Identité et adaptation

Résumons ici ce que nous avons dit jusqu’à maintenant pour aller un peu plus loin la semaine prochaine.

L’identité a pour noyau la conscience créatrice dans la mesure où cette conscience se reconnaît et se choisit, car s’il n’y avait pas de conscience créatrice, comment une personne, un peuple, un pays pourraient se considérer originaux, ils ne seraient que flux de causes et d’effets. Il y a plusieurs dimensions à la conscience, mais l’identité demande une dimension créatrice qui se reconnaît, s’apprécie et se veut. La stérilité, c’est-à-dire le fait de dire : « J’ai été… » ou « Nous avons été… », « … mais maintenant, nous répétons nos anciens comportements au nom de nos valeurs traditionnelles », cela ne peut pas être l’identité, car rien dans un tel retranchement n’est nouveau ou générateur de distinction, d’adaptation et d’originalité. Lorsqu’un tel retranchement se retourne contre la nécessité de s’adapter à une situation concrète nouvelle, non seulement nous ne sommes plus dans une identité en marche, mais nous élevons contre elle une contre-identité qui va la combattre.

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Peinture de Pierre Lussier

Dans le langage ultra conservateur, on appelle à tort « identité » ce qui, en fait, est une contre-identité. Certes, il est nécessaire de bien s’enraciner pour bondir et avancer, mais s’enraciner n’est pas se décalquer, c’est plutôt tirer le meilleur de son passé, faire synthèse, et repartir en abandonnant ce qui nous a nui jusqu’à maintenant. Plus que cela, nos racines doivent reposer surtout dans une connaissance du présent, dans une identification adéquate des défis présents, ce qui demande un regard qui n’est pas obstrué par des idéologies. Au contraire, il est nécessaire d’affronter crûment les faits.

C’est en créant et en s’adaptant que l’identité se donne vie à elle-même, produit un esprit qui lui est propre, un mouvement, un style.

Son premier obstacle est sans doute le paradoxe de l’absurdité : « le monde est absurde et donc je ne m’attache pas à moi-même pour ne pas souffrir ». Mais cela entraîne justement l’absurde, car en ne me choisissant pas, je laisse passer sur moi le fleuve des causes et des effets, et cela est vraiment absurde. Comme dans L’Étranger de Camus, je dois sortir de ce piège et arriver sur la plage, la mer, les arbres, le ciel étoilé. L’identité se forge en sortant du cercle vicieux de l’absurde. L’identité se manifeste dans son acte « d’arriver sur terre », là où la beauté et la grandeur de la nature, dont nous dépendons tous, nous poussent à agir pour en entretenir l’équilibre et s’y faire une place confortable.

L’identité est la densité de mon attachement à moi-même. Si, par exemple, le Québec avait une identité forte, il serait attaché à lui-même, alors, combien il prendrait soin de la santé de l’air, des forêts, des rivières, des fleuves, de tout son corps! S’est-il choisi lui-même, ou se laisse-t-il passer sur le corps par l’immense tsunami des profits financiers particuliers qui l’étouffent jusqu’à ne plus reconnaître son bien commun?

Lorsque la densité de l’identité atteint un point suffisant, je ne me reconnais ni dans une forme, ni dans un contenu, ni dans un contenant; je me reconnais dans ma source créatrice même.

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