L’écologie un art de vivre

J’ai donné cette conférence quelques fois, accompagnée d’une présentation. Les nombres entre parenthèses correspondent aux éléments projetés sur écran.

(1)Bien avant de fonder Sageterre avec mon épouse, un problème philosophique m’habitait. Je suis né dans un quartier pauvre et violent de Montréal. Le problème était partout autour de moi et il habitait mon enfance.

Sageterre est, pour moi, une expérience de solution possible.DSC00409

(2)Voici le problème : il est facile de démontrer que la justice, l’équité, l’égalité homme-femme, la démocratie participative et le respect de la nature peuvent seuls assurer la paix et, par elle, le bonheur :

  • Si la grande majorité des gens trouvent les lois et les décisions justes, il faudra peu de polices et de prisons pour les faire respecter.
  • Si personne n’est vraiment pauvre ou trop riche, il n’y a pas d’envie, donc très peu de vols ou de crimes.
  • Si tout le monde est suffisamment éduqué et participe aux décisions indépendamment de leur sexe, il y a peu de contestation et de révolte.
  • Si l’on ne détruit pas la nature, elle nous donne l’air, l’eau, la nourriture dont nous avons besoin, et il n’est pas nécessaire de se faire la guerre pour accéder aux ressources.

Le secret de la paix n’est pas un secret, un enfant de sept ans peut le comprendre. Avec la paix, le bonheur.

(3) Alors pourquoi nos systèmes politiques et économiques semblent-ils organisés pour engendrer et pour justifier l’inégalité, l’iniquité et la surexploitation de la nature?

Et pourquoi presque tout le monde laisse-t-il faire ?

Bref, l’être humain est-il pris de folie ? Quelle est la nature de notre déséquilibre intérieur ?

Nous ne sommes probablement pas plus « déséquilibrés » que nos ancêtres, mais nous avons des moyens bien plus grands de transformer nos déséquilibres intérieurs en dégâts sociaux ou écologiques. Nos techniques sont comme des amplificateurs de nos distorsions intérieures.

Nous sommes, semble-t-il, aux limites d’une accélération des moyens et des dégâts.

(4)Nous devons comprendrela nature de notre déséquilibre intérieur. Est-il essentiel ou culturel?

Le courant américain et conservateur du « réalisme politique » laisse entendre que nous sommes foncièrement violent, dominateur, et même prédateur et qu’il faut donc faire avec et non chercher à changer notre essence « biologique ».

La tradition judéo-chrétienne nous dit que l’être humain a été créé bon, juste, en harmonie avec la nature, mais il s’est perverti lui-même. Dans sa nature profonde, l’être humain est équilibré, il s’est perdu par sa faute, il peut donc retrouver sa véritable nature. Son déséquilibre n’est pas irréversible, il n’est pas essentiel, au contraire, sa conscience le ramène inévitablement vers l’équilibre, c’est-à-dire la justice, l’équité, l’écologie.

La tradition grecque de Platon et le Bouddhisme nous disent que l’âme est bonne, mais la matière brouille non pas son essence, mais sa vue, et ensuite, sa vue brouillée, c’est-à-dire son ignorance, déséquilibre ses comportements. En se spiritualisant (dans ces traditions, cela signifie arriver à surmonter la matière pour bien voir), l’être humain peut retrouver son essence juste, équitable, harmonieuse.

(5) Bien que les grandes traditions soient plutôt pessimistes, elles ne disent pas que nous sommes condamnés à notre propre violence. Au contraire, notre conscience serait un bon guide.

Mais aujourd’hui, nous sommes surtout habités par le « biologisme » du « réalisme politique » et d’un certain scientisme matérialiste, l’idéologie par laquelle nous justifions nos comportements par des supposés déterminants biologiques : notre folie serait génétique.

(6)Le « biologisme » laisse entendre que la difficulté pour l’homme consiste à sortir d’une relation de prédation qu’il applique, hélas, sur lui-même, à sa propre espèce, et aussi à toute la nature qu’il traite comme une réserve de « ressources » pour répondre à ses besoins.

(7)Dans la prédation, l’autre est objetet cet objet est destiné à être assimilé à soi. C’est une relation de consommation, une relation d’un sujet qui s’approprie un objet pour l’utiliser
et ensuite pour le jeter.

(8)On pourrait croire que cette relation qui consiste à « consommer » l’autre et la nature fait partie de notre nature biologique. Ce serait une fatalité. Nous serions des prédateurs pour toujours.

(9)Mais ce n’est pas ce que l’anthropologie nous dit.

Pour compenser le dangereux déséquilibre psychique de la prédation, les sociétés de chasseurs-cueilleurs ont eu le réflexe d’attribuer une âme aux plantes, aux animaux, à la terre, à la mer afin d’en faire des sujets. Une spiritualité première.

Dans leur vision du monde, le rapport mangé et être mangé ne voulait pas dire que les âmes s’assimilaient les unes aux autres comme des gouttes d’eau dans l’océan, au contraire, elles s’ajoutaient les unes aux autres, si bien que la personne et le cosmos entier évoluaient par conjonctiondes âmes. Tout cela favorisait le respect, les relations sujet à sujet et le caractère sacré des êtres vivants.

(10)C’est lorsque est arrivé un déséquilibre des forces que la situation a changé.

Tant que les êtres humains étaient également désarmés entre eux et vis-à-vis de la nature, ils collaboraient. Et c’est même grâce à cette collaboration qu’ils ont réussi à traverser au moins un million d’années.

Mais avec l’agriculture du grain (une valeur que l’on peut engranger, capitaliser) et avec la domestication des animaux de pâturage et des animaux de travail, les tribus accumulaient des biens et amélioraient leur sort. En même temps, cette accumulation a libéré du temps pour le développement technique, entre autres la technologie du bronze et du fer.

Les armes en métal en association avec le cheval d’attaqueont entraîné un grave déséquilibre des forces.

Il devenait alors tentant de tout simplement pillerles tribus productrices qui avaient accumulé du bétail, du blé et bien d’autres choses. Les sociétés pilleuses se sont développées. Les seigneurs de guerre (seigneurs de pillage) sont devenus rois, puis empereurs, comme Alexandre le Grand, et enfin, entrepreneur comme Monsanto.

(11) Un empire est toujours une organisation plus ou moins sophistiquée de pillages systématiques et permanents des énergies physiques, humaines, techniques.Avec les empires, qu’ils soient politiques ou économiques, les relations sujet-objet sont devenues la norme.

Utiliser et jeter, cela s’appliquait aux peuples conquis, aux animaux, aux terres, bref, à tout ce que l’on possédait, et du même souffle, le mariage ressemblait à un contrat d’achat, de possession semblable à celui qui liait le maître à l’esclave. Bref, beaucoup de sociétés se sont mises à traiter les femmes, les autres hommes (étrangers surtout) et la nature comme de simples outils à exploiter et à jeter.

Devant de telles sociétés se dresse le paradoxe de la violence. Les sociétés misogynes, utilisatrices des êtres humains comme simples outils, et destructrices de l’environnement sont

  • conquérantes par nature car elles consomment plus qu’elles ne produisent, c’est leur violence centrifuge;
  • par ailleurs, l’inégalité sociale qui est leur condition d’existence engendre des révoltes dans leur propre population qu’elles doivent neutraliser par une violence centripète.

(12)Devant la violence, soit qu’on se défende, soit qu’on se laisse assimiler. Pour se défendre, il est nécessaire d’exercer une même violence qui nous rend semblables à l’ennemi.

De ce fait, se défendre ou ne pas se défendre n’opposent pas d’obstacle à l’universalisation des rapports de prédation, d’utilisation et de destruction de la nature.

Il s’ensuit que les cultures fondées sur la domination occupent maintenant presque toute la place et que les autres cultures, sauf exception, ont été éradiquées ou assimilées.

(13)Cela est vrai dans l’univers politique mais cela est vrai aussi dans l’univers économique. La seule issue est celle de la résistance pacifique qui demande une très grande force morale.

C’est cette troisième attitude que nous tentons de développer à Sageterre : une toute petite communauté de résistance parmi un nombre considérable d’actions de solidarité pour la justice, l’équité, l’égalité homme-femme, la réelle démocratie et l’écologie.

(14)Bref, il est vrai que biologiquement l’être humain est un prédateur, mais normalement, un prédateur collaborateur.

C’est avec le déséquilibre des moyens d’exercer la force, qu’il est devenu son propre prédateur et celui de la nature.

Ce n’est pas son essence, c’est l’état culturel des sociétés dominatrices.

Mais aujourd’hui, ses moyens d’exploitation de ses semblables et de surexploitation de la nature sont si grands, que soit qu’il apprenne à les maîtriser, soit qu’il perde sa capacité d’adaptation et disparaisse comme espèce parasitaire incontrôlable.

(15) Ce n’est pas dans sa nature d’être son propre prédateur, mais c’est certainement dans sa nature de s’adapterà ses propres pouvoirs exagérés qui amplifient son déséquilibre intérieur au point de menacer son existence.

Rien n’est perdu. Il n’est pas dans la nature de l’être humain de chercher sa propre destruction. Il s’agit d’un problème d’adaptation à une intelligence des moyens qui dépasse aujourd’hui totalement notre intelligence des finalités. Bref nous avons beaucoup trop de techniques pour le trop faible développement de notre conscience collective.

Science sans conscience n’est que ruine de l’âme (Rabelais). Et on pourrait ajouter que ruine de l’âme est ruine de la justice, de l’équité et des écosystèmes : la ruine de la paix.

(16)Reste que sortir des relations de prédations, de consommation et de possession constitue un défi de taille.

Les relations de possession sont fondamentalement des relations de sujet à objet.Le gros avantage, c’est que l’objet n’a pas un mot à dire, j’en ai le contrôle total. Le gros désavantage c’est que cela engendre nécessairement l’injustice, l’iniquité, la misogynie, la non-participation, la surexploitation des personnes et de la nature, bref tout ce qui fomente les révoltes et les répressions, les guerres et les contre-guerres, les désastres écologiques et le combat pour les ressources, en somme, toutes les formes de violence.

Certainement, la relation sujet-objet est beaucoup moins satisfaisante que la relation sujet-sujet. Dans la relation amoureuse et même dans la relation d’amitié, un sujet veut aimer un sujet et être aimé par lui.

La relation égalitaire et réciproque est beaucoup plus satisfaisante, mais éminemment plus difficile.

(17) Les difficultés sont doubles.

  • Du point de vue intellectuel, découvrir la subjectivité de l’autre constitue un défi. Dès l’époque classique, on s’est demandé, par exemple, comment savoir si on a affaire à un automate de forme humanoïde ou à un sujet humain. Réponse : seul le sujet peut remettre en question les finalités pour lesquelles on l’utilise. Le sujet résiste à l’idée de n’être qu’un moyen. Il faut donc prévoir avec lui une relation susceptible d’ébranler nos valeurs. Seule une intelligence de deuxième niveau peut y arriver. On peut jouer aux échecs avec un ordinateur, on perdra sans doute, mais jamais l’ordinateur ne demandera : « Au fait, pourquoi on perd notre temps à jouer aux échecs, on n’aurait pas mieux à faire? »
  • Sur le plan affectif, découvrir que l’autre vit des émotions qui lui sont propres suppose être capable de suspendre tous les processus de projection de nos propres émotions sur l’autre, ce qui exige une réflexion sur soi en plus d’un acte d’empathie.

(18)La découverte des relations de sujet à sujet est en fait, la découverte de notre dimension spirituelle. Spirituel veut dire ici, minimalement, percevoir la différence entre la petitesse de nos connaissances objectives et la grandeur de la réalité, percevoir la différence entre un objet de pensée et un sujet vivant.

Cette perception mène nécessairement au respect et à l’amour, à la reconnaissance du caractère sacré de ce qui vit.

(9) En deuxième conclusion : le malheur de l’homme, c’est qu’ildoit faire un saut de réflexion spirituelle pour découvrir l’amour, c’est-à-dire le bonheur des relations de sujet à sujet, des relations nécessairement égalitaires et réciproques.

Lorsque, mon épouse et moi avons compris le problème, nous avons voulu faire quelque chose.

(20) Pour nous, l’écologie, dès qu’elle comporte des sujets pensants, n’est plus simplement l’équilibre évolutif d’êtres vivants interdépendants, c’est certainement cela, mais c’est aussi l’évolution d’une fraternité de sujetsdevenus conscients et responsablesdu monde dans lequel ils sont plongés.

L’écologie ne consiste donc pas seulement à réduire notre empreinte carbone sur l’environnement, c’est d’abord savoir s’insérer dans un écosystème, par exemple une ferme, ou une forêt, ou un parc, pour participerà sa santé et à sa beauté afin de retrouver le bonheur de vivre.

C’est une démarche affectivevers une relation de sujet à sujet. Il s’agit de s’approcher d’un petit bout de paysage, d’entrer dedans, de voir ce qui se passe, de demander aux plantes, aux animaux, à tous les vivants : « Est-ce que tout va bien ? Auriez-vous besoin de quelque chose ? Est-ce que je peux vous être utile ? »

Ensuite, écoutez, écoutezlongtemps, leur beauté et leur harmonie. Observez le travail qu’eux font sur moi pour soulager mes inquiétudes, mes tourments, me soigner, m’équilibrer, me nourrir, purifier mon eau, purifier mon air. Et lorsqu’on croit pouvoir faciliter leur vie, donner un peu de son travail.

C’est cette réciprocité qui permet l’action opérantede l’écologie,l’environnement prend soin de moi, et moi, j’essaie de prendre soin de lui.

(21) C’est avec cette intention qu’en 2004, mon épouse, Marie-Hélène et moi, avons décidé de relancer une ferme à l’abandon avec l’aide de jeunes gens.

Avec eux, nous l’avons appelée : Sageterre.

Cela signifiait deux choses :

  1. Diminuer notre dépendance alimentaire envers les systèmes industriels et le transport polluant.
  2. Se mettre sous la dépendance de la pluie, du sol, des plantes et d’une petite communauté humaine.

Ensuite s’ouvre la relation réciproque entre nous et la beauté, et c’est alors que l’écologie devient un chemin d’enracinement et d’harmonie. C’est la vie écologique.

Pour ma part, j’ai lutté toute ma vie de philosophe contre les rapports de prédation et de consommation, cette habitude d’utiliser et jeter qui contamine nos rapports hommes-femmes, employeurs-employés, chefs-subalternes, humains-nature.

(22)Aujourd’hui, je voudrais dire un petit mot à propos de cela qui est, je crois, le cœur de Sageterre : rien n’est l’instrument d’un autre, tout a une valeur pour elle-même et en elle-même, même une chèvre, même une laitue.

C’est, me semble-t-il, le seul moyen de sortir de l’absurde.

(23) Rien n’est plus pathétique que de laisser nos enfants, nos adolescents et nos jeunes se dépêtrer dans une vision du monde absurde qu’on laisse pénétrer en eux par tous les professeurs de désespoir de ce monde et l’univers virtuel de nos mythes magiques ou matérialistes.

Utiliser-jeter rend le monde absurde.

Un instrument n’est pas lui-même une fin, il n’a pas de valeur en lui-même, en d’autres termes, en lui-même, il est absurde. L’instrument n’a de valeur que pour le sujet qui l’utilise, mais alors, il faut que ce sujet soit une fin, que son bonheur soit une fin.

Imaginons une société de voitures qui transportent des voitures, personne nulle part pour savoir où aller, que des moyens qui sont des moyens pour des moyens. C’est l’image parfaite de l’absurdité.

Alors si les travailleurs travaillent pour des êtres qui eux-mêmes travaillent pour que ça tourne en s’accélérant, alors comment ne pas ressentir l’absurdité du monde!

(24) Pour sortir de l’absurde,il faut qu’il y ait quelque part, quelqu’un qui ressente quelque chose qui vaut la peine,et ce ne peut être qu’un sujet, en réalité, ce ne peut être que tous les sujets sensibles et vivants, car sinon, il y aurait des profiteurs, et un profiteur ne peut pas être une fin qui rend sensés le travail et la vie humaine.

D’ailleurs ce travail d’une grande majorité pour une minuscule minorité est inexplicable. Imaginons que vous et moi arrivons sur une planète quelconque. Toutes les familles sont occupées à cultiver ce dont elles ont besoin, au sens propre et au sens figuré.

Je vous dis : regardez-moi bien aller. Dans moins d’un an, tout le monde que vous voyez ici travaillera non pas pour leur famille, mais pour moi afin que je sois beaucoup plus riche qu’eux, et eux, ils se contenteront de mes restants.

Vous ririez de moi en me demandant quel est mon pouvoir magique! Car pourquoi presque tout le monde travaillerait pour l’enrichissement de presque personne!

Et pourtant, des hommes ont réussi à réaliser ce tour de magie sur terre. Par quel miracle?

Je l’ai dit : je dois créer un premier déséquilibre des forces. M’accaparer d’une certaine quantité d’armes et promettre à des hommes que s’ils viennent piller avec moi les ressources qui sont là, ils s’enrichiront. Et commence le développement des empires…

Mais cela ne suffit pas. Il faut aussi développer des cosmologies de la soumission, soit en imaginant des dieux tout puissants, soit en imaginant des mécanismes physiques ou biologiques tout puissants, c’est pareil. Ici, religions de la soumission ou déterminisme matérialiste, c’est identique : des cosmologies de la soumission.

À ce moment-là, c’est la nature elle-même, je veux dire tout le cosmos qui apparaît au-dessus de tout. Les éléments physiques, les organismes vivants, les animaux, les hommes sont tous déterminés par la mécanique impersonnelle du monde matériel ou soumis à un dieu tout puissant.

(25) Qu’importe qu’elle soit religieuse ou matérialiste, il faut une vision cosmique de la soumission. Elle seule peut justifier une organisation sociale où l’enrichissement de quelques-uns est une motivation suffisante pour le reste des autres.

Cela permet d’inscrire et de prescrire des rituels de soumission, soit des rituels religieux, mais surtout des rituels de travail et des rituels de consommation, obéir aux conditionnements et à la publicité pour augmenter les profits du petit nombre.

(26) Cependant, quoi que l’on fasse, à partir du moment où l’être humain devient un moyen dans un roulement de moyens qui n’ont pas pour finalité le bonheur de tous et de chacun, mais l’accélération et l’augmentation des moyens, alors un sentiment d’absurdité menace tout l’édifice.

En réalité, pour qu’il y ait du sens, il faut que l’action des sujets serve l’épanouissement de tous les sujets. Alors rien n’est absurde, tout ce qui existe a du sens.

Mais la question de « tous les sujets » ne peut pas s’arrêter aux seuls êtres humains, parce que si tout le cosmos n’est qu’un objet, il n’a pas de finalité. Nous aurions du sens, nous, les humains, dans un univers qui n’a pas de sens! Cela n’a pas de sens!

(27) On ne peut pas expérimenter le sens de la vie tant que l’on a le sentiment d’exister en dehors de la communauté de tous les vivants, et la communauté de tous les vivants doit elle-même être vue comme un sujet, car sinon, nous sommes dans une cosmologie de la soumission et non dans un univers du dialogue et de la participation.

L’univers doit être vu comme une grande communauté d’êtres interdépendants qui participent à un grand mouvement d’évolution vers la connaissance de soi, la création de la diversité et de la beauté.

C’est ici que la vie écologique entre en jeu.

Notre conscience de sujet ressemble à une boussole, enfermée dans une boîte de métal, une boussole n’indique rien du tout; placée dans le champ magnétique de la terre, elle indique la direction sud-nord.

(27) C’est dans la communauté de tous les vivants que nous pouvons découvrir que nous sommes une fin qui a pour fin l’épanouissement de tous dans un tout qui a du sens.

C’est dans une communauté écologique que l’on peut le mieux expérimenter la sortie progressive du monde absurde, l’entrée progressive dans un monde de sens.

Une fois installés dans la vie écologique, un énorme sentiment d’exister gonfle nos poumons. À chaque découverte d’un insecte, d’une plante, d’un petit mammifère, on est ébranlés, émerveillés.

Je crois que c’est la motivation ultime : la vie est belle, elle a un sens, elle n’est pas absurde parce que c’est beau et que des milliards de sujets pensants peuvent s’en réjouir.

Ce qui est absurde, c’est de détruire la vie.

J’ai écrit Le Journal d’un réfugié de campagnepour témoigner qu’il est possible et même souhaitable de se réfugier dans un art de vivre à la fois bon pour l’esprit et bon pour la planète.

Dans ce journal, je parle en mon nom personnel. Je n’engagerai personne d’autre que moi, mais tout moi. Il s’agit d’un cahier d’expériences.

L’expérience humaine est toujours à la fois scientifique, philosophique, artistique, concrète et spirituelle, sinon, elle n’est pas humaine.

L’expérience réelle est toujours une rencontre totale.

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Conférences

Conférences de Jean Bédard

 

Titre : L’écologie, un art de vivre

Samedi le 21 avril de 13 :30h à 15 :30h

Au Centre Soha

961 Rachel Est

Montréal

Inscription : https://www.facebook.com/events/207001806549944/

Ou se rendre sur place.

Titre : Le Journal d’un réfugié de campagne

Dimanche le 22 avril de 9 :30h à 13h

Dans le cadre des dimanches philo de la Compagnie des philosophes

À La maison Gisèle-Auprix-St-Germain (salle Ste-Élisabeth)

150 rue Grant,

Vieux Longueuil

Inscription et information : La Compagnie des philosophes : 450 670-8775    www.cdesphilosophes.org  (courriel : philosophes@me.com)

Céline Fernbach celine.fernbach@gmail.com (2)

Argumentaire des conférences

Le dérèglement climatique, l’extinction des espèces, la montée des gouvernements autoritaires et violents, tout cela nous inquiète à juste titre. Le bonheur ne peut pas venir d’un retranchement sur soi, car nous sommes interdépendants. Il nous faut trouver le chemin de l’harmonie avec soi et la nature, ainsi que le chemin de la démocratie et de la justice sociale.

« Je cherche donc la voie des bienheureux qui ont trouvé assez de paix en eux pour vivre simplement, émus de beauté. Il ne s’agit pas de vivre à l’âge de pierre, mais de composer avec la nature une œuvre collective, une écologie de la participation. La troisième voie. »

L’écologie est surtout un art de vivre, un art de prendre soin de la vie pour qu’elle prenne soin de nous, une manière de jardiner dans tous les éléments du cœur et de la terre.

« Je vais donc partager ma pratique, mes gaucheries, mes criantes erreurs d’ignorance sur le sentier que je prends chaque matin pour aller de la maison à l’étable, puis au jardin, en tentant de sortir de mes idées de gloire et de mes déceptions de vieux snoreau. Je promets seulement d’être sincère et d’aller jusqu’au bout. »

 

Jean Bédard est philosophe, écrivain et fondateur de la ferme Sageterre.com

 

Notre déséquilibre

Nous ne sommes pas plus fous que nos ancêtres, mais nous avons des moyens bien plus grands de transformer nos déséquilibres intérieurs en dégâts sociaux ou écologiques. Nous sommes aux limites d’une accélération des moyens et des dégâts. Nous devons comprendre la nature de notre déséquilibre intérieur.

Guichet du savoir Dali

Ce qui semble en cause, c’est la difficulté pour l’homme de sortir d’une relation de prédation.Dans la prédation, l’autre est objet et cet objet est destiné à être assimilé, à devenir le corps du prédateur, à faire partie de lui. Un processus d’assimilation à soi. C’est une relation fondamentalement inégalitaire et non réciproque, une relation de « consommation », la relation d’un sujet qui s’approprie un objet, qui l’utilise pour ses propres besoins et le jette ensuite.

Pour compenser le dangereux déséquilibre psychique de la prédation, les sociétés de chasseurs-cueilleurs ont eu le réflexe d’attribuer une âme aux plantes, aux animaux, à la terre, à la mer afin d’en faire des sujets. Une spiritualité première. Dans leur vision du monde, le rapport mangé et être mangé ne voulait pas dire que les âmes s’assimilaient les unes aux autres comme des gouttes d’eau dans l’océan, au contraire, elles s’ajoutaient les unes aux autres, si bien que la personne et le cosmos entier évoluaient par conjonctiondes âmes. Tout cela favorisait le respect, les relations sujet à sujet et le caractère sacré des êtres vivants.

Avec l’agriculture du grain (une valeur que l’on peut engranger, capitaliser) et avec la domestication des animaux de pâturage et des animaux de travail, les tribus accumulaient des biens et amélioraient leur sort. En même temps, cette accumulation a libéré du temps pour le développement technique, entre autres la technologie du bronze et du fer. Les armes en métal en association avec le cheval d’attaque ont entraîné un déséquilibre des forces. Il devenait tentant de tout simplement pillerles tribus productrices. Les sociétés pilleuses se sont développées. Les seigneurs de guerre (de pillage) sont devenus rois, puis des empereurs.

Un empire est toujours une organisation plus ou moins sophistiquée de pillages systématiques et permanents des énergies physiques, humaines, techniques. Avec les empires, qu’ils soient politiques ou économiques, les relations sujet-objet sont devenues la norme. Utiliser et jeter, cela s’appliquait aux peuples conquis, aux animaux, aux terres, bref, à tout ce que l’on possédait, et du même souffle, le mariage ressemblait à un contrat d’achat, semblable à celui qui liait le maître à l’esclave. Bref, beaucoup de sociétés se sont mises à traiter les femmes, les autres hommes et la nature comme de simples outils à exploiter.

Devant de telles sociétés se dresse le paradoxe de la violence. Les sociétés misogynes, utilisatrices des êtres humains comme simples outils et destructrices de l’environnement sont conquérantes par nature car elles consomment plus qu’elles ne produisent et engendrent une révolte dans leur propre population qu’elles doivent canaliser en guerres. Devant elles, soit que l’on se défende, soit que l’on se laisse assimiler. Pour se défendre, il est nécessaire d’exercer une même violence qui nous rend semblable. De ce fait, se défendre ou ne pas se défendre n’oppose pas d’obstacle à l’universalisation des rapports de prédation, d’utilisation et de destruction de la nature. Cela est vrai dans l’univers politique mais cela est vrai aussi dans l’univers économique. La seule issue est celle de la résistance qui demande une très grande force morale. C’est cette troisième attitude que nous tentons de développer à Sageterre : une toute petite communauté de résistance parmi un nombre considérable d’actions de solidarité pour la justice, l’équité, la réelle démocratie et l’écologie.