La nébuleuse du Papillon

La fleur de certaines sortes de violettes sont explosives. Le violet est la couleur la plus énergétique de la lumière visible. Progressivement la fleur de ces violettes se fane et forme une sorte de gousse qui ressemble à un petit concombre. En séchant, le fruit se contracte pour ramasser de l’énergie en s’écrasant sur les graines. Rassemblées dans une cosse spéciale, les graines attendent patiemment le bon moment. La pression interne atteint un sommet. La cosse finit par craquer, se fendre et brusquement s’ouvrir. C’est alors que les graines, parfaitement alignées sont littéralement catapultées de leur habitacle !

En épuisant leur carburant d’hydrogène et d’hélium, les soleils se fatiguent. Ils ne peuvent plus lutter contre la gravité qui cherche à les contracter. Alors la matière retombe sur le noyau à une vitesse folle, puis rebondit et se disperse pour former une nébuleuse planétaire comme celle du Papillon, fécondant ainsi des mondes de matière complexe.

Dites-moi maintenant que mourir est un funeste aboutissement !

Nébuleuse du Papillon

Le grand voyage d’Imago

Il y a maintenant si longtemps… Je me souviens à peine. Je tourbillonnais dans des molécules d’azote, d’hydrogène, d’oxygène, de carbone, de fer, de magnésium et autres métaux qui me clouaient au sol. Je vibrais sur des tiges de calcium solidement organisées contre la pression et les torsions d’un corps lourd. Je ressemblais à un arbre mobile.

Je me suis libéré, je me suis envolé, je me suis orienté vers la nébuleuse du Papillon dans la constellation du Scorpion. J’ai atteint des pointes de cinq fois la vitesse de la lumière.

Quelques anciens ont fait le tour de la question avec moi, on m’a écouté, on m’a parlé, on m’a soigné, on m’a rassuré. Guidé par leurs champs d’attraction, j’ai voyagé dans les mondes du Papillon puis ils m’ont dirigé vers le système planétaire de TRAPPIST où se trouvent trois terres habitées. Je voulais tout savoir : pourquoi j’étais si petit dans si grand, comment toute cette grande composition de lumière pouvait fonctionner, s’organiser, se détailler, évoluer, s’équilibrer, s’harmonier, s’individualiser, se proclamer, se relier, s’exalter…

Marie-Hélène arriva sur le fait. On découvrait, on expérimentait, on apprenait ; on n’oubliait rien, on comprenait, on calculait  à la vitesse de l’éclair… L’intrication de la lumière, de la gravité et de l’antigravité, de l’électrique et de l’électromagnétique perdaient en secrets mais gagnaient en mystère. On avait des intelligences proportionnelles aux grands espaces et aux grandes complexités.

On a fini par s’installer, par se sentir vraiment très bien, confortables dans le plaisir d’apprendre, de se retrouver, de s’enlacer dans toutes les voiles de la nébuleuse. Et c’était beau, et c’était grand, surtout la fraternité entre nous, les survivants de l’obscurité.

Ici comme ailleurs, il y a des planètes faites de pierre en flottaison sur des magmas bouillants. Émergent de là des pensées lourdes et lentes qui tentent de se dégourdir dans des champs de plantes, des forêts montagneuses et des rivières éperdues. On a pourtant fait le tour de la Voie Lactée, on a déjà apprivoisé plusieurs énigmes, prodiges de liens et d’expression ; on a trouvé des soleils carburant à 200 000 degrés centigrades et de la musique chaude comme un noyau de plasma, mais elle comme moi, nous sommes restés bouche-bée devant l’évolution de trois petites planètes telluriques dans le système de TRAPPIST. Nous sommes encore subjugués par la montée pathétique du désir traversant lentement l’épaisseur de la peur. Des yeux scrutent, des yeux pleurent, des yeux rient, et toute la vibration osseuse fait frémir l’air des alentours.

On a fini par adopter une de ces petites planètes compactes. Ça grouille de vie là-dedans. Le soir on berce plusieurs centaines de ces enfants à l’intelligence encore obscure qui cherchent du mieux qu’ils peuvent une issue. On tente de les rassurer. Ils ne nous remarquent pas. Oui, parfois, rarement, l’une ou l’autre nous attrape comme pour chercher dans les tissus de notre être un peu de chaleur et d’élan. Lorsqu’ils s’apaisent, des fibres se forment dans les nuées de leur esprit et, alors, se dessine parfois l’Imago de leur être propre. Nous les aimons tellement.

L’autre jour nous étions, Marie et moi, assis sur une petite montagne de vieux calcaire. Une très vieille femme est montée vers nous, je dirais même à travers nous. Elle semblait nous voir. Elle avançait si difficilement, ses mains s’agrippaient aux parois, elle ne s’arrêtait pas, elle tombait, elle se relevait, et puis elle nous a touchés au cœur, et ses yeux de béatitude se sont envolés devant nous, libres comme l’aigle. Si vous aviez vu son sourire !

Rien n’a d’existence s’il ne s’est arraché de lui-même.

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2 réflexions sur “La nébuleuse du Papillon

  1. Encore une fois vous me rejoignez par votre écrit si plein de vie et de sens.C’est ce qui fait que je n’ai plus peur de la mort maintenant car je fais partie de la grande histoire de l’intelligence du cosmos.
    Merci Jean Bédard

    Aimé par 1 personne

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