Deuxième extrait de la conférence de Prigogine: Temps à devenir

« Que veut transmettre Hawking au-delà des trous noirs et du Big Bang? Eh bien! je pense qu’il y a deux messages. Tout d’abord, que nous cherchons à atteindre la certitude, et que nous sommes près de l’atteindre. Nous retrouvons la même affirmation, à la fois dans le livre de Hawking et ailleurs, selon laquelle quand nous découvrirons la théorie finale complète, elle sera un jour compréhensible à tous. Nous aurons alors la réponse à la question de l’origine de l’univers. Ce sera le triomphe ultime de la raison humaine. À ce moment, nous connaîtrons la « pensée de Dieu »!

Prigogine

« C’est le premier message: nous allons atteindre la certitude, et cela même bientôt. La seconde idée, assez proche, c’est que le temps en tant que déroulement successif naturel n’existe pas. L’univers est, mais ne «devient» pas [il déroule simplement son être]. L’apparente flèche du temps est donc une illusion qu’il faut dépasser, éliminer. Cette idée revient comme un leitmotiv dans le livre de Hawking, mais aussi dans les paroles des commentateurs. Ainsi, John Wheeler, un physicien célèbre, affirme que l’idée la plus simple sur la cosmologie, la plus naturelle, c’est que l’univers naît très petit, puis grandit, puis rapetisse, puis passe par le «Big Crasch», va renaître et ainsi de suite indéfiniment [comme une roue qui tourne en passant par les mêmes étapes]. Qu’est-ce que le temps, alors? Le temps comme succession, comme irréversibilité [et donc comme créativité et imprévisibilité] serait une illusion. On recommence, on recommence… Et je dois dire que Roger Penrose dans ses commentaires va encore plus loin, puisqu’il — et là c’est le summum — nous dit que le futur pourrait influencer le passé et que, peut-être que si nous renaissions un jour, nous renaîtrions dans la peau de quelqu’un qui a vécu avant nous. Je ne me propose pas de faire de commentaires là-dessus parce que je veux garder un certain sérieux, mais, enfin, tout cela tend à dire: «Le temps est illusion. L’univers est. [L’univers est un peu comme un film qui se déroule et que l’on peut rembobiner. On peut décider de partir le film à n’importe quel moment. On peut aller au début, on peut aller à la fin. Il suffit de connaître les équations qui sont sous-jacentes au film.]»

« À mon sens, c’est une conception paradoxale [parce que pour faire cela, se promener un peu partout dans le film, il faut ne pas être dans le film, mais être dans la salle des monteurs de films, ceux qui examinent, étudient, coupent, collent, font du montage. Or, comment réconcilier le fait d’être dans le film et hors du film ?]

« Comment se fait-il qu’on soit arrivé à une telle conception, qui pourtant est en opposition complète avec notre expérience de l’existence [où nous agissons sur le film en étant dans le film, ce qui devrait nous amener à penser que nous sommes en plein tournage et que donc le film n’est pas fait d’avance]? Notre expérience de l’existence est basée sur le temps, sur la différence entre le passé [qui est fait] et le futur [qui est à faire, du moins dans une certaine mesure]. C’est notre dimension existentielle par excellence. Nous devenons, nous ne sommes pas [déjà enroulés, prêts pour le déroulement du programme]. Nous devenons quand nous sommes enfants, nous devenons quand nous sommes adultes, nous devenons au cours de toute notre vie, nous devenons! Et partout autour de nous, le temps, en tant que succession [d’inattendus], joue un rôle. Tout à l’opposé de cette affirmation de Hawking selon laquelle l’univers ne devient pas, l’univers est [comme la pellicule d’un film est avant que le film se déroule]. »

 

Il faut bien voir le problème. Prigogine ne veut pas nous entraîner dans la question du temps psychologique et de la liberté, mais dans celle du temps physique, chimique et biologique.

Ce temps :

  1. Se mesure par les 9 192 631 770 oscillations par seconde de l’atome de césium.
  2. Cette mesure sert dans les équations de la relativité. Cependant, dans ces équations, cette pulsation est contractile et dilatable parce que toutes les objets sont reliés par des informations (la lumière et la gravité, par exemple) qui voyagent à une vitesse plafond absolue, celle de la lumière, et que donc l’espace et le temps sont forcément relatifs. Plus on s’approche de la vitesse de la lumière, plus les secondes s’étirent au point que l’horloge arrête d’avancer lorsqu’on atteint la vitesse plafond, cependant, il ne cesse d’avancer que pour cet objet, pas pour les objets qui vont à des vitesses différentes par rapport à lui. Si on compare l’horloge interne des objets qui ont voyagé à des vitesses très différentes, elles indiquent que ceux qui vont plus vite traversent moins de temps. Ici le temps est réversible, il n’a pas de flèche, il peut en théorie avancer et reculer sans que cela change quelque chose aux équations de la relativité.
  3. Les objets s’échangent constamment de l’énergie et on remarque, que de ce fait, ils montrent des signes de désorganisation à mesure qu’ils traversent le temps, ce que la thermodynamique appelle « entropie », ici le temps avance vers la désorganisation et le vieillissement, il suit une flèche en direction de la « mort ».
  4. L’univers est un flux d’énergie, il tient constamment les organisations à une certaine distance de l’équilibre, à ce moment-là, les organisations se complexifient spontanément, augmentent en information. Ici le temps avance vers l’organisation, il suit une flèche en direction de la « vie », la complexification. C’est la découverte de Prigogine appelé auto-organisation, sur laquelle nous allons revenir.

Dans cette conférence Prigogine se questionne : est-ce là quatre sortes de temps de nature différente? Cela n’aurait pas de sens, alors comment ces quatre « propriétés » du temps s’articulent-elles ensemble? La pulsation, le lien, la dilution de l’information, les sauts d’organisation vers la complexité, ces quatre « propriétés » doivent bien fonctionner ensemble d’une façon ou d’une autre!

Bien qu’il s’agisse d’une question purement scientifique, elle a un énorme impact existentiel sur nous, car nous sommes plongés dans ce temps, et psychologiquement, ce n’est pas pareil de vivre dans un temps qui nous entraîne inévitablement et avec certitude vers la désorganisation et le froid absolu ou vivre dans un temps qui se désorganise pour mieux s’organiser sans jamais que l’on ne soit certain de ce qui adviendra.

Notre condition humaine n’est pas la mort, mais l’aventure.

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