La grive des bois

Courir après la joie ou courir de joie!

la grive des bois

Voici l’histoire d’un petit bonhomme ailé au ventre picoté, pesant la moitié d’une pomme. Il parcourt 4800 kilomètres en quelque semaines pour suivre la saison chaude du sud du Mexique au sud du Québec. Il chante sa joie et la gratitude dans des ritournelles charmantes et parfois audacieuses.

Peut-être appelle-t-il une compagne? On le dit.

Alors pourquoi ne vient-elle pas? Il s’appelle Grison Boisvert, surnommé Le Joyeux. Il en met sans doute un peu trop. Il insiste. Il persiste. Il désattriste même les pierres. Tout le monde danse, saute, frétille. Mais elle ne vient pas.

Après la danse, on discute, on dit qu’il doit être bien triste pour reprendre toujours le même thème, ou bien il se trompe lui-même, il ne s’avoue pas son malheur, et c’est pour cela qu’après la fête, il reste seul dans ses illusions. Des couples se forment autour de lui. Ils vont se coucher dans leur nid. Ils haussent les épaules : « Pauvre lui, s’il descendait de son éternelle joie, peut-être se ferait-il une amie! »

Mais lui, retentissant, ne laisse jamais le silence retomber nu dans la nuit. Il projette son chant et son chant retombe sur lui, il fabrique son atmosphère, son monde est vert, luxuriant, flamboyant. On y voit partout des fleurs heureuses. Même les gouttes de pluie rayonnent sur lui de leurs plus belles couleurs.

Il arriva un jour où il se tut.

Ce jour-là, la pluie tambourina toute la journée et jusqu’à tard dans la nuit. Elle tambourina sans mélodie, mais comme en attente de mélodie. Les arbres tendaient l’oreille, chaque feuille tendait l’oreille, et les myrtilles aussi, et le fruit des quatre-temps, et même les limaces, les fourmis, les chenilles et les papillons. Il manquait quelque chose d’absolument nécessaire, on allait tous mourir d’ennui, quand soudain, une femelle grive y alla de sa ritournelle.

Personne n’avait jamais entendu cela auparavant. Elle répondait à Grison Boisvert. Pour la première fois, une joie qui n’était pas la sienne fit en lui une joie qui devint la sienne. Et dans cette résonnance, toutes les nuances du vert s’illuminèrent. Il n’était plus possible de retomber dans les temps anciens, noirs et opaques, où le malheur se satisfaisait de lui-même.

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