Protéger la terre qui nous nourrit, l’éthique relationnelle à Sageterre

Dans toute organisation humaine, les relations interpersonnelles forment le défi le plus déterminant. Avant de se lancer dans l’élaboration d’un code d’éthique, il est préférable de bien réfléchir aux enjeux et aux principes susceptibles de nous orienter.

La difficulté repose sur deux caractéristiques proprement humaines : la perception construite et l’égocentrisme.

Photo Éthique relationnelle

La perception construite

L’être humain a quelque chose de particulier, il imagine le monde autant qu’il le voit. Par exemple, il peut imaginer un outil avant qu’il existe. Il peut imaginer le monde autrement et ensuite chercher à le transformer. C’est sa force, c’est sa faiblesse, car chacun imaginera le monde à sa façon, et son monde imaginé lui apparaîtra « évident » pour tout le monde. Il y aura donc autant de visions du monde qu’il y a de personnes. Pendant ce temps-là, la réalité reste la même. Cette réalité n’est justement pas imaginaire, elle nous impacte directement, nous dépendons d’elle, sa santé sera notre santé…

En somme, nous vivons dans une réalité commune, mais nous ne pouvons la rejoindre que par notre imaginaire particulier. Garder à l’esprit la différence entre notre vision du monde, celle des autres et la réalité est sans doute la première condition pour que les relations humaines restent accrochées au réel : le territoire qui nous réunit.La science peut nous aider, mais aussi la conscience de notre ignorance et de nos limites. Le pire est de se percevoir en « état de vérité », comme si nous étions au-dessus du réel et des autres, en mesure de les juger.

L’égocentrisme

L’autre grande difficulté vient de notre grand besoin de « valoir quelque chose » à nos yeux et aux yeux des autres. Sans ce sentiment, l’être humain se sent si misérable qu’il en perd le goût de vivre. Nous avons besoin d’être reconnus. Nous voudrions que notre entourage fasse le lien que c’est moi qui suis à l’origine de ceci ou de cela. Dans notre culture, la valorisation d’un « nous », surtout si c’est un « nous ouvert » est beaucoup moins motivante. « Nous avons réalisé… » a du sens à condition que notre nom, notre photo et notre rôle soient bien identifiées.

Or le « nous » s’est formé autour d’une mission, d’un projet qui nous a chacun emballés. Pour avancer, il faut se rappeler l’intention qui nous unit car elle peut disparaître dans la lutte pour la reconnaissance des « egos ».

Lorsque notre bulle imaginaire de perception est un peu trop remplie de notre égocentrisme, nous nous sentons en « état de vérité », et les relations humaines ne peuvent plus fonctionner correctement, nous nous heurtons plutôt que nous avançons. En somme, les relations humaines sont constamment menacées par le fait que la perception peut facilement remplacer la réalité, et l’ « ego » remplacer l’intention commune.

Le but d’une éthique des relations humaines dans une communauté d’intention consiste à cultiver un climat de confiancede façon à favoriser le développement de chacun, le développement de chaque projet et le développement de l’ensemble sans perdre de vue la mission.

Cela devrait se traduire entre autres par :

  • l’ambiance joyeuse, légère, tolérante des rencontres et des communications, ce qui est compatible avec une franchise non violente;
  • notre capacité à nous diriger vers la mission de la ferme et vers la réussite des projets;
  • le caractère « organique » du développement de la ferme et ses projets;
  • les bénéfices humains et matériels de notre collaboration et de nos projets;
  • notre capacité d’ouverture et de communication avec le voisinage qui nous entoure et la communauté dans laquelle nous sommes;
  • l’approfondissement de « l’esprit » propre à une mission comme la nôtre qui vise l’écologie dans toutes ses dimensions.

Lorsque la confiance est là, on s’exprime plus librement parce qu’on ne craint pas :

  • que nos paroles soient réinterprétées et ensuite retournées contre nous, au contraire, on s’attend à des questions qui nous aideront à avancer;
  • que si une parole est gauche ou inappropriée, elle ne suscite pas un cercle vicieux de ressentiments, au contraire, la personne visée parlera honnêtement de ses sentiments sans prêter à l’autre des intentions mauvaises;
  • de recevoir des accusations (cependant, on reste capable de recevoir une critique positive)…

La confiance se bâtit sur :

  • Le respect et même l’affection des uns et des autres;
  • L’honnêteté sans brutalité;
  • Le fait que les actes seront, le plus possible, cohérents avec les paroles;
  • Une tolérance qui ne reste pas passive devant l’intolérable;
  • Un refus de la violence par l’expression non violente de nos désaccords;
  • Une bonne capacité de réconciliation toutes les fois que c’est possible;
  • Une ténacité positive permet de persister malgré les difficultés relationnelles.

Un groupe efficace est capable de s’orienter et de décider. Cela lui permet d’atteindre des buts sans perdre de vue les personnes, de réaliser des avancées humaines et matérielles sans perdre de vue l’ensemble des besoins humains et des besoins écologiques du milieu.

Cela suppose :

  • Être capables de réfléchir collectivement sur tous les intrants et les aboutissants avant de prendre une décision;
  • Être capables de matérialiser les décisions par une solide cohérence des actions;
  • Être capables d’assumer toutes les responsabilités par une bonne répartition des rôles;
  • Être capables de reconnaître les zones de responsabilité de chacun et de les respecter;
  • D’assumer chacun nos responsabilités propres tout en étant aptes à percevoir les responsabilités des autres, et aussi celles de l’ensemble;
  • Être capables d’évaluer les résultats humains, écologiques, et aussi les bénéfices concrets des actions.

Comment envisager le caractère organique du développement de Sageterre et de ses projets? Le caractère organique d’une organisation collective se remarque parce que :

  • Les relations sont bouclées, elles ne restent pas suspendues sur des frustrations, des non-dits, des questions non répondues, etc. ;
  • Les relations ne sont jamais désincarnées, les systèmes relationnels ne sont jamais fermés, mais toujours perçus dans un environnement plus large où le milieu biologique et physique est concerné, ainsi que le milieu social;
  • La notion de « totalité » est toujours présente (le tout n’est pas seulement la somme des parties et de leurs relations);
  • La solidarité et l’entraide entre les personnes se font naturellement.

Pour ne pas perdre de vue les avancées humaines et matérielles de notre collaboration, il est bon de :

  • Fêter ce que nous sommes, ce que nous nous apportons les uns aux autres;
  • Évaluer les acquis avant d’envisager les gains recherchés;
  • Regarder les résultats dans toutes leurs dimensions (écologique, humaine, économique…);
  • Évaluer le positif avant d’évaluer le négatif;
  • Ne pas personnaliser ce qui ne va pas;
  • Faire preuve de reconnaissance…

Notre groupe d’intention n’existe pas seul et la fermeture sur soi n’est jamais bonne même à plusieurs. Les gens autour de nous devraient se sentir bienvenus chez nous (tout en respectant certaines règles nécessaires au bon voisinage). Ils devraient être nombreux à s’intéresser à ce que nous faisons. Pour réaliser cela, nous devrions :

  • Être à l’écoute de ce que l’on dit et corriger les fausses rumeurs ou informations;
  • Donner de l’information en utilisant une grande variété de médias;
  • Inviter les gens à certaines de nos activités…

La musique, la danse, le dessin, les expressions artistiques spontanées et les échanges philosophiques sont sans doute le meilleur véhicule pour entretenir et développer « l’esprit » qui nous anime ensemble, celui qui nous a amenés autour d’une intention et d’une action communes.

  • Ajouter une petite touche originale et artistique à nos projets et à la manière de les faire connaître;
  • Faire connaître nos motivations profondes, ce qui nous fait vibrer dans nos projets et dans nos réalisations;
  • Ne pas craindre d’exprimer la « philosophie » qui nous anime…

 

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Comment habiter l’imaginaire dans l’amour de la sagesse?

Ma courte présentation au séminaire estival.

Jean Bédard, août 2019

Domaine Floravie 2

Il y a longtemps les amoureux de la sagesse (les philosophes) se sont rendu compte que certaines métamorphoses peuvent tout changer en nous arrachant à la violence.

Chez l’être humain, l’expérience de la réalité est vécue à travers des images et les images vivent dans l’imaginaire.

Nous habitons donc dans l’imaginaire. Et de là, nous expérimentons la réalité par des perceptions, ce mélange de sensations et d’images. L’imaginaire ne vit pas dans l’imaginaire, mais dans la tension entre la réalité et les perceptions imagées de cette réalité.

Dans la réalité, nous ne sommes pas seuls, mais dans une culture qui a développé des images structurantes. Certaines images structurantes nous bloquent dans notre expérience de la réalité, nous rendent aveugles, alors nous perdons contact avec l’expérience de la réalité, nous devenons collectivement fous et violents entre nous et contre notre environnement.

À l’inverse, parfois, un sage, un amoureux de la sagesse nous fait habiter l’imaginaire pour changer les images structurantes et engendrer une métamorphose.

En zoologie, on parle d’une mue imaginale pour parler d’un changement d’état lors d’une métamorphose, par exemple, passer de l’état de chenille à l’état de papillon. L’imago est la forme réalisée (le papillon). Le papillon est pour la chenille, ce qui le guide dans sa transformation, son imago.

Graphique

Je ne dis pas cela pour faire de la théorie, mais parce qu’on n’arrivera pas à la paix et à l’harmonie avec la nature sans une mue imaginale entraînée par un changement dans nos images structurantes. C’est l’objectif de l’art lorsqu’il est mû par l’amour de la sagesse.

À mon sens, l’image structurante qui nous rend collectivement fous est celle de la négation absolue et de l’affirmation absolue. Elle entraîne une forme de logique tuante au sens propre du terme. Elle provoque la formation d’un imaginaire non habité, déconnecté de l’expérience de la réalité, incapable de voir les conséquences.

Elle suppose des oppositions radicales : deux choses contraires séparées par un fossé infranchissable, le néant. Si c’est l’un, ce n’est pas l’autre. Par exemple :

  • Vrai ou faux;
  • Bien ou mal;
  • Pour ou contre;
  • Croyant ou incroyant;
  • Québécois ou étranger;
  • Religieux ou laïc;
  • Temporel ou éternel;
  • Démocratique ou totalitaire;
  • Capitaliste ou communiste;
  • Rationnel ou irrationnel;
  • Scientifique ou poétique;
  • Unité ou sécession;
  • Domination ou soumission.

Deux camps se forment et vont entrer en lutte violente, car il n’y a pas d’imaginaire médiateur.

Pour inverser ce dangereux combat, la tentation est forte de se lancer dans un relativisme absolu où tout est également beau, bon, vrai… Mais ce relativisme absolu est forcément déconnecté de l’expérience de la réalité parce que les conséquences ne sont pas égales.

Pour changer cette image structurante, il faut tout à coup comprendre qu’il n’y a pas d’affirmation sans négation ni de négation sans affirmation, tout est nuancé car l’expérience de la réalité ne supporte pas d’affirmation absolue ni de négation absolue. Nous vivons dans un monde relatif, mais pas dans un monde absolument relatif (ce qui serait une contradiction en soi). La science, par exemple, avance en nuançant constamment ses affirmations.

Prenons quelques exemples de mue imaginale dans le monde de la science.

Lorsque Pythagore a découvert que les nombres sont une division incomplètede l’unité, il fit un bond formidable dans l’avancée des mathématiques et de la géométrie. Par exemple, une pomme plus (+) une orange donnent deux fruits. Cela veut dire que la pomme n’est pas l’opposé absolu de l’orange, des liens existent entre eux. Deux ondes sonores peuvent s’additionner pour en former une troisième parce que l’atmosphère les unit. Deux ondes lumineuses peuvent s’intriquer parce que le vide les unit.

Sur le plan logique, Pythagore avait compris que le néant n’existe pas, et que seul le néant pourrait séparer deux nombres de façon absolue. C’était une métamorphose de l’imaginaire, une mue imaginale. L’unité ne détruisait jamais les individus et les individus ne détruisaient jamais l’unité. Cela lui venait d’une expérience de la réalité et d’un changement d’image structurante.

Einstein a découvert que l’espace et le temps n’étaient pas séparés, mais reliés, cela a permis le passage de la science classique à la science relativiste. Une mue imaginale. Le calcul du mouvement dans l’espace suppose un point fixe, mais il n’y en a pas. Le calcul du mouvement dans le temps suppose une seconde fixe, mais il n’y en a pas. Par contre, la vitesse de la lumière dans le vide (pas dans le néant) ne change jamais, c’est elle, la constante. C’est la relation temps-espace (la vitesse) qui est stable et non les éléments en relation. Cela a débloqué toute la physique en cessant d’opposer le temps et l’espace.

La découverte que la lumière n’est ni une particule ni une onde, mais une relation entre les deux a permis la physique quantique.

Ma propre découverte que l’explication atomiste et l’explication totalitaire n’ont pas de sens a changé ma vie. C’était pour moi une mue imaginale dont je n’arrête pas de parler dans tous mes livres.

Dans ma récapitulation des moments décisifs de ma vie Grimper sur des lambeaux de lumière, j’écris :

Ma grande sœur Micheline étudiait les sciences infirmières, elle avait amené un microscope et m’avait montré, grossie mille fois, une minuscule parcelle d’écorce de mon arbre. Elle m’avait expliqué… C’est vague dans ma mémoire, cela devait ressembler à :

— Regarde, l’écorce se compose d’un liège et d’un aubier. Les petits rectangles que tu vois sont des cellules…

C’était réellement captivant, et pourtant j’étais surtout intrigué, car des cellules, ce n’est pas l’écorce et l’écorce, ce n’est pas l’arbre. Alors, où est mon arbre?

Ma sœur continuait de m’expliquer les détails qu’elle venait d’apprendre. J’écoutais avec attention. Je comprenais ce qu’elle me disait, j’étais même fasciné, mais très inquiet. Je voulais retrouver mon arbre, il disparaissait sous le microscope. À mesure qu’elle m’expliquait les détails, la question m’oppressait. Elle m’étouffait même, car si on me mettait, moi, sous un microscope, je disparaitrais tout autant que lui.

Ce sentiment existentiel ne m’a jamais lâché. J’existais tant que je ne me regardais pas dans tous les détails, tant que je ne me posais pas de questions trop pointues, mais si je me mettais à me chercher avec précision, je disparaissais. Un casse-tête de dix mille morceaux dans une boite n’a aucune signification. À partir de quand sommes-nous reconnaissables?

Christiane Singer écrit dans Du bon usage des crises, page 41 :

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Bref une mue imaginale exige une sortie des oppositions par la médiation de l’imaginaire. Pour cela, il faut habiter notre imaginaire, c’est-à-dire se le réapproprier, lui qui baigne dans une société qui entretient des oppositions violentes.

Voici quelques images structurantes qui voyagent dans nos cultures, certaines, pour nous piéger, d’autres pour nous épanouir.

À propos du principe premier :

  • Un créateur de mécanismes qui fonctionnent ensuite par eux-mêmes. L’horloger et son horloge (image de Descartes).
  • Des atomes semblables qui s’agglomèrent au hasard dans leur chute (image d’Épicure).
  • Notre propre esprit qui projette ses rêves tels des hologrammes (image qu’on retrouve en Chine très ancienne).
  • Le néant qui prend une forme par accident pour retourner au néant.
  • Un créateur qui insuffle la vie à la glaise inerte (image juive).
  • Un démiurge ordonnateur qui organise la matière tel un architecte (image grecque).
  • Une substance en métamorphose. Quelque chose qui se transforme soi-même en soi-même par soi-même (image très populaire à la période médiévale).
  • Des relations mathématiques qui prennent corps par leur seule cohérence logique (image très contemporaine).
  • La femme première qui accouche d’un alter ego (dans beaucoup de cultures dites animistes).

À propos de la loi première :

  • La loi du plus fort. Par définition, le plus fort, c’est celui qui gagne.
  • La durée. La preuve que l’on suit la loi, c’est la durée.
  • La subordination de la nature à la civilisation. L’homme est là pour imposer l’ordre dans une nature qui est désordre.
  • La subordination de la civilisation à la nature. La nature est la loi, et l’homme n’y échappera pas, que ce soit par adaptation ou par élimination.
  • La participation, l’image du jardinier qui transforme et se fait transformer par la nature. L’artiste qui participe à une œuvre plus grande que lui.
  • Le sublime. Se laisser entraîner dans une œuvre qui nous bouleverse et nous amène bien au-delà du connaissable et de l’imaginable.

À propos de la connaissance. La connaissance serait :

  • Une représentation conceptualisée, schématisée, simplifiée qui se fait dans notre esprit, mais n’a rien à voir avec la réalité.
  • Une représentation efficace qui nous permet d’agir sur le réel sans avoir à comprendre ce qu’il est.
  • La relation entre deux pensées, la mienne et la pensée universelle qu’est la réalité.
  • La relation entre l’esprit humain et l’esprit qui a créé le monde, mais médiatisée par les mécanismes de la réalité. Deux horlogers qui se reconnaissent à travers la médiation de l’horloge.
  • Un des effets neurologiques de la réalité dans mon cerveau.

À propos du temps :

  • La roue : la jante est continue et mobile, les rayons sont discontinus et mobiles, le vide du moyeu est immobile. Ma vie s’écoule sur la jante. Elle m’apparaît passer par des phases et des évolutions (passer d’un rayon à un autre). Ma conscience occupe la place du moyeu.
  • La ligne : la route sur laquelle j’avance irréversiblement dans mon destin, le passé derrière, le futur devant.
  • L’ensemble des bifurcations qui constituent mes choix, avec des bons choix et des mauvais choix afin d’apprendre librement.
  • L’instant : l’instant que j’habite éternellement alors que l’a-venir me traverse par petits pas pour se transformer en une mémoire qui me remplit de plus en plus.
  • Le tissu du temps-espace : le temps forme l’espace parce que la vitesse de communication entre les éléments de la réalité est limitée. Si cette vitesse était infinie, il n’y aurait évidemment pas d’espace.

À propos de la mort :

  • La métamorphose : La chenille est décomposée et recomposée en papillon.
  • La réincarnation, ici, sur terre : On revient dans des corps tant qu’on ne s’en est pas affranchis.
  • La re-naissance dans un autre monde : Quand nous sommes nés, nous sommes passés de la noirceur à la lumière dans un moment d’inconscience, et nous avons survécu, la mort sera similaire.
  • Le fantôme : Mes ancêtres sont toujours avec moi, invisibles, mais pas toujours muets.
  • La continuation : Dans la nuit, nous passons à travers le sommeil et les rêves et nous nous réveillons plus disposés et plus instruits. La mort sera comme un réveil.
  • La décomposition : Quand le corps est gravement malade, c’est qu’il perd la capacité de se tenir composé et complexe. À un moment, il perd le contrôle, et il se dégrade au point de perdre son intégrité. La mort est une dégradation irréversible.
  • L’anéantissement : Je viens du néant. Je retourne au néant.

À propos de la finalité de l’existence :

  • Atteindre un but prédéterminé : par exemple, se faire une place dans la société des humains en répondant aux critères de réussite.
  • Ma jouissance est ma finalité, les autres sont des moyens. Le maître et ses esclaves.
  • Le bien excluant le mal : l’élimination du mal, de l’injustice, de la laideur… L’eau pure. La lumière chassant les ténèbres.
  • Le retour à l’état parfait originel. La dématérialisation pour retrouver la quiétude absolue.
  • Le développement de toutes les potentialités pour le développement du tout.

Je pense qu’il est facile de passer d’une image à l’autre, mais pas d’un archétype à l’autre. Et pourtant, nous ne pourrons survivre que par des adaptations qui exigeront des mues imaginales. Il nous faut donc habiter notre imaginaire et non pas l’abandonner aux différentes forces sociales.

Protéger la terre qui nous nourrit… La mission de Sageterre

L’intention de notre ferme, la FUSA Sageterre, consiste à promouvoir, soutenir, réaliser et partager des projets d’écologiesociale et agricole. La particularité de notre ferme n’est pas d’appliquer des principes d’écologie mais de les penser dansune action qui unit l’intériorité et la nature. Nous nous percevons dansune expérience engagée, c’est-à-dire qui engage toutes les dimensions de l’être humain : artistique, scientifique, philosophique et spirituelle.

Diaglogue des arbres, Pierre lussier

Dessin de Pierre Lussier

Précisons ce que nous entendons par écologie. En tant que discipline de la biologie, l’écologie est la science qui étudie :

  • les écosystèmes où vivent, se nourrissent, se reproduisent et meurent les êtres vivants;
  • les rapports d’interdépendance de ces êtres entre eux dans un écosystème qui puise ses ressources dans un milieu (air, eau, roc, terre…) et qui reçoit son énergie principalement du soleil.

Mais l’écologie est devenue une éthiquevisant l’amélioration concrète des conditions de vie des êtres vivants d’un écosystème (nous compris). Dans notre cas, il s’agit des écosystèmes de notre ferme.

Unécosystèmeest un milieu et une communauté d’êtres vivants qui sont interdépendants et tendent à des états d’équilibre et à des états évolutifs de diversification, de complexification, d’harmonisation, de co-évolution et même de beauté. Un écosystème est en santé lorsqu’il est capable d’autorégulation, d’autoréparation, d’adaptabilité. Il y a un seuil critiquesous lequel l’écosystème s’effondre et perd ses capacités d’autorégulation. L’action écologique vise, entre autres, à éviter un tel effondrement.

Mais elle vise aussi l’épanouissement chez les êtres humains d’une conscience de plus en plus grande qui peut contribuer à l’épanouissement des écosystèmesplutôt qu’à leur destruction. Il faut comprendre que l’être humain nuit ou aide à la vie écologique, il n’est jamais neutre. Notre but est de faire du bien à l’écologie dans toutes ses dimensions, et parmi ces dimensions : la justice sociale, l’évolution de la science, de la conscience, de l’art, d’une spiritualité ouverte. Nous pensons que ce que nous faisons pour l’écologie favorise notre propre développement personnel et inversement.