Identité, notre lien avec le territoire

C’est par l’identité que tout peut prendre un sens. L’identité suppose un noyau créatif qui me distingue, mais aussi une conscience qui rend possible l’exercice de cette créativité. Pour être créatif, il ne faut pas seulement voir, il faut aussi voir que cela pourrait être autrement, avoir une conscience. Jouir de la vie, c’est fondamentalement reconnaître le plaisir, la joie de voir et de pouvoir faire quelque chose pour améliorer son sort.

09 Il est une planète 60cm diam.

Peinture de Pierre Lussier

Dehors, il y a des arbres, des maisons, des mouvements, toutes sortes de choses noyées dans le silence de l’être, mais s’il n’y avait aucune conscience nulle part pour en jouir, cela n’aurait aucun sens. C’est pourquoi l’identité (le fait de prendre conscience que je suis une conscience et de m’approprier cette conscience) constitue la base par laquelle la réalité a du sens. Évidemment, cette appréciation est relative. Même lorsqu’on trouve que la vie est absurde, c’est déjà une manière de lui attribuer un sens, dans ce cas, un sens négatif. Sans un noyau de conscience et de création, rien n’a de sens, pas même le sens de l’absurdité.

L’identité, c’est en quelque sorte notre attachement à cette conscience créatrice : « Oui, je suis cette conscience, et c’est en elle que j’éprouve toute l’émotion de vivre. » La conscience n’est possible que dans un lien intime entre l’intérieur (le sujet conscient) et l’extérieur (l’objet de la conscience) et ce lien est étrange, il est toujours double :

  • je tire ma vie de l’extérieur : sans l’air, l’eau, la nourriture, je n’existe pas ;
  • j’ai un certain pourvoir sur l’extérieur, je peux contempler le monde et en jouir, mais cela veut aussi dire que je peux améliorer mon sort.

Pour que l’identité puisse sentir le lien vital qui la relie à un environnement, il faut qu’elle soit plongée dans l’expérience quotidienne de ce lien, il faut qu’elle puisse ressentir qu’elle ne peut pas vivre autrement que dans un environnement sain et nourricier, et que pour en jouir, elle doit pouvoir éprouver sa beauté tout en améliorant ses conditions de vie.

Mon identité ressent son attachement à la vie, ou bien, elle se dissout. À cet égard, l’identité est un savoir : ma vie tient à un fil, celui qui la relie à l’air, à l’eau, à la terre, au soleil… Sans ce savoir, sans cette émotion, la conscience tourne sur elle-même, dérape, et l’identité devient si floue, que si elle ne se remplit pas de contenus abstraits comme des beaux noms sur des valeurs à dire, des idéaux définis et brillants comme des néons, des traditions m’émorables, sans ce discours, elle s’efface.

Je crois qu’il y a eu des peuples, jadis, suffisamment conscients de dépendre d’un territoire pour s’acharner à le connaître, à l’aimer, à lui découvrir un sens et à en jouir. Si ces peuples ont bien existé comme je le pense, ils avaient une identité. Mais dans le contexte de l’industrialisation et de l’informatisation du monde, une grande part des cultures sont devenues des nuages flottant au-dessus de la nature, conçues principalement pour nous en préserver, pour nous bercer dans l’illusion que nous n’avons pas besoin des arbres pour vivre, mais seulement de nous-mêmes. Alors les contenus des identités nationales deviennent des chartes, des religions, des constitutions, des histoires, des idées, un produit strictement humain, et non pas un lien entre l’homme et son territoire. Comme cela ne tient qu’à soi, une angoisse profonde sourd dans les esprits, et cette angoisse durcit les contenus qui, inévitablement, entrent en guerre les uns avec les autres.

Pouvons-nous retrouver l’amour du pays, c’est-à-dire des arbres et des rivières, des terres et des mers ?

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