Démocratie 201

Qu’est-ce que la conscience qui nous met en devoir de voir? Elle est la boussole. Elle est l’intelligence des finalités qui demande à l’intelligence des moyens : « Mais où va-t-on? » Elle est notre attachement à la vie qui demande : « Es-tu sûr que, par-là, on ne se cassera pas la gueule? » Sans boussole, on peut aller dans les directions les plus folles. Mais, justement dans quelle direction pointe la vie?

DSC00356

Dès qu’elle se multiplie, la vie tend vers l’invention d’êtres particuliers très diversifiés, chacun capable de voir, chacun capable d’adaptations singulières. En bout de piste de l’évolution : un animal doué de paroles et d’outils qui peut trancher avec le groupe et demander : « Êtes-vous sûrs que c’est par là? » Le pouvoir de voir et l’attachement à la vie sont installés dans la personne singulière et originale, et non dans le groupe.

Cependant, la vie va aussi dans une autre direction : l’individu ne peut pas survivre sans la protection d’une famille, d’un clan, d’un regroupement… Les regroupements ont essentiellement un but de protection. Et à ce titre, ils tentent d’éviter que l’individu ne s’éloigne un peu trop des autres, qu’il ait des comportements trop différents… Comme dit la chanson : « Il est des nôtres, qu’il boive comme les autres. »

Au nom de la protection, les groupes ont tendance à imposer une certaine uniformité. Ils ont donc tendance à raboter et à niveler les consciences.  Dans un groupe, on risque de voir et de dire comme tout le monde. C’est pourquoi un troupeau peut parfois prendre panique et se précipiter vers une falaise. Aller tous dans la même direction est un grand danger. Dans une grande masse d’individus, la panique peut être lente, mais c’est toujours une multitude dans laquelle les objections individuelles sont niées. Plus gravement, c’est un état du pouvoir collectif qui s’autorise à tuer des personnes au nom de l’uniformité d’une idéologie.

C’est le contraire de ce que doit être la démocratie.

Si vous me suivez bien, il existe deux mouvements qui tendent à être contradictoires mais qu’il faut rendre complémentaires : un mouvement qui va vers la diversité, l’originalité de la personne consciente qui voit indépendamment des autres; un autre mouvement qui va vers la protection d’un groupe, et au nom de cette protection, recherche l’uniformité.

Au positif, c’est par la persévérance des personnes conscientes qu’un regroupement peut finir par cesser d’avoir peur de l’intelligence et de la conscience de chacun. Au négatif, une organisation ou une institution où personne ne remet en question la direction court à l’aveugle. Ce genre d’organisation, surtout si elle est massive, possède la force d’un troupeau de bisons en pleine course, mais elle n’a pas d’intelligence.

L’intelligence des finalités demande la coordination de personnes conscientes et affirmées. C’est ce genre de regroupement qui change le monde et qui constitue la démocratie en marche.

C’est ce genre de démocratie que nous voulons former à Sageterre.

Advertisements

Démocratie 101

Parlons de démocratie. Le contexte. Face aux guerres, aux famines, à la pollution, au réchauffement de la planète, à l’acidification des océans, aux attaques de tireurs fous, spontanément, on se demande : « Mais où va-t-on? » La violence, qu’elle soit contre l’être humain ou contre la nature, est toujours accompagnée d’un sentiment de perte d’orientation. Nous sommes sous le choc. La conscience fait de nous un être moral, c’est-à-dire un être capable d’engendrer lui-même son propre malheur, ensuite, de le déplorer, pour enfin tenter de faire mieux.

09082015-_DSC6702

Qu’on le veuille ou non, à l’ère industrielle, l’espèce humaine se retrouve comme un enfant encore tellement ignorant au gouvernail d’un gros bateau dont dépend la vie de tous : plantes, animaux, humains. Ce sentiment est très récent dans l’histoire humaine, et c’est plutôt paniquant. On pourrait toucher à des boutons dangereux, faire dériver le bateau, s’échouer sur un banc de sable. Une grande responsabilité.

La responsabilité vient du fait de voir et du fait de pouvoir. Si quelqu’un se réveille et qu’il voit un récif juste devant le navire, cette personne, si elle est seule à voir et seule à pouvoir crier, alors elle est tout à coup responsable de tout le navire. Ceux qui dorment, ceux qui regardent dans leurs poches ou dans les cieux, ne sont pas responsables, ils sont peut-être même irresponsables, qu’importe qu’ils gouvernent un grand pays ou une grande entreprise.

La vie nous a donné la conscience pour voir et l’intelligence pour pouvoir. Puisque nous pouvons détruire et nous en apercevoir, nous sommes responsables de construire sans tout démolir. Mais le voir n’est pas toujours relié au pouvoir, c’est sans doute notre travail à chacun de tenter de donner des yeux au pouvoir. Et cela, c’est l’aventure de la démocratie qui en est à ses premiers balbutiements. Ici à Sageterre on est peut-être encore plus débutant que tout le monde. Mais on essaie. On espère que chacun prendra le pouvoir que ses yeux justifiront.

L’Écologie, ou loger dans la communauté des vivants

Sageterre fait partie de deux mouvements convergents et nécessaires l’un à l’autre : l’écologie et la démocratie. Je reviendrai plus tard sur la démocratie. Ici, je voudrais dire un mot sur l’écologie.

Jacques-Sageterre Juillet 2012 (32)

Je le disais dans mon Journal d’un réfugié de campagne : La crise climatique, les inondations, la pollution exproprient trop de gens. On les appelle les réfugiés de l’environnement. D’autres personnes fuient la guerre ou la tyrannie, ce sont des réfugiés politiques. D’autre encore fuient l’extrême pauvreté, des réfugiés économiques. À ceux-là s’ajoutent les réfugiés volontaires, de plus en plus nombreux, surtout des jeunes, qui ne veulent pas être complices de la destruction de l’environnement ni par le travail ni par la consommation.

Sageterre rassemble quelques uns de ces « réfugiés ». Sauf qu’ici, l’écologie ne consiste pas seulement à réduire notre empreinte carbone, il s’agit surtout de s’inclure soi-même dans un écosystème, dans notre cas : l’écosystème d’une ferme. On veut participer à la santé et à la beauté de cet écosystème pour y découvrir le bonheur de vivre en harmonie avec la nature. Évidemment rien n’est parfait. La ferme peine à devenir un véritable écosystème, et malgré tous nos efforts, nous restons tributaires de nos mauvaises habitudes et surtout de notre ignorance vertigineuse vis-à-vis de l’énorme complexité des êtres vivants.

Néanmoins, nous sommes engagés dans une démarche affective et relationnelle. Nous tentons de nous approcher d’un petit bout de nature, d’entrer dedans, de voir ce qui se passe. Demandez aux plantes, aux animaux : « Est-ce que tout va bien ? Auriez-vous besoin de quelque chose ? Puis-je vous être utile ? » Ensuite écoutez leur beauté et leur harmonie. Observer le travail qu’eux font sur nous pour soulager nos inquiétudes, nous soigner, nous équilibrer, purifier notre air, purifier notre eau, nous nourrir. Et lorsqu’on croit pouvoir faciliter leur vie, fournir un peu de travail.

Cette réciprocité nous favorise des opérantes, l’environnement prend soin de nous, et nous, nous essayons de prendre soin de lui. Une boussole ne peut pas donner la direction à prendre, si elle est enfermée dans une boîte métallique étanche. Pour qu’elle indique la direction, il faut la placer dans le champ magnétique de la terre. De même l’être humain ne peut pas trouver le sens de sa vie s’il n’est pas dans un champ de fleurs, une forêt ou le bord de la mer, car il est un sujet de la nature et non un simple objet dans une culture refermée dans ses artifices.

Je me dis parfois que si chaque être humain recevait une plante et un animal en adoption, et qu’il s’en sente responsable, quelque chose de neuf se produirait. Établir des liens en premier, ensuite se laisser prendre affectivement, par un peu plus tard, on pourrait comprendre que notre santé et notre bonheur dépendent d’un équilibre qui nous dépasse.