L’identité, le refus de la violence

Seule l’identité peut donner du sens, car en dehors de l’identité, tout suit son cours dans le fleuve des causes et des effets. En soi, le fleuve des causes et des effets n’a pas de sens, ne va pas quelque part, n’a pas d’intention, puisqu’il n’a pas de liberté. Si aucune conscience ne l’observe avec un regard critique en se disant : « Cela pourrait être autrement », le fleuve coule, un point c’est tout. Il est un ensemble de faits liés les uns aux autres.

76 La vague 22,5 x 23 cm

Peinture de Pierre Lussier

L’identité garde intacte « l’enfant » intérieur qui ressent que la guerre, l’extrême pauvreté, l’exclusion sociale ne sont jamais banales, acceptables, justifiables. Nous avons bien l’impression que ce qui peut donner un sens aux événements est précisément « l’enfant » qui trouve qu’ils n’en ont pas. Pourquoi l’enfant? Parce qu’il n’a pas encore assimilé les distorsions cognitives et culturelles qui donnent un semblant de justification aux pires atrocités. L’identité est l’éternel « l’enfant » qui ne s’habitue pas aux folies du monde.

Si vous me suivez bien, l’identité d’une culture, par exemple, n’est pas l’ensemble des idéologies qui rendent acceptables des crimes collectifs comme des guerres, la surexploitation de populations, un génocide, le rejet d’un groupe de personnes, au contraire, c’est la conscience qui s’objecte à toutes fausses justifications.

C’est parce que « l’enfant » recherche de toutes ses forces le sens, qu’il découvre que sa vie est plongée dans un monde de comportements qui n’en ont pas vraiment. L’identité est atterrée parce qu’autour d’elle on tue, on viole, on frappe, on humilie. L’identité n’avale pas, ne digère pas, ni les violences ni les sornettes pour expliquer les violences. Elle réagit à ce qui, pour un enfant, apparaît absurde. La partie de soi qui n’a pas avalé les fausses justifications reste intacte et veut agir.

Je crois qu’à ce stade, on a bien compris que dans le langage courant, la notion d’identité sert, hélas, assez souvent à justifier la violence. Certains vont jusqu’à affirmer, au nom de l’identité, que le rejet de l’étranger est une nécessité de sauvegarde, que si l’on a telle valeur, cela justifie tel ou tel acte pourtant barbare. Une telle attitude prouve, au contraire, que cette culture, cette religion, ce pays, ce gouvernement, cette nationalité n’ont aucune identité, ils s’auto-justifient pour continuer leurs pensées et leurs habitudes violentes.

Néanmoins, une identité consciente d’elle-même sait se défendre, sauf qu’elle le fera en inventant, en découvrant des chemins qui dépassent le jeu des réactions primaires.

L’identité est créatrice, elle ouvre des solutions justes, là où les habitudes ne sont pas justes.

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2 réflexions sur “L’identité, le refus de la violence

  1. Wow merci et bravooo…ça donne envie d,en faire une pièce de théatre pro active…et en interaction avec public…Continue ton beau travail …ce genre d’outils que tu offre les humains d’aujourd’hui en on grand besoins…

    Aimé par 1 personne

  2. Une très belle chronique. Cette intuition de remonter à l’enfance pour identifier ce qu’est l’identité me rejoint beaucoup… même si elle paraît remettre Jean-Jacques Rousseau à l’honneur. En un sens, pourquoi pas ?

    Je lisais récemment une entrevue avec un prêtre du nom de Florent Vincent, de la Société des Missions Étrangères, qui a passé près de 50 ans au Japon. Pendant une quinzaine d’années, à toutes les deux semaines, il rencontrait un bonze bouddhiste pour dialoguer avec lui. Quand il dresse le bilan de son séjour au Japon, il dit qu’il est revenu plus modeste et plus humain.

    Je me permets de penser qu’il a atteint sa véritable identité qui est aussi celle de son enfance.

    Amitiés

    Bertrand Blanchet

    Aimé par 1 personne

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