Douzième et dernier extrait de la conférence de Prigogine, Temps à devenir

« Dans cette conception [où le temps est irréversible puisqu’il implique la complexité, des probabilités, la désorganisation et l’organisation], le futur de l’univers est quelque chose d’essentiellement incertain [tout comme le passé a été incertain]. L’univers commence par une énorme instabilité. Dans le livre de Hawking, on ne nous donne que le choix entre différentes morts : la mort par refroidissement, suite de l’expansion spatiale. L’autre forme de mort, c’est la contraction et une température énorme qui vont tuer toute organisation. Ces prédictions sont tout aussi incertaines que les prédictions que je pourrais vous faire en parlant du monde humain tel qu’il sera dans mille ans!

Prigogine

« Le monde n’est pas comme une pomme tombée d’un arbre et qui ne peut que pourrir. Le monde reste attaché à l’arbre qui l’a produit et nous ne savons pas quel sera le futur de l’univers. Les prédictions de mort qui se trouvent presque dans tous les livres de cosmologie sont des croyances et surtout la croyance en la certitude.

« Il est temps de conclure en disant que l’existence de la flèche du temps, que nous rencontrons aujourd’hui à tous les niveaux de la physique et de la chimie, indique que les lois de la physique ne peuvent pas correspondre à la certitude en la symétrie entre futur et passé [que suppose la prévision de la trajectoire de l’univers]. Au lieu d’exprimer ce qui est certain, ces nouvelles lois expriment ce qui est possible. Au début de l’univers, l’univers était comme un enfant, un enfant qui peut devenir un dentiste, un chauffeur de taxi, un joaillier, un avocat, mais pas tout à la fois.

« Ainsi, l’univers « devient ». Comme l’homme, la nature devient. La position de la Lune, demain à sept heures, n’est pas un événement parce qu’elle est déjà déterminée par les Lois de Newton aujourd’hui; mais la rencontre de ce soir est un événement qui pouvait se produire et qui pouvait ne pas se produire. La nouvelle formulation des lois de la nature rend possibles des événements. Et c’est ce mélange d’événements et de régularités qui est caractéristique de l’univers; et j’ai toujours pensé qu’un modèle de l’univers, c’est peut-être une fugue de Bach ou une sonate de Mozart. Dans une sonate de Mozart, vous avez des règles. Mais les règles ne suffisent pas. Il y a des événements inattendus. Il y a quelque chose qui dépasse les règles et c’est cela qui caractérise l’œuvre d’art. J’ai essayé de vous expliquer la manière dont il me semble qu’on peut voir aujourd’hui l’univers.

« Nous ne sommes pas sur le point d’aboutir à ces théories liées qu’on pourrait résumer dans une seule équation. Pourtant c’est là une idée qui est très fréquente aujourd’hui: voyez le livre de St Weinberg, Dreams of a Final Theory, ou le livre de L. Lederman, God’s Particule. Je crois au contraire que nous sommes au début d’une nouvelle aventure de la raison, au début d’une science qui permet d’éviter l’aliénation issue du dualisme cartésien.

« Dans cette perspective, il y a beaucoup de futurs, le futur n’est pas donné, le futur est une des possibilités impliquées par le présent. Ainsi, comme l’avait si joliment écrit Valéry, « le futur devient construction », et c’est une construction à laquelle chacun de nous peut participer. Merci! »

 

Dans la situation climatique où nous sommes, cela veut dire que nous avons probablement poussé le système climatique loin de l’équilibre et engendré une situation chaologique globale. La grande difficulté pour les générations animales et humaines qui devront assumer les conséquences de nos actions sera sans doute l’adaptation à des changements très rapides qui peuvent aller dans plusieurs directions différentes. Et dès maintenant, la conscience n’a pas joué son dernier mot puisque les réactions de déni et les réactions de changement vont probablement se polariser : il peut s’en suivre des changements rapides dans le pire comme dans le meilleur. Cependant, la vie a forcément une longueur d’avance sur la mort et la conscience, une coudée d’avance sur la bêtise, alors comme dans certaines tragédies, la chute et la montée pourraient se croiser dans l’escalier des valeurs.

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