Se soigner du cancer sans se faire tuer, Courte présentation

Jean Bédard, Se soigner du cancer sans se faire tuer, Leméac, 2020

Courte présentation

Se soigner du cancer……..       sans se fait tuer, les deux côtés de notre responsabilité vis-à-vis de nous-mêmes : se soigner, le devoir de soin; ne pas se faire tuer, le devoir de protection.

Commençons par le devoir de protection : sans se faire tuer, ce n’est pas pour provoquer, mais alerter.

Le sous-bois

Dessin de Pierre Lussier

Premièrement : je vais dire quelque chose qui pourrait paraître étrange, quand j’ai reçu mon diagnostique de cancer du colon avec métastase au foie, après le choc, une fois apaisé, je me suis senti presque aussi à laisse de décéder du cancer que de vieillir à petit feu.

Décéder du cancer, oui, mais pas être tué par le cancer.

En français, on dit décéder d’une maladie et être tué par un accident. Décéder est un processus; se faire tuer est une rupture soudaine. Une subtilité de la langue qui a pour moi une énorme signification.

On décède suite à un processus suffisant pour voir venir, accepter la métamorphose, donner le fruit de notre vie à ceux qu’on aime et s’abandonner à l’inconnu.

Cela ressemble à un accouchement et à une donation. Se faire tuer, c’est plutôt une césarienne à froid. Si possible, je veux m’en protéger.

Deuxièmement : dès mes premiers pas dans les corridors avec ma jaquette et mon étiquette de « cancer phase 4 », j’ai senti qu’on ne voulait tellement pas que je meure qu’on pouvait prendre des risques élevés. Cela me faisait terriblement peur.

C’est peut-être à cause de mon grand cousin. Tout petit, je n’étais pas une chose. Je prenais l’avion avec mon ami, on partait pour l’Afrique. Le ciel ne nous faisait pas peur. On attaquait des lions. Mais un jour, mon grand cousin est arrivé d’un coup sec, il m’a attrapé, m’a lancé au plafond, m’a rattrapé, m’a relancé jusqu’à ce que je panique. Je hurlais.

Il me transformait en chose. Une chose, on peut l’échapper, on peut le casser.

Si vous avez un grave accident, on vous prend en charge, c’est normal, vous suivez toutes les étapes d’un protocole, on n’a pas le temps de faire autrement. Vite, il faut sauver la vie de cet homme.

Mais je n’ai pas été frappé par une voiture. Je n’étais pas sans connaissance. Je devais rester vigilant. Éviter à tout prix d’être transformé en chose.

Le système de santé n’est pas organisé pour accompagner la transformation ultime et le don du fruit. Voilà, j’ai expliqué mon devoir de vigilance. Cela dit, le devoir le plus grand consiste à me soigner.

Ce livre n’est pas un guide de survie ni l’énoncé d’un expert, pour un médecin, ce livre est l’autre côté du miroir : le cri du cœur d’un être  qui a le devoir de préserver son pouvoir de décider pour lui-même.

Se soigner, pour moi, c’est profiter des moments les plus décisifs de ma vie pour agrandir mon humanité.

Cela est possible à trois conditions :

  1. préserver mon intégrité physique, morale et spirituelle;
  2. ne pas me laisser dérouter vers une finalité qui n’en est pas une : prolonger notre vie sur terre à tout prix;
  3. garder le cap : humaniser ce qui m’arrive et ce qui arrive aux autres.

Tant que nous pouvons humaniser ce qui nous arrive et ce qui arrive aux autres, nous sommes vivants et en santé quelle que soit notre maladie. C’est pourquoi, dans sa préface, la Dr. Nicole Archambault écrit : « La collaboration entre deux êtres (le soignant et le soigné) conscients de leur humanité commune reste la clef du succès ». Se soigner est un travail de collaboration à l’intérieur de liens de confiance pour gagner en santé.

 

Gagner en santé c’est pour le corps être capable de métaboliser l’eau, l’oxygène, la nourriture en actions efficaces. Mais pourquoi? Pour jouir de la beauté, discerner le sens dans le non-sens, rendre le monde meilleur, augmenter en valeur et produire son fruit.

La santé est donc un moyen et une fin. C’est la ligne directrice de ce petit livre. Il parcourt quatre étapes :

  1. Le choc et tout le parcours émotif vers la sérénité qui est sans doute la première condition de santé;
  2. Le choix, car vivre c’est choisir. On ne choisit pas ce qui nous arrive, mais on choisit la manière d’y faire face. Il faut démystifier toute la dramatique du choix : « Fais attention, si tu te trompes, tu peux en mourir… » Sauf qu’on ne saura jamais si on s’est trompé parce qu’on ne saura jamais ce qui se serait réellement passé sur les autres routes. C’est la condition humaine, et elle est si inexorable qu’on doit faire des statistiques pour faire semblant de connaître le résultat de nos choix. Cependant dans tous les cas, sur toutes les routes, on peut devenir meilleur en humanité.
  3. L’ébranlement vers les exigences de la santé. Prendre en main sa santé physique, intellectuelle et spirituelle, c’est toute une aventure. Mais je suis convaincu que rien n’est plus favorable à la santé que le sentiment d’assumer toutes nos responsabilités à cet égard. C’est le plus grand acte d’amour pour soi et pour les autres.
  4. La transformation : la dimension spirituelle de la vie qui consiste à produire son fruit, à le donner et à faire confiance au grand inconnu.

 

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