Notre déséquilibre

Nous ne sommes pas plus fous que nos ancêtres, mais nous avons des moyens bien plus grands de transformer nos déséquilibres intérieurs en dégâts sociaux ou écologiques. Nous sommes aux limites d’une accélération des moyens et des dégâts. Nous devons comprendre la nature de notre déséquilibre intérieur.

Guichet du savoir Dali

Ce qui semble en cause, c’est la difficulté pour l’homme de sortir d’une relation de prédation.Dans la prédation, l’autre est objet et cet objet est destiné à être assimilé, à devenir le corps du prédateur, à faire partie de lui. Un processus d’assimilation à soi. C’est une relation fondamentalement inégalitaire et non réciproque, une relation de « consommation », la relation d’un sujet qui s’approprie un objet, qui l’utilise pour ses propres besoins et le jette ensuite.

Pour compenser le dangereux déséquilibre psychique de la prédation, les sociétés de chasseurs-cueilleurs ont eu le réflexe d’attribuer une âme aux plantes, aux animaux, à la terre, à la mer afin d’en faire des sujets. Une spiritualité première. Dans leur vision du monde, le rapport mangé et être mangé ne voulait pas dire que les âmes s’assimilaient les unes aux autres comme des gouttes d’eau dans l’océan, au contraire, elles s’ajoutaient les unes aux autres, si bien que la personne et le cosmos entier évoluaient par conjonctiondes âmes. Tout cela favorisait le respect, les relations sujet à sujet et le caractère sacré des êtres vivants.

Avec l’agriculture du grain (une valeur que l’on peut engranger, capitaliser) et avec la domestication des animaux de pâturage et des animaux de travail, les tribus accumulaient des biens et amélioraient leur sort. En même temps, cette accumulation a libéré du temps pour le développement technique, entre autres la technologie du bronze et du fer. Les armes en métal en association avec le cheval d’attaque ont entraîné un déséquilibre des forces. Il devenait tentant de tout simplement pillerles tribus productrices. Les sociétés pilleuses se sont développées. Les seigneurs de guerre (de pillage) sont devenus rois, puis des empereurs.

Un empire est toujours une organisation plus ou moins sophistiquée de pillages systématiques et permanents des énergies physiques, humaines, techniques. Avec les empires, qu’ils soient politiques ou économiques, les relations sujet-objet sont devenues la norme. Utiliser et jeter, cela s’appliquait aux peuples conquis, aux animaux, aux terres, bref, à tout ce que l’on possédait, et du même souffle, le mariage ressemblait à un contrat d’achat, semblable à celui qui liait le maître à l’esclave. Bref, beaucoup de sociétés se sont mises à traiter les femmes, les autres hommes et la nature comme de simples outils à exploiter.

Devant de telles sociétés se dresse le paradoxe de la violence. Les sociétés misogynes, utilisatrices des êtres humains comme simples outils et destructrices de l’environnement sont conquérantes par nature car elles consomment plus qu’elles ne produisent et engendrent une révolte dans leur propre population qu’elles doivent canaliser en guerres. Devant elles, soit que l’on se défende, soit que l’on se laisse assimiler. Pour se défendre, il est nécessaire d’exercer une même violence qui nous rend semblable. De ce fait, se défendre ou ne pas se défendre n’oppose pas d’obstacle à l’universalisation des rapports de prédation, d’utilisation et de destruction de la nature. Cela est vrai dans l’univers politique mais cela est vrai aussi dans l’univers économique. La seule issue est celle de la résistance qui demande une très grande force morale. C’est cette troisième attitude que nous tentons de développer à Sageterre : une toute petite communauté de résistance parmi un nombre considérable d’actions de solidarité pour la justice, l’équité, la réelle démocratie et l’écologie.

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