L’attachement au pays

J’ai dit que l’identité d’une personne est la densité de son attachement à elle-même, et que cet attachement se mesure à l’énergie qu’elle consacre aux liens physiques, biologiques, affectifs et spirituels qui la lient à la nature, car la nature est sa source vitale et que sa vie et sa santé dépendent d’elle. S’il s’agit de l’identité d’un peuple, la question devient : Est-il attaché à lui-même au point de consacrer réellement des efforts essentiels à la santé écologique de son territoire?

96 La chute à Théodore 36 cm diam.

Peinture de Pierre Lussier

Pour cela, il faut tenir à sa vie suffisamment pour sortir du paradoxe de l’absurde : pourquoi ferai-je l’effort de penser et d’agir de façon sensée et constructive, c’est-à-dire en donnant du sens à ma vie et à la vie sociale de mon entourage, si je ne suis pas attaché à moi-même? Et si le monde reste absurde, il vaut mieux que je ne sois pas attaché à moi-même. L’identité peut rester enlisée toute une vie dans ce cercle vicieux : le monde est absurde et donc je ne m’attache pas à moi-même pour ne pas souffrir, mais comme je ne suis pas attaché à moi-même, pourquoi donner du sens ou agir de façon sensée?

Cet enlisement représente assez bien l’état d’esprit « post-moderne ». Il s’ensuit une sorte de flottement dédaigneux au-dessus de la nature, accompagné d’une migration générale de la soif de vivre dans des mondes artificiels ou virtuels. Ainsi déconnectés des et des plantes qui nous font vivre, on peut tout autant aimer détruire qu’aimer se détruire, en tout cas, on honore l’absurdité du monde dans le détachement de soi et le déni de la mort. Tel est le terrible paradoxe qui bloque l’identité au stade de la peur dans le contexte des cultures dites « post-modernes » et désabusées.

Pour sortir de ce paradoxe, il faut accepter de se lancer dans la vie avant de la juger : l’expérience avant la condamnation. Concrètement, cela veut dire combattre pour la vie, faire du chemin à la vie : fertiliser les terres, nettoyer les berges, planter des arbres, entretenir les sous-bois, faire beau le pays. Ensuite, il se pourrait que l’on trouve moins absurde le monde dans lequel nous sommes. On pourrait alors s’attacher à soi et au pays, et c’est alors qu’on pourra parler d’identité, puisque l’identité d’un pays est un territoire de sens et d’esprit qui donne le goût de vivre aux enfants.

Advertisements

3 réflexions sur “L’attachement au pays

  1. Le monde est varié. Il y a des degrés dans l’absurdité. Je me souviens d’avoir lu Camus pour qui le monde était absurde. C’est ce que j’ai compris. Mais toujours selon le grand auteur, il fallait vivre quand même et mettre de côté la disparition par le suicide! Certains se donnent à fond pour atteindre le maximum de densité d’attachement à eux-mêmes. D’autres se soucient de leur personne sans pour autant se consacrer aux liens physiques qui la lient à la nature. Cependant plusieurs personnes sont attachées à la beauté, à la santé de la nature, à sa protection. Personnellement, je suis attaché à mon coin de pays, à ses gens, à sa rivière, à ses montagnes, sa vie passée et je suis préoccupé par la perspective de le voir englouti dans ce qui a l’allure d’une post modernité à saveur de guerre. Mon pays fait partie des régions qui selon certains n’ont plus d’espérance. Il faut viser quelques pôles encombrés! Pierre Rastoul et Alain Ross ont écrit au sujet de mon pays : les établissements s’étendent très profondément à l’intérieur des terres, soit sur toute la partie asphaltée de la route ; il règne dans cette vallée une telle sérénité, semble-t-il, qu’on voudrait s’y égarer quelques jours pour savourer à loisir.
    Ce matin, je rencontre Michel et nous définirons ni plus ni moins qu’une stratégie pour pour donner un sursis à ce pays condamné à mort par les Bandksters!

    Aimé par 1 personne

  2. Toujours aussi intéressant et revigorant de prendre connaissance de votre identité littéraire. L’attachement au territoire qui nous ramène au fondement de l’identité ne peut se traduire autrement que par une approche respectueuse empreinte d’amour et de gratitude. Une philosophie totalement opposée à celles des entreprises qui exploitent, empoisonnent et détruisent la nature, ce que je désigne d’ailleurs comme le capitalisme mortifère. Aucune identité sereine et tranquille n’est possible devant une posture d’usurpation et de dépossession qui propage la culture du vide. Prendre soin avec patience et persistance de la nature et de la vie, voilà le secret du bonheur identitaire. Pour trouver du sens à notre vie, il faut se tourner vers la vie.

    Aimé par 1 personne

  3. Bonjour Jean,
    L’attachement au territoire, au pays, à la forêt, aux animaux, aux insectes, aux plantes, aux arbres, aux arbustes, aux bactéries, aux virus, aux champignons, aux bactériophages, au microbiote, l’homme et l’autre homme, etc. revêt un sens particulier pour moi. En ce sens, comme un enchaînement de mon enfance sur la ferme, du côtoiement de mon père, de ma formation classique, de ma formation professionnelle comme vétérinaire, de mon expérience de vie et de mes connaissances.

    Je ne peux plus regarder la nature et ses parties comme une classification scientifique bien commode pour étudier des sciences. Je me vois comme un homme humble et partenaire à l’intérieur de toutes ces vies. J’y vois l’utilité, l’entraide, la solidarité et le besoin de coopération entre toutes ces vies et la mienne et vice versa. Des vertus nobles ainsi qu’un enseignement de la vie.

    Pour vivre sereinement et vivre l’attachement à la nature, je sais que scientifiquement, sans micro-organismes dans le sol, je n’existerais pas aujourd’hui. Sans les milliards de bactéries (10 exposant 14) et de virus (10 exposant 35, Revue Science et vie) dans mon intestin et mon colon, je n’existerais pas non plus. La planète terre serait un désert sans vie. On ne serait pas là à ergoter de l’identité ou de philosophie. Pas de plantes, pas de jardins, pas d’animaux, pas d’insectes, etc. Je me sens profondément lier à ces êtres vivants, si petit soit-il!

    Derrière tout cela, existe-t-il une conscience universelle! Un esprit universel englobant tout le cosmos! La destruction d’une parcelle de terre arable, dans la chaîne écologique, représente un crime contre la nature, témoignant de l’inconscience de l’homme pris dans les aléas de la rentabilité à tout pris ainsi que la croissance infinie du PIB.

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s