Protéger la terre qui nous nourrit par une FUSA « démocratique »

La démocratie n’est pas la constitution d’un pays, écrite et approuvée par une élite généralement beaucoup plus riche que la moyenne. Les constitutions nationales dites démocratiques représentent le maximum de concession que les hommes riches et puissants ont accepté de faire pour éviter d’être renversés. Une telle « démocratie » ressemble à des aveugles qui dirigent des aveugles. Je ne veux pas parler de cela; une fiducie d’utilité sociale agricole ne serait pas bien inspirée d’agir de la sorte.

Les aveugles

Peinture de Brueghel l’Ancien

Il ne faut donc pas confondre les règles démocratiques que l’on se donne avec la démocratie qui, elle, est un mouvement des consciences vers un idéal de justice.

En tant que mouvement sociale la démocratie est née pour combattre deux formes de violence :

  • La violence des hommes de pouvoir qui cherchent les privilèges, qui s’accaparent des armes, de l’argent, des moyens de communication et qui les utilisent pour arriver à leur fin.
  • La violence des idéologies qui tentent de réduire les différences personnelles au profit d’un « nous » fermé, exclusif et homogène, ce qui entraîne la haine de ceux qui n’appartiennent pas à ce « nous exclusif ».

Lorsque l’homme de pouvoir s’associe à une idéologie (religieuse ou laïque), c’est la pire des situations, les deux violences ensemble. La démocratie est un mouvement des consciences pour les contrer, pour apprendre à vivre en paix dans la différence, sans surexploitation de l’être humain et de la nature. La démocratie est loin d’être acquise, elle est en marche, la marche des consciences, de ceux qui passent de l’obéissance aveugle ou mimétique à l’engagement responsable pour un monde plus juste, moins violent et durable.

On reconnait la conscience à au moins trois dimensions :

  • Elle perçoit sans cesse la différence entre ses perceptions et la réalité, elle ne perd pas de vue sa propre ignorance et l’ignorance collective. C’est l’antidote contre « l’état de vérité » propre au fanatisme.
  • Elle tient à la véracité des faits. Au fond d’elle-même, la conscience sait que pour survivre, elle doit s’adapter et donc faire face aux faits.
  • Elle tient aussi à l’honnêteté des sentiments, donc à la sensibilité. C’est la sensibilité qui permet à la personne de tenir à la vie. Si l’on ne tient pas à la vie, pourquoi lutter pour un monde meilleur?

Dans l’histoire de la pensée, la démocratie est une grande conquête de l’esprit. Il s’agit de prendre conscience que la violence n’est pas une fatalité, qu’il est possible de vivre en paix. Il s’agitde voirqu’on y gagne à élever la réflexion collective au-dessus des armes, de l’argent et de la manipulation.

Pour arriver au degré de démocratie que nous connaissons, il a fallu franchir certains préalables. Sans la découverte de la liberté et donc de la responsabilité personnelle, il n’y aurait pas de démocratie possible. Car si un individu était déterminé biologiquement et socialement, il resterait un « individu », un morceau indivis du tout, il serait entièrement soumis aux forces collectives, et la démocratie ne serait qu’une pure illusion puisque la liberté ne serait qu’une pure illusion. La conscience permet aux « individus » de devenir des personnes.

Tenter de contourner la conscience, tenter d’éviter les actes de conscience, c’est déjà la violence, c’est déjà tricher sur la démocratie.

La conscience est la capacité de percevoir suffisamment ce qui nous détermine pour s’en échapper au moins partiellement. La conscience s’en échappe en s’assignant à elle-même la responsabilité de faire mieux que le « programme ». La liberté qui résulte de la conscience n’est donc pas la possibilité de faire n’importe quoi, mais la capacité de faire quelque chose qui surgit de notre conscience la plus éclairée possible.

La démocratie est fondée aussi sur un postulat qui résulte de la liberté personnelle : chacun dispose également d’une conscience. Le potentiel de conscience est égal chez tout le monde. Les talents ne sont pas égaux, les intelligences ne sont pas égales, les conditions de vie ne sont pas égales, mais la conscience est répartie également en tant que potentiel de liberté, une liberté cependant qui doit être gagnée acte par acte.

Aussi la conscience constitue-t-elle le fondement de l’humanité. Nous sommes une seule humanité parce que nous sommes chacun également doué du même pouvoir de nous libérer des déterminations.

La démocratie est l’aspiration des consciences à l’épanouissement maximum de la personne dans l’organisation optimum de sa participation aux décisions collectives. Elle est la recherche de l’équilibre entre le développement des personnes, moteurs de création et les solidarités de toutes sortes qui ont toujours un peu tendance à l’uniformité.

La conscience accorde naturellement une autorité morale aux personnes qui ont à cœur l’intérêt commun et l’intérêt des personnes, qui comprennent la justice et qui sont capables de faire la synthèse entre des tendances divergentes. Une telle autorité morale fait toujours appel à la conscience informée. Donc, en démocratie, les influenceurs ne sont pas ceux qui veulent « gagner », mais ceux qui inspirent confiance par la qualité de leur personne, de leur raisonnement, de leur jugement, de leur capacité de mettre ensemble les divergences.

Sept dimensions apparaissent essentielles pour arriver à la démocratie :

  1. Une éducationau moins suffisante pour connaître les limites de nos connaissances (y compris les limites de la science);
  2. Les décisions doivent être prises au niveau le plus près de l’action, donc de la façon la plus décentralisés La personne étant la base;
  3. Les types de pouvoir doivent être séparés et indépendants. Dans une fiducie, l’administratif est du ressort des fiduciaires, la gestion quotidienne, du ressort des responsables de projet. Dans la gestion, on ne délègue pas des tâches, mais des responsabilités;
  4. L’accès à une information doit être le plus direct possible;
  5. Le « désarmement » de chacun doit être maximum : pas de chantage ou de menace, pas de manipulation, pas de tentative de domination ou de manipulation, pas de tentative d’acheter une adhésion des autres, pas d’intimidation, pas de volonté de gagner sur l’autre, pas de campagne de démolition d’un bouc émissaire;
  6. L’autonomie de chacun est nécessaire à ce désarmement, car celui qui a trop besoin du groupe aura tendance à dominer ou à se laisser dominer;
  7. La prise en compte de la nature, car l’être humain dépend de la santé intégrale de la nature.

Cela ne suffit pas. J’en suis profondément convaincu, aucune organisation démocratique n’atteindra le but si elle n’est pas mobilisée par quelque chose qui la dépasse, quelque chose qui puisse constituer pour elle une finalité plus grande que sa mission immédiate et locale. C’est cette aspiration qui constitue le nerf principal d’une communauté d’intention. Toute vie n’existe que pour se dépasser elle-même. Il y a donc un quelque chose d’intuitif et qui forme l’esprit de motivation des consciences.

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