. Et deuxième avantage, elle nous impose presque une vie monastique, ce que j’aime bien. J’ai beaucoup de temps pour méditer, écrire, réfléchir, et si j’ai à mourir, je mourrai au maximum de ma santé !

Il s’agit de la cure Gerson modifiée, version personnelle, car, avec l’aide d’une naturopathe d’expérience, de conseils d’amis, d’études personnelles, je l’ai adaptée à ce que je crois être le mieux pour moi. Depuis ma naissance, comme tout le monde, je suis mon propre cobaye, aussi bien l’assumer jusqu’au bout.

J’ai bien l’intention de tirer parti de la situation, de me tenir à la pointe de ma conscience et de mener ma vie sur l’arête du plus grand bonheur souhaitable dans la plus grande lucidité possible. C’est de cela que j’aimerais surtout parler dans mes prochains blogues. Car le cancer comme toutes maladies qui jouent avec la mort constitue une très bonne piste pour un nouveau départ.

Affronter le cancer en pleine santé… intérieure: Le choix de ne pas se soumettre

Tous nos choix sont à la fois un « non » à quelque chose et un « oui » à autre chose. Aujourd’hui, je vais parler du « non ». La semaine prochaine du « oui ». Mais je vais surtout parler de la signification du choix.

2019-01-22 07.55.07

J’ai rencontré une oncologue du Centre hospitalier de ma région. Quelques heures après la rencontre, pour supporter le choc, je me suis imaginé que mon grand-père, Patrick Bédard, s’était présenté à ma place. J’imaginais ses réparties à travers ce que l’oncologue m’avait réellement dit.

L’onco  — Bonjour monsieur Patrick Bédard. Date de naissance ?

Il hésita un instant, commença à raconter les circonstances. La dame s’impatienta. Il lança la date.

L’onco — Vous voulez sans doute connaître votre pronostic ? (Elle enchaîne immédiatement, elle est visiblement pressée) Sans chimio, vous avez 5% de chance de survie sur 5 ans, avec une chimio, 25%…

Patrick — Pardon madame, mais comment faites-vous pour savoir que je ne mourrai pas, demain, d’un accident, et si je survis, c’est peut-être pour mon malheur, qui sait ! Je pourrais brûler vif dans ma maison en feu la cinquième année. Et si le bon Dieu m’appelle parce qu’il a un urgent besoin de moi et que je lui refuse… Est-ce vraiment honnête ce que vous faites ?

L’onco – Ben ! voyons, monsieur Patrick, ce n’est pas de cela que je parle. Je voulais juste dire que sur un groupe de 100 personnes qui ont eu un diagnostic semblable au vôtre, 95% sont morts avant 5 ans.

Patrick – En quoi cela me concerne ?

L’onco – C’est évident. Avec la chimiothérapie vous multipliez par cinq vos chances de vivre plus longtemps. Vous avez de belles années devant vous.

Patrick – Bon ! vous m’excuserez madame, mais je crois que vous ne savez pas ce que vous dites.

Et il serait sorti sereinement du bureau en se disant : « Ils sont fous ces onco ».

Mon grand-père n’appartenait pas à une génération qui s’imagine plongée dans un roman à choix multiples et qui, à cause de cela, peut facilement tomber dans le piège des statistiques passées appliquées au futur individuel. Il n’aurait jamais accepté qu’on lui refile un simulacre de choix de vie ou de mort, qui dans son esprit, appartient à Dieu. Il n’aurait pas accepté ce poids, cette responsabilité qui va bien au-delà de nos faibles connaissances et de nos faibles pouvoirs. Mon grand-père a été draveur, vivre sur la corde raide c’était son quotidien, il ne portait pas chacun de ses choix comme s’il avait le pouvoir de vie ou de mort sur lui-même.

Mais je ne suis pas mon grand-père, et j’avoue que j’ai été très déstabilisé par la docteure si sûre d’elle dans son bureau glacé. Plus certaine que l’oracle de Delphes, elle m’annonçait ma mort prochaine à moins que je prenne sa potion magique qui me mènerait dans un labyrinthe où j’aurais une chance sur quatre d’en sortir vivant. Et elle a parlé sans rire, sans hésiter, sans même offrir ses sincères condoléances. Mon épouse était là. C’était la première fois que je lui demandais de m’accompagner dans une rencontre du genre. Je l’ai regretté. Sans tout l’appareil institutionnel, jamais une femme normalement sensée n’aurait pu agir avec si peu d’humanité, mais elle ne se rendait compte de rien, trop habitué a manipuler un langage que son entourage trouve tout à fait normal.

J’avais ma liste de questions chiffonnée dans ma main. Elle m’a parlé des effets secondaires incommodants de la chimio… Je n’ai pas posé de question. Nous sommes sortis, vous pouvez imaginer dans quel état ! J’appartiens à l’espèce humaine, et même une vache qu’on pousse dans le corridor de l’abattoir stresse, et sans médicament, certaines meurent avant d’être tuées…

Après avoir marché jusqu’à l’auto, j’ai demandé à mon épouse :

— Est-ce moral ? A-t-on le droit de faire cela ?

Elle est restée silencieuse, comme absorbée dans trop de choses déchirantes.

Arrivé à la maison, j’ai voulu vérifier au moins la véracité des dires de la dame. J’avais eu le réflexe de lui demander d’où elle tenait de tels chiffres ? Je suis allé sur le site américain en question <cancer.gov>. Je n’ai pas trouvé les chiffres mais au contraire, un texte recommandant de demander d’abord au patient s’il voulait réellement connaître son pronostic, et ensuite, lui expliquer d’où viennent les statistiques et qu’elles ne constituent en aucun cas un pronostic personnel. J’ai cherché des études statistiques sérieuses sur le cancer. J’ai trouvé une étude sur les données américaines, européennes et françaises, et selon les types de classement, « mon espérance de vie » venait tout à coup de se multiplier considérablement. Lorsque j’ai rencontré quelques jours plus tard ma chirurgienne, elle me dit que l’oncologue s’était trompée de beaucoup, j’avais une espérance de survie d’environ 40% sur cinq ans, mais elle ne savait pas si ce chiffre tenait compte de la chimiothérapie. Elle voulait que je rencontre un autre oncologue, mais cette fois d’un centre universitaire.

Étonnant tout de même cette cacophonie de spécialistes très savants ! Ensuite, une recherche à propos des « effets secondaires », principalement sur le site officiel de <cancer.ca> m’a complètement soufflé, surtout si on va fouiller du côté des poisons utilisés (SFU, leucoudrin, oxyliplatine) dans le cas de la chimiothérapie qui m’était proposé. En réalité, il ne s’agit pas du tout d’effets secondaires, mais de conséquences pathologiques prévisibles dues à des poisons qui détruisent le système immunitaire au risque de mourir d’une infection bénigne (comme la grippe), qui s’attaque au système nerveux au point d’engendrer des douleurs et des séquelles mentales qui peuvent s’avérer permanentes, et qui diffusent bien souvent les cellules cancéreuses au point d’engendrer des cancers secondaires à plus long terme. Et ici, je mets de côté les conséquences plus rares, je ne tiens compte que de ce qui est inhérent aux produits utilisés. Le site, lui, parle de fatigue chronique, de maux de tête, de vomissement, de manque d’appétit, de douleurs aux extrémités, de troubles d’apprentissage et de mémoire, de douleurs nerveuses vives et soudaines, de lymphœdème (enflure), d’ostéoporose, de troubles de la bouche et des dents, de problèmes de vision, de baisse du fonctionnement de la thyroïde et donc de désordres hormonaux, de troubles intestinaux, de troubles cardiaques, de troubles pulmonaires, de cancers secondaires… En disant que mieux on est au courant, plus l’équipe de soins nous aidera à atténuer les effets. Dans mon cas, il s’agit de choix préventif.

Alors comment rester serein ? Premier facteur de guérison.

J’ai pensé à Frédéric Dion qui a traversé l’Antarctique en solitaire, sans ravitaillement ni secours. Imaginez le pronostic ! Sans doute moins de 5% de chance de survie. Croyez-vous qu’il aurait fait seulement dix kilomètres s’il s’était demandé à chaque pas : « Est-ce que j’ai fait le bon choix ? Je n’ai pas une chance sur cent d’en sortir vivant… »

Toute vie est comparable à la traversée de l’Antarctique en solitaire. On a chacun notre Antarctique à traverser. Ce n’est pas toujours aussi difficile, mais c’est certainement toujours et constamment une adaptation à la réalité, donc à la pleine incertitude. Il n’y a jamais de bifurcation du genre : soit que ce chemin mène à une impasse, soit à une issue. Il n’y a pas ce choix, parce que jamais on ne peut reculer, et dire : « Si j’avais choisi l’autre chemin, je serais dans une meilleure posture ». Je ne le saurai jamais, parce que je ne peux pas reculer et prendre cet autre chemin. Je ne connaitrai que le chemin que j’ai pris. Il n’y a pas de « métaposture », d’avion au-dessus de nous pour dire, par là c’est mieux, par là c’est fatal. Et pourtant à chaque pas, on peut choisir, non pas d’avancer, car le temps avance et nous n’avons aucun contrôle sur lui, mais d’aller à gauche ou à droite, et les chemins ne sont pas équivalents, l’un est peut-être plus difficile que l’autre, je ne le saurai jamais, parce qu’on n’a pas une deuxième chance, on ne peut pas essayer l’autre chemin, il n’y a pas une deuxième souris identique qui peut tenter le deuxième chemin. En réalité, malgré notre marge de liberté, il n’y a qu’un chemin, celui que nous prenons, parce que le temps est irréversible. Ce n’est pas que nous sommes déterminés, cela serait trop facile, c’est qu’il n’y a pas de position qui peut savoir d’avance, il n’y a pas la possibilité de vérifier si on s’est trompé, car les autres chemins sont invérifiables. On ne pourra jamais dire, par exemple : « Si j’avais choisi la chimio, je n’agoniserais pas aujourd’hui. » Donc ce n’est pas un choix responsable, mais un choix fortement aveugle, et il n’est peut-être pas moral de me placer devant ce choix comme si j’étais mon propre Dieu. Cette rhétorique me pousse à jouer les apprentis sorciers.

Parce que nous sommes humains et donc imbibés d’ignorance, l’attitude pour réussir la traversée de l’Antarctique, c’est d’utiliser tout ce qui se présente devant soi pour avancer dans la sérénité de celui qui va en grande partie à l’aveugle, sans le regard d’un supposé « qui sait tout ». Cette condition humaine, ou par exemple, on croit choisir d’aller à Paris, mais en fait on va sous terre parce que le vol 388 a fait un « crache » juste en bout de piste, cette condition humaine, j’ai le goût de l’assumer et de vivre dans l’attitude de Frédéric Dion, un pas à la fois, dans ce que je crois être la meilleure direction. Et peu importe les conséquences, je vais faire avec, sans penser que je suis mon propre Dieu et que j’aurais pu sauver ma vie ou la perdre en tournant, ici, à droite plutôt qu’à gauche.

Cette attitude suppose un acte de foi vital : aucune route n’est une impasse, chaque route, quelle qu’elle soit, comporte tout ce qu’il faut pour grandir, avancer, se dépasser.

Mais l’argument qui m’a sorti définitivement de l’ambivalence et de la peur de me tromper, c’est l’intégrité. L’intégrité biologique d’abord. Qu’est-ce que c’est ? Le corps vivant est une intégrité biologique, c’est-à-dire qu’il peut s’auto-conserver, s’auto-entretenir, s’auto-guérir, s’adapter, apprendre, s’inter-relier, il peut aussi mourir selon un processus prévu… Pour réaliser tout cela, il dispose de centaines de systèmes hautement complexes qui s’échangent de l’énergie et de l’information : les systèmes métaboliques, le système immunitaire, le système hormonal, le système lymphatique, le système sanguin, le système respiratoire et tellement d’autres. Chaque système est constitué de circuits de vérification, de rétroactions, de compensation, d’équilibration, de neutralisation, etc. Cela forme un tout biologique que la science ne comprend que très partiellement.

Or la chimiothérapie a pour effet immédiat de briser cette intégrité en mettant en panne entre autres le système immunitaire, et en interférant sur bien d’autres systèmes au point de les rendre inefficients. Par la suite, le système de services médical prend le relais avec son équipe oncologique, les médicaments, etc. Et je ne suis pas preneur de cette substitution, car je ne pense pas que la science soit actuellement compétente pour remplacer l’intégrité biologique, à peine est-elle capable de la soutenir. Par exemple, les vaccins spécifiques donnent de l’information supplémentaire au système immunitaire, ils ne le déconnectent pas.

Je pense aussi que l’intégrité biologique et l’intégrité spirituelle sont intimement reliées. Je crois que la mort, par exemple, est un savoir du corps biologique, elle doit être la plus naturelle possible, suivre son processus sans que l’on brise de l’extérieur sa cohérence, et cela est bon pour la suite de la vie spirituelle. Je pense qu’il est plus facile de garder son intégrité spirituelle dans la meilleure intégrité biologique possible. Je souhaite la mort naturelle, je veux dire selon le processus que le corps connaît et peut suivre aussi bien que le processus de la puberté, de l’accouchement, de la ménopause ou de l’andropause, etc. Et comme je souhaite la mort naturelle, j’opte pour la vie naturelle, c’est-à-dire le renforcement de mon intégrité biologique et non sa rupture.

Affronter le cancer en pleine santé… intérieure: la peur

Il y a peu de temps, j’ai rencontré un adepte des courses ultrafonds (courses plus longues qu’un marathon sur des sentiers naturellement accidentés). C’est en se relevant d’un AVC paralysant, qu’il a appris l’art de dépasser les limites artificielles que l’on s’impose les uns les autres au nom de la normalité. Au départ, on le condamnait à une paralysie partielle mais permanente. Il est devenu coureur et cycliste. Sa stratégie : « Étudier toute la réalité qui est là, ne pas la nier, l’accepter telle quelle, autant la réalité extérieure que la réalité intérieure du corps et de l’esprit, se concentrer sur l’issue, continuer de façon adaptée, et tant que ça continue ça continue, ne pas appréhender, aller de l’avant. »

76 La vague 22,5 x 23 cm

Peinture de Pierre Lussier

C’est ce que je tente de faire dans ma vie où j’en suis à ma soixante-neuvième année de parcours sur un sentier naturellement accidenté. Le meilleur moyen contre l’appréhension et la peur, c’est de ne pas avoir de temps à leur consacrer parce que nous sommes trop occupés à faire face à la réalité immédiate de notre vie intérieure et extérieure.

Je veux prendre mes décisions en fonction des issues et non en fonction de la peur (mauvaise conseillère). Tant que ce n’est pas fini, ce n’est pas fini.

Chacune de mes deux chirurgies comprenait un risque relativement élevé de décès. Dans les deux cas, je me sentais aussi à l’aise avec une route qu’avec l’autre. Honnêtement, je n’ai pas beaucoup peur de la mort, elle-même. Dans ma vision des choses, si la mort était un anéantissement complet de la conscience humaine, le cosmos serait si totalement absurde (c’est-à-dire complètement incompatible avec la conscience), que je me jetterais avec soulagement dans le néant. Cependant, cette hypothèse me parait si contradictoire avec tout ce que je vois et comprends de l’être, que je n’y crois pas. D’un autre côté, je ne crois pas non plus que nous ayons découvert le sens de la vie et du cosmos, je pense même qu’ils poursuivent des finalités qui nous dépassent et que nous pouvons à peine ressentir. Cependant, comme des amateurs de musique, nous pouvons très bien goûter une musique qui dépasse mille fois notre capacité momentanée de compréhension, et cela me suffit pour ouvrir chaque issue qui se présente devant moi avec la curiosité d’un enfant parti à la chasse aux papillons.

Pour ces deux raisons (l’une qui passe par l’absurde et l’autre par l’inspiration), je n’ai pas raisonnablement peur de la mort, ce qui ne m’empêche pas de ressentir la peur animale, une sorte de réaction corporelle devant l’appréhension de la mort. À la ferme, malgré toutes les précautions que nous prenons, il arrive qu’un animal comprenne qu’il va être tué, il entre tout de suite en état de panique, on attend alors qu’il se calme. Ce genre de peur peut toujours surgir dès qu’une image physique de la mort s’impose.

Cependant, le coureur d’ultrafond que j’ai rencontré se concentre tellement sur l’issue qui s’ouvre, qu’il n’imagine jamais un mur que, pour le moment, personne n’a vu (la mort). Tant qu’il n’y a pas de mur absolu, il y a une issue. Voilà une leçon que je souhaite intégrer à ma vie psychique. Si je cours en suivant un ruisseau, je ressens clairement qu’il n’y a pas de mur absolu, car s’il y en avait un, le ruisseau ne coulerait pas. Il coule parce qu’il y a une issue, il part de quelque part et va quelque part. De même la vie coule. On doit remarquer que la croyance dans l’anéantissement est une croyance dans un absolu, et pas n’importe quel absolu, celui du néant. Je préfère l’idée que tout est relatif, même la mort, et que donc, elle constitue une issue dans laquelle certaines réalités passent, d’autres, pas. Évidemment, le relatif absolu est aussi illogique que le néant, mais l’espèce d’absolu qui fonde le relatif n’est certainement pas le néant, il est plutôt la source créatrice elle-même.

Au-delà de la théorie, la pratique de la vie consiste à glisser dans le temps pour se remplir de tout ce qu’il refoule sur nous, heures de roche, heures douces, heures décisives. Prendre tous les matériaux, et se faire une humanité.