La chevrette politique

De grandes décisions sont prises par le peuple!

DSC00431

Hector jette un casseau de foin dans le fond du box. Maman se précipite, fouine et farfouille, attrape des brins et mâchouille. J’approche, ça sent vraiment bon, je tâte avec ma langue, c’est piquant. Je mâchouille un brin qui semble plus tendre que les autres. C’est amer cette chose-là. Tiens! Maman se tient tranquille, tout occupée à son herbe. Si j’en profitais pour une petite tétée. Humm! Que c’est bon! Mais finalement je n’ai pas très faim.

Hector ouvre le box et s’approche.

‑Vient ma petite chevrette!

Ce n’est pas son habitude… Encore une piqûre, sans doute! Vite derrière maman. Il s’assoit dans la paille et ne bouge plus. Que tient-il dans sa main! C’est peut-être bon à goûter! Allons sentir. J’approche. Hector reste immobile. La petite boîte noire ne sent rien. Lui, il sent aussi mauvais que d’habitude, une odeur tellement étrangère à l’étable.

Oups! Il avance la main. Je recule. Il s’immobilise, j’approche. Un flash sort de la petite boîte noire. Hector semble content. Il reste là. J’avance. Je recule. C’est comme si j’étais divisée en deux : fuite et curiosité, peur et attirance. Lorsque je m’observe, voilà ce que je remarque : plus le geste d’Hector est rapide, donc imprévisible, plus mon cœur bondit et, d’instinct, je sursaute et recule. Hector de son côté se rend compte de mon émotion et se transforme en statue. Alors, c’est plus fort que moi, une sorte de pitié monte lentement en moi. Je regarde sa main, et je sais bien qu’il veut me caresser, mes poils sont si doux. Je suis d’accord de lui offrir… Mais s’il venait à m’attraper une patte, je ne pourrais plus fuir. Il pourrait sortir une aiguille de sa poche et me piquer avec ses maudites vitamines.

Le plus étrange, c’est l’émotion à mi-chemin, le mélange parfaitement égal d’attirance, de peur, d’attention sur la ligne où je pourrais aussi bien bondir à reculons que m’approcher un centimètre à la fois. À vrai dire, je me rends compte que chacune de mes émotions est en réalité un mélange de plusieurs émotions. Et si je prends la peine de me démêler, il y a presque toujours au moins deux pôles, l’un qui vise à me distinguer, l’autre qui vise à me fondre. Par la peur, par exemple, je cherche à me protéger de l’emprise possible d’un autre, mais par la curiosité, je tends vers l’inconnu pour sortir de l’ennui. Le recul est rapide, l’avancement est lent et prudent.

En réalité, sous les émotions, il y a sans doute quelques grandes idées : se séparer pour se conserver intacte, s’unir pour s’élargir dans le monde.

Je viens peut-être de comprendre les étranges mouvements politiques de l’être humain : le retranchement rétrograde mû par la peur et l’insécurité, le si lent appel de la curiosité lui permettant de s’adapter à ce qui vient vers lui. Imaginez-le au printemps, le pauvre, lorsqu’il sera chassé de force de sa vieille étable à cause d’une surchauffe climatique irrespirable!

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s